CHAPITRE 6 : Trap

 

  Doucement, Aya ouvrit les yeux. La lumière du soleil la brûla durant quelques instants, mais elle finit par se remettre et regarder autour d'elle.
  La chaleur qui l'entourait était étouffante. Pas un souffle de vent ne venait la libérer de la malédiction de ce soleil étincelant et oppressant. Le désert était immobile, comme endormi...
  Le désert ? Lentement, la jeune femme se redressa, essayant de se souvenir pourquoi est-ce qu'elle se trouvait allongée sur ce sable brûlant. Mais la dernière image qui pouvait naître dans son esprit était celle de Danra qui s'éloignait tandis qu'elle s'évanouissait. Elle ignorait ce qu'elle faisait ici, ni même comment elle avait fait pour se retrouver dans cet endroit inconnu. Elle s'observa : son corps était intact. Sa robe noire était trouée et tâchée de sang, mais ses blessures s'étaient totalement refermées, jusqu’à en être invisibles. Encore un mystère à résoudre...
  Lentement, elle scruta les alentours. Elle était seule. Aucune trace de ses amis. Etaient-ils restés dans ces marais nauséabonds, en train de mourir lentement ? Cette simple pensée suffit à l'émouvoir. Mais elle expira longuement et se calma. Elle devait vérifier si tout allait bien, ensuite elle partirait à leur recherche. Plusieurs fois, elle plia et ouvrit sa main droite. Celle-ci fonctionnait parfaitement. Elle fit alors apparaître son épée, qui vint aussi rapidement et naturellement que d'habitude. Elle étira alors son ombre de laquelle bondit un serpent aux écailles violettes, avant de replonger à l'intérieur et de disparaître. Sa magie était toujours active. En observant l'horizon, elle aperçut de longues tours qui se dressaient derrière des dunes lointaines. Elle serait sans doute là-bas en quelques minutes. Peut-être pourrait-elle apprendre où elle était.
  A peine eut-elle fait un pas qu'une puissante lumière l'enveloppa. Elle plissa les yeux, aveuglée par cet éclat surnaturel. Elle avait l'impression d'étouffer : cette lumière blanche était tellement surchargée de magie qu'elle étranglait ses propres pouvoirs.
  C'est alors qu'elle la vit. Une boule de feu gigantesque, qui se dressait dans les cieux, au-dessus des tours qu'elle avait aperçu tantôt. Et ce sortilège titanesque grandissait à chaque seconde. Aya eut tout juste le temps d'ouvrir la bouche : soudain, la boule de feu explosa, détruisant tout autour d'elle. En une seconde, les flammes parcoururent les quelques kilomètres qui les séparaient de la jeune femme. Celle-ci écarquilla les yeux tandis que son corps se transformait en braisier. Elle n'eut même pas le temps de hurler...

*


  Light se redressa en sursaut, le visage recouvert de sueur. Un gémissement de douleur accompagna ce geste involontaire : son corps tout entier le faisait souffrir. Lentement, il essaya de regarder autour de lui. Mais la douleur qui hantait son corps était telle qu'il grimaça et retomba sans force sur le matelas qui le soutenait...
  Le matelas ? Mais que faisait-il couché sur un matelas ? Il avait beau essayé de se rappeler, il n'arrivait pas à trouver de réponse. La dernière chose qu'il se souvenait, c'était que Danra s'éloignait d'eux, leur laissant la vie sauve. Avait-il décidé de les emprisonner ? Non, c'était peu probable : si la Confrérie avait voulu les retenir, elle ne les aurait sans doute pas déposés sur un matelas douillet mais plutôt dans une cellule humide. Que faisait-il ici, alors ?
  La seule chose qu'il pouvait faire était de lever les yeux. Aussi observa-t-il en détail ce qui se tenait au-dessus de lui. Il s'agissait d'une sorte de... tente. Oui, une tente en peau animale, il en avait déjà observé dans ses livres scolaires qui traitaient de l'histoire de la Terre. Les Indiens des temps anciens devaient dormir dans des habitations identiques à celles-ci...
  Lentement, il laissa ses paupières se refermer. Il était trop tôt pour agir. Il devait d'abord laisser son corps récupérer, ensuite il réfléchirait. A nouveau, il plongea dans les ténèbres d'un sommeil sans rêve.

*


  La tempête s'était levée à présent, dans le désert. Les vents frénétiques tourbillonnaient et emportaient avec eux des dunes entières. Malheur à celui qui s’égare dans le désert lorsque souffle la tempête, jamais il ne reverra son logis, proclamait un proverbe ancien. C'était ce proverbe qui repassait en boucle dans l'esprit du jeune Népri. Cet enfant avait fait une erreur, une grave erreur, il aurait mieux fait d'écouter ses parents...
  C'était en tremblant qu'il avançait, au milieu du souffle furieux de l'ouragan. Il devait retrouver son chemin, et rapidement...
  Soudain, il aperçut un corps allongé, à un mètre de lui à peine. Il était tellement concentré sur sa marche qu'il ne l'avait pas même aperçu plus tôt ! Un instant, Népri hésita, puis il se baissa pour examiner l'inconnu évanoui.
  C'était un homme très grand et très musclé, assez jeune, avec de longs cheveux bruns. Sa chemise était percée au niveau de la poitrine et elle dégageait une forte odeur de sueur. Il ressemblait à un soldat, mais il ne portait pas d'arme sur lui, ni d'armure. En plus, il n'avait pas la peau aussi dorée que les habitants de la région, la sienne était trop pâle ! D'où pouvait-il donc venir ?

