C’est étrange, la ville semble calme ce soir. Trop calme à mon goût, une nuit propice aux assassinats...
Perdu dans ses pensées, Ray patrouillait dans Lever à la recherche des mystérieux ninjas qui avaient agressé Sanga et Enishi. Praek leur avait fait promettre de ne pas sortir et de le laisser régler le problème mais comment pouvait-il penser une seule seconde qu’ils allaient tenir cette promesse ? Les assassins aux noms de planètes leur avaient fait un affront impardonnable en les attaquant par surprise et ils allaient en payer le prix fort ! Pour les jeunes tisseurs de néant c’était avant tout une question d’honneur, ce crime ne resterait pas impuni.
« Pour qui ils se prennent ces bouffons ? On va les défoncer et ils se la péteront moins ! » S’était écrié Enishi avec fougue. Ray avait souri à cette déclaration. Certes, le maître du feu avait une façon bien personnelle d’exposer son point de vue mais cette fois, il était d’accord avec lui. De toute façon les agresseurs n’allaient sûrement pas en rester là, alors quelle différence entre les attendre bien sagement ou se précipiter au devant du danger ? Au moins cette fois-ci, ils n’auraient pas l’avantage de la surprise. Les Tisseurs avaient donc décidé de patrouiller dans les différents secteurs de la ville pour débusquer les assassins, et voila comment Ray s’était retrouvé dans la zone industrielle, aussi paisible et silencieuse à présent qu’elle était bruyante et animée durant la journée.
Epuisé par sa course effrénée à travers la ville, le jeune homme s’accouda un instant à un panneau. Il y était inscrit : « Ici se tiendront prochainement de nouveaux appartements dont le maire vient d’autoriser la construction suite à la demande de nombreux citoyens désireux de se rapprocher du centre – ville. Prière de ne pas perturber le bon déroulement des travaux ». Ray leva les yeux vers les immeubles en construction : les travaux avançaient bien, en effet. L’aspect général avait été édifié et il ne restait plus qu’à apposer les murs et à aménager les pièces.
Des immeubles en construction, ce serait une planque idéale pour des assassins, songeait-il.
Et il avait raison.
Quelques centaines de mètres plus hauts se tenait Jupiter, qui observait avec attention le jeune maître de la foudre.
– Ses recherches l’ont conduit ici, remarqua Uranus, j’ai la très nette impression qu’il est loin d’être stupide ce petit.
- Oui, exactement comme son frère, dit simplement le chef des assassins, les yeux rivés sur sa future proie.
Celle-là, il se l’était réservé et il se ferait un plaisir de la tuer. Uranus observa un moment son compagnon. Il savait que Jupiter avait connu le frère du maître de la foudre il y a de cela quelques années, mais il n’avait jamais appris en quelles circonstances. Il savait seulement que son chef nourrissait une grande rancœur à son égard. Il aurait voulut l’interroger à nouveau mais garda le silence. L’assassin savait également que son supérieur avait horreur d’être dérangé dans des moments comme celui-ci et que, de toute façon, s’il ne lui avait rien dit d’autre, c’est qu’il avait jugé que son partenaire n’avait pas besoin d’en savoir davantage.
Plus bas, Ray arpentait les différentes zones du chantier, persuadé que l’ennemi n’était pas loin. Lorsqu’il arriva au pied de la grue, il vit son ombre se refléter sur une petite battisse qu’il identifia comme étant le bureau du contremaître. La nervosité le gagna ; le bureau était éclairé. Ce n’était pas la lumière forte et agressive qu’utiliserait un contremaître pour travailler, non, plutôt une lumière légère et discrète, une étincelle de vie dans les ténèbres : une lumière d’assassin. Le cœur battant, il s’avança discrètement et attendit à coté de l’entrée que l’inconnu sorte. Lorsqu'il sentit la porte s’ouvrir, il fit apparaître son épée et se jeta sur l’homme. Mais sa lame en rencontra une autre, qu’il connaissait bien. Une épée longue et sans garde : l’épée du maître de la terre.
– Sanga ! Mais qu’est ce que tu fais ici ?
- J’ai aperçu une silhouette qui prenait la direction du chantier non loin d’ici et j’ai pensé que ce pouvait être un des tueurs. Je suis venu pour le vérifier mais je n'aurais pas cru que ce serait toi qui m’attaquerais.
- Désolé, je te prenais pour un de ces types. J’ai pensé qu’ils pouvaient se planquer ici.
- Comme moi, mais apparemment on s’est trompé. Il va falloir chercher ailleurs.