*


  Immobile, Aya se protégeait le visage à l'aide de son avant-bras. Elle ne sentait plus la chaleur des flammes, à présent. Etait-elle morte ?
  Elle attendit quelques secondes puis, doucement, baissa son coude. Et ce qu'elle vit la stupéfia...
  Tout était figé autour d'elle. Les flammes, qui une seconde plus tôt l'aveuglaient de leurs couleurs vives, étaient à présent grises et ternes. Le vent, qui sifflait à ses oreilles comme un funeste présage, se taisait. Il n'y avait pas d'autre bruit que sa respiration haletante, comme si le temps lui-même avait stoppé son cours éternel... Un murmure s'échappa des lèvres de la jeune femme :

- Mais que se passe-t-il ?

  Et soudain, le temps inversa son cours. Les flammes reculèrent et le soleil se coucha à l'est. La lune décrivit une courbe parfaite puis le jour se leva à nouveau, avant d'être remplacé par la nuit en quelques secondes.
  Les yeux écarquillés, Aya contemplait ce spectacle irréel. Certes, elle avait vu la magie soumettre les règles de la nature à sa volonté, mais jamais elle n'avait assisté à quelque chose d'aussi extraordinaire. Certains mages pouvaient remonter le temps de quelques secondes, quelques minutes tout au plus, mais qu'elle se retrouve ainsi propulsée plusieurs jours plus tôt, cela lui semblait incroyable. Et pourtant...
  Et aussi mystérieusement que ce phénomène avait commencé, il s'arrêta. Le désert retrouva ses couleurs vives, le vent recommença à souffler. Aya avait compté une trentaine de cycles. Elle était revenue un mois dans le passé. Pourquoi ? Comment ? Elle l'ignorait. Ses yeux se levèrent et se posèrent sur les tours, au loin. Là se trouvaient  sûrement les réponses à ses interrogations.

*


  A nouveau, Light ouvrit les yeux. Il semblait être toujours au même endroit, mais la tente était trop sombre pour qu'il ne puisse distinguer le moindre détail. C'était sans doute la nuit qui régnait en maître, dehors...
  Lentement, il se redressa. La douleur qui l'habitait avait diminué, mais elle était toujours présente, cachée dans chaque coin de son corps. Avec mille précautions, il posa un pied sur la terre humide. Un petit frisson accompagna ce geste, mais le jeune Tisseur réussit tant bien que mal à se relever.
  C'est alors que l'un des pans de la tente s'écarta, laissant passer un homme massif. Celui-ci devait presque atteindre deux mètres de haut et ses bras noueux semblaient deux fois plus épais que ceux de Light. Ses longs cheveux bruns étaient noués en queue de cheval par un ruban rouge et ses seuls habits consistaient en un pagne beige. Il portait autour du cou un collier de pierres précieuses et un étrange bracelet était noué autour de son poignet droit, composé d’une dizaine de plumes noires. Il tenait dans sa main un long bâton surmonté d'un orbe bleu. Mais ce qui attirait le plus le regard était sa peau, pâle comme un rayon de lune.
  Son visage était totalement inexpressif. Sa voix, lorsqu'il parla, était dénuée de la moindre intonation :

- Comment te sens-tu ?
- Un peu mieux...
- Tu arrives à marcher ?

  Light fit quelques pas. Ce n'était pas trop douloureux, alors il hocha la tête.

- Bien, répondit simplement l'inconnu.

  Et sans le moindre signe annonciateur, il leva son arme et se jeta sur Light. Celui-ci écarquilla les yeux et, par pur réflexe, fit apparaître son épée. Le tranchant de la lame para le bâton mais, étrangement, ne put le découper.
  Le contrecoup fut violent pour le Tisseur. Il ressentit le choc de cette violente parade dans chaque recoin de son corps douloureux, ce qui lui arracha une grimace. L'autre recula d'un pas, faisant ce simple commentaire :

- Tu n'es pas encore tout à fait rétabli. Voyons jusqu'où peut aller ton endurance.

  Il leva son arme et se rua sur Light, mais cette fois-ci, le jeune Tisseur avait eu le temps de prévoir l'assaut et bondit en arrière. Ses yeux étaient devenus dorés, à présent. En un éclair, il contourna son adversaire et s'échappa de cette tente étroite.
  En sortant, il s'aperçut qu'il se trouvait dans un petit village. Il devait y avoir une vingtaine de tentes, identiques à la sienne, toutes espacées de cinq à dix mètres. Quelques indigènes se baladaient au clair de lune, mais ils prêtèrent aucune attention à leur "invité", ce qui convenait parfaitement à Light. Mais ce dernier n'eut pas le temps de découvrir plus longuement le village qui l'abritait : son adversaire venait de sortir de son repaire. Le Tisseur se tourna vers lui, l'épée allongée à l'horizontale, prêt à parer la prochaine attaque qu'il essaierait de lui porter.