Comme pour contredire Sanga, un kunai fendit l’air et s’abattit à l’endroit précis où il se tenait quelques secondes auparavant. Le jeune homme avait juste eu le temps d’esquiver et restait stupéfait de la rapidité de l’attaque. Il leva les yeux vers son agresseur. Uranus le dominait de toute la hauteur de son perchoir ; il était suspendu à la grue la tète en bas, faisant à nouveau une brillante démonstration de ses étonnants pouvoirs.
Il contemplait Sanga avec un air amusé. Ainsi c’était lui la proie que Jupiter lui avait promise, un adversaire à la fois intelligent et habile au combat qui allait lui permettre d’évaluer son niveau durant un combat qui s’annonçait très intéressant, cela allait sans dire. Il lui tardait que leur duel commence, mais c'était Jupiter qui dictait les règles et il avait décidé qu’ils combattraient les deux tisseurs séparément : Uranus affronterait le maître de la terre tandis que son chef se chargerait personnellement du maître de la foudre. L'assassin songea que la fraternité entre Ray et Raiji n’était peut être pas étrangère a cette décision. Mais il chassa bien vite cette pensée de son esprit : Jupiter lui avait réservé un adversaire de choix et c’était tout ce qui importait. Soudain, un éclair retentit dans la nuit. Uranus sourit sous son masque : le signal était donné, la chasse était officiellement ouverte.
Avec la grâce d’un faucon, il se laissa tomber et fondit sur Sanga l’épée à la main. Le jeune homme para le coup mais la puissance de l’attaque le projeta à terre. Uranus profita du temps qu'il mettait à se relever pour effectuer un saut périlleux, se retrouvant dans le dos de son adversaire et lui assénant un terrible coup à la nuque avant de disparaître dans les profondeurs du chantier. Sanga se releva à nouveau et se précipita à la poursuite de l’assassin, déterminé à le vaincre, par tous les moyens. Ray s’apprêtait à faire de même lorsqu’il vit la lame d’un ninja doré s’abattre sur lui à toute vitesse. Par réflexe, il esquiva l’assaut meurtrier en roulant sur le coté et se prépara à contre-attaquer mais l’assassin était déjà devant lui. Le jeune tisseur encaissa un terrible uppercut qui lui fit mettre un genou à terre, puis un autre, bientôt suivi d’un coup de pied tournoyant qui le projeta contre la grue. Il se releva tant bien que mal, massant ses cotes douloureuses. La soirée promettait de se terminer aussi mal qu’elle avait commencé...
Qu’il était rapide... Toujours à la poursuite d’Uranus, Sanga enrageait de ne pas pouvoir aller plus vite. Le ninja se déplaçait avec une rapidité ahurissante et semblait prendre un malin plaisir à accélérer à chaque fois que le Tisseur faisait mine de le rattraper. Mais la poursuite arrivait à son terme et les deux adversaires se retrouvèrent bientôt devant un des bâtiments en construction. Sanga pointa son épée en direction d’Uranus et exhiba un sourire, heureux de voir enfin s’arrêter cette course.
- Tu ne peux plus fuir. Maintenant, tu vas devoir m’affronter, que tu le veuilles ou non.
- Détrompe-toi, je n’avais nullement l’intention de fuir, je voulais seulement laisser le champ libre à Jupiter pour qu’il puisse affronter ton ami.
-Ray ? Il est fort, je ne me fais pas de souci pour lui, il gagnera.
- Je n’en suis pas sûr. Mais cela ne me concerne pas. Ma proie, c’est toi. Tâche de me divertir.
- Tu ferais mieux de ne pas me sous-estimer. Je vais te faire regretter ces paroles.
- Assez parlé, bats-toi.
Sanga et Uranus s’observèrent l’espace d’un instant puis ils s’élancèrent. Leurs épées s’entrechoquèrent et les deux combattants furent jetés à terre. Le ninja se releva le premier et chargea à nouveau son adversaire, mais celui effectua une attaque circulaire avec son épée qui désarçonna Uranus. Profitant de cette ouverture, le maître de la terre agrippa son adversaire avant de le frapper d’un uppercut, très violent, à la mâchoire. Le choc fut tel qu’il projeta à nouveau l’assassin à terre. Celui-ci se releva pourtant immédiatement et lança un kunai sur Sanga, que le Tisseur esquiva aisément, avant d’encaisser un coup de poing au visage qui le fit chanceler. Il réussit néanmoins à esquiver un deuxième coup, bondit en arrière puis concentra sa magie dans son épée l’espace d’un instant. Les molécules du sable avoisinant s’assemblèrent alors pour former de la roche, dure et compacte, qu’il projeta de toutes ses forces sur Uranus.