- Tu es mal tombé mon gars, lança Light, je ne suis pas trop mauvais en combat !
- C'est ce que je vais vérifier.

  Et à nouveau, il se jeta sur le jeune homme, qui bloqua le coup avec beaucoup d'assurance et, d'un geste précis, repoussa son adversaire, avant de riposter en lançant un Maryoku. L'indigène roula sur le côté pour éviter le croissant énergétique, mais lorsqu'il se redressa, Light était déjà sur lui. A nouveau, lame et bois se heurtèrent et se stoppèrent mutuellement. Puis, avec une force surhumaine, l'indigène se releva, ce qui fit chuter Light, qui roula en arrière afin d'éviter le bâton qui pénétra dans le sol, là où un instant auparavant se tenait son estomac.
  Le jeune homme se redressa et à nouveau, envoya un Maryoku droit devant. Mais à sa grande surprise, cette fois-ci, son adversaire n'esquiva pas. Non, il brandit son bâton à l'horizontale. L'orbe bleu absorba alors le croissant énergétique comme une éponge avale l'eau, puis elle le recracha en un puissant rayon.
  Light écarquilla les yeux, réunit ses forces et se jeta sur le côté. Le rayon d'énergie continua sa course et perça un rocher, une dizaine de mètres plus loin. Si le jeune homme avait pu voir les résultats de cette attaque, il aurait très certainement été impressionné par le gros trou qui s’était créé au coeur de la pierre, mais il avait trop à faire avec son adversaire qui, profitant de l'ouverture qu'il avait lui-même créée, s'était jeté sur lui avec une violence presque animale.
  In extremis, le Tisseur réussit à éloigner le bâton de son ennemi en le repoussant avec sa lame, puis il en profita pour lui décrocher un coup tout aussi primaire et sauvage que les attaques qu’il subissait : il leva la tête puis, en un éclair, frappa son front avec le sien, l'assommant à moitié. L'indigène, un peu groggy, fit quelques pas en arrière. Light en profita pour se ruer sur lui, mais l'homme réussit à reprendre suffisamment ses esprits pour faire un pas sur le côté.
  Le Tisseur écarquilla les yeux tandis que, emporté par son élan, il commençait à perdre l'équilibre. L'indigène en profita pour lui donner un coup de bâton dans le ventre puis sur le dos. Sous la violence des deux attaques consécutives, Light s'écroula et son visage heurta violemment la terre nue. Mais il ne laissa pas à son adversaire le temps de l'enchaîner : sans même se retourner, il roula trois fois puis bondit en arrière pour se relever.
  A bout de souffle, il dévisagea l'indigène. Celui-ci respirait un peu plus rapidement, mais rien de bien significatif. Alors que lui, il était encore affaibli par sa défaite contre Danra. Avec un sourire un peu moqueur, le Tisseur lança à son adversaire :

- Tu te débrouilles plutôt bien !
- Je crois qu'il est temps de passer aux choses sérieuses.

  Alors, il frappa le sol à l'aide de son bâton. Instantanément, un faible éclat lumineux jaillit de l'orbe bleu. Une seconde après, le spectre s'était transformée en une lance à la pointe en argent. Ou en tout cas, en un métal qui brillait sous la lumière de lune comme de l'argent...
  Light serra les dents. L'aura de son adversaire avait augmenté à la suite de cette transformation. En temps normal, il aurait sans doute pu continuer le combat ainsi. Avec l'aide de ses yeux, il pouvait encore augmenter la concentration du Shintaisen dans son corps, il était loin de sa limite.
  Seulement, son corps était affaibli. Il avait déjà mal en ce moment, il savait que s'il concentrait plus de Shintaisen, la douleur serait intenable. Sa "limite", comme lui disait souvent Daedra, était abaissée. Dans l'état actuel des choses, il ne pouvait pas aller au-delà.
  Alors, il allait devoir l'élever, cette limite.  Une lumière blanche commença à entourer son corps. D'abord faible, puis de plus en plus rayonnante. Elle était si brillante dans la nuit obscure que les autres indigènes se retournèrent afin de ne pas être aveuglés.
  Light serra plus fermement le manche de son épée. Son bras tremblait. Son corps ne serait pas cabale pas endurer très longtemps un tel pouvoir, il le savait. Il lui fallait faire vite...

- Alors, lança-t-il à son adversaire, on peut passer aux choses sérieuses ?

  L'indigène ne répondit rien. Il s'élança sur lui. Light sourit et bondit à son tour.
  Leurs fers se croisèrent et se repoussèrent, avec une telle force que chacun des deux adversaires fit un tour sur lui-même avant de stopper à nouveau l'arme de l'autre. Puis ils sautèrent en arrière et s'examinèrent.
  Light fut le premier à réagir. Ces deux parades lui avaient été douloureuses, il avait tout intérêt à agir le plus rapidement possible. Sa lame fut levée