– Maryoku !
La salve de rochers heurta de plein fouet l’assassin qui alla s’écraser contre un mur de l’immeuble. Il se releva à nouveau et courut vers les escaliers qui menaient au premier étage. Sanga se lança une nouvelle fois à sa poursuite...
Suspendu à l’un des pylônes qui soutenait le bâtiment, Uranus exaltait. Comme toujours, Jupiter avait vu juste, le maître de la terre était un adversaire de valeur. Fort, il l’était incontestablement, et sa réputation d’excellent bretteur n’était pas usurpée. Mais le combat était loin d’être fini : le ninja n’avait pas démontré toute l’étendue de ses pouvoirs. Il frémit lorsque, invisible, il vit Sanga émerger de l’escalier qui reliait le quatrième et le cinquième étage. La réaction de son adversaire déterminerait peut-être l’issue du combat. Pourtant, Uranus estimait le Tisseur et ne voulait surtout pas que l’affrontement se termine ainsi.
Le maître de la terre était un jeune homme calme et réfléchi. Là où Enishi se serait précipité au devant du danger, Sanga, lui, s’était arrêté en haut des marches pour examiner posément la situation. Le silence s’éternisait depuis quelques minutes et son adversaire semblait avoir disparu.
Disparaître... C’était l’art que maîtrisaient le mieux les ninjas, il le savait. Il savait également que ces mercenaires n’avaient pas leur pareil pour attirer leurs ennemis dans des pièges mortels et la situation semblait rêvée pour ce faire. Uranus ne l’avait pas attiré ici par hasard, l'adolescent en était persuadé. De toute façon, il devait s’en assurer. A nouveau, il avait chargé son épée de magie et lancé un Maryoku. Les rochers avaient volé dans tout l’étage mais rien ne s’était passé. Il avait pourtant répété cette opération à tous les étages jusqu’au cinquième, sans résultat. Il y réitéra une nouvelle fois sa tentative et une explosion se fit entendre, provoquant l’effondrement d’un pilier. Un parchemin explosif... Sanga avait vu juste et son instinct l’avait sauvé, mais la chute du pilier avait provoqué une secousse qui s’était répercutée dans tout le bâtiment. Il fallait abréger le combat ou aucun des deux opposants n’en sortirait vainqueur...
Il sentit alors une immense douleur envahir son bras gauche. Un kunai s’y était profondément planté et le sang se répandait au sol à une vitesse inquiétante. Réprimant un cri de douleur, il retira vivement l’arme de son bras ensanglanté.
- Bien joué jeune Tisseur, ta prudence t’a sauvé. Je n’en attendais néanmoins pas moins de toi. Toutefois ne te relâche pas ou tu mourras.
Sanga leva les yeux vers l’assassin qui le toisait depuis son perchoir : pour cet homme, tout ceci n’était guère plus qu’un jeu. Seulement, il semblait avoir opté pour le combat à distance, ce qui n’était pas le point fort du Tisseur. La situation n’était décidément pas à son avantage …De plus, la douleur devenait à présent intenable, il fallait en finir.
- Maryoku !
Les rochers ainsi formés frappèrent de plein fouet le pilier où se tenait Uranus, mais celui-ci l’avait déjà quitté : d’un bond gracieux, il s’éleva dans les airs et se raccrocha à un autre pilier. Après plusieurs tentatives, Sanga dut se rendre à l’évidence : il ne gagnerait pas de cette façon. Uranus esquivait toutes ses attaques avec une facilité déconcertante et il bondissait de pylônes en pylônes avec une aisance qui aurait rendu jaloux les plus grands athlètes olympiques. L’assassin avait de loin l’avantage, certes, mais il semblait avoir oublié quelque chose : le deuxième parchemin explosif qu’il avait placé à coté d’un pilier et que Sanga avait repéré quand il avait fait exploser le premier. Le jeune homme pourrait peut être l’utiliser pour renverser la situation… En tout cas, c’était sa seule chance de prendre son adversaire au dépourvu. Une nouvelle fois, il leva son épée et concentra sa magie dans la lame.
Uranus, lui, était déçu. On lui avait promis un adversaire à la fois fort et intelligent, mais les attaques de ce dernier n’étaient que des successions de Maryoku. Quand allait-il comprendre qu’il n’arriverait pas à le toucher de cette manière ? L’assassin bondit à nouveau pour éviter les rochers meurtriers, mais au moment où il allait s’accrocher à un nouveau pilier, le bruit d’une explosion lui fit comprendre qu’il s’était fait berner : Sanga avait lancé le kunai responsable de sa blessure sur le parchemin au moment où il sautait. Le Maryoku n’avait été qu’un leurre... Le pylône s’effondra, entraînant l’assassin dans sa chute. Sanga exhiba un mince sourire : il avait gagné, Uranus ne pourrait pas survivre à une telle chute.
- Tu as une fois de plus démontré ta valeur, maître de la terre. Ce combat serait arrivé à son terme si j’avais possédé d’autres pouvoirs, mais le destin en a voulu autrement.
Non, ce n’était pas possible, songea Sanga, personne ne pouvait sortir indemne d’une telle chute. Et pourtant…
La surprise du Tisseur fut telle qu’il faillit lâcher son épée. Il n’osait pas croire ce que ces propres yeux lui révélaient à présent. Le ninja, semblable à l’antique divinité à qui il devait son nom, se mouvait librement dans le ciel. Comment était-ce possible ? Une fois de plus, son adversaire se jouait des lois de la gravité et venait en un instant de réfuter les théories élaborées par les plus grands scientifiques. Non, décidément, Sanga n’arriverait pas à le vaincre, son ennemi était trop fort...
Uranus observa avec satisfaction l’expression affligée de son adversaire.
-Eh bien, qu’as-tu ? La vue de mes pouvoirs t’étonne donc à ce point ? Tu pensais déjà avoir gagné ? Tu m’as recommandé de ne pas te sous-estimer et c’est pourtant exactement ce que tu viens de faire ! Réagis si tu ne veux pas mourir !
Réagir, Sanga ne demandait pas mieux, mais que pouvait-il faire contre un adversaire capable de s’élever dans les cieux ? La seule chose qu’il pouvait tenter, c’était un Maryoku, mais l’assassin l’éviterait sans doute et ce serait une dépense d’énergie inutile. Non, tout ce qu’il lui restait à faire, c’était éviter de subir des blessures trop sévères et tenter de contre-attaquer.
Le ninja se mit alors à courir dans le ciel et disparut du champ de vision du jeune homme. Sanga se mit en position de parade : d’où viendrait le prochain assaut ? Le tueur attendait une ouverture, il le savait.
-Ahhh !
Il n’avait pas compris d’où était venue l’attaque mais il en ressentait à présent la douleur. Le sabre d’Uranus lui avait profondément entaillé le dos et la blessure saignait abondamment. La douleur le fit tomber à genoux, mais il se releva pour faire face à son adversaire. Celui-ci se tenait devant lui, froid et impassible.
- Ta fin est imminente, pourquoi vouloir continuer ?
- Ce n’est pas...encore fini…
La douleur était insupportable et chaque parole le fatiguait davantage, mais il n’était pas résolu à perdre le combat. Prenant l’assassin dépourvu, il fit tournoyer son épée au-dessus de sa tête et l’abattit violemment sur la lame de son adversaire. Le choc jeta Uranus au sol, qui se releva aussitôt, mais le maître de la terre était déjà devant lui. D’un coup d’épée magistral, il le désarma puis lui entailla la jambe du revers de sa lame. Pour la première fois depuis le début du combat, Uranus semblait enfin à sa merci. Sanga se préparait à lui donner le coup de grâce lorsqu'une épaisse fumée blanche enveloppa les deux combattants. Lorsqu’elle se dissipa, le ninja avait disparu…
Une bombe fumigène, un objet utilisé par les ninjas pour s’enfuir lorsque la situation leur était défavorable… Décidément, Uranus était un assassin accompli, rompu à toutes les techniques de combat...
Alors que Sanga essayait de dissiper les dernières volutes de fumée, la voix du tueur se fit entendre dans la nuit :
-C’était un beau combat, Tisseur, mais il est temps d’y mettre un terme. Adieu !
D’un geste vif, il relâcha toute l’énergie emmagasinée dans la lame de son épée en direction de Sanga.
-Maryoku !
Le croissant d’énergie se dirigea à toute vitesse vers le maître de la terre qui se baissa juste à temps pour l’éviter. Ce dernier ne comprit malheureusement que trop tard que la cible de l’attaque, ce n’était pas lui, mais le pilier qui se trouvait dans son dos quelques instants auparavant et qui menaçait à présent de s’abattre sur lui...
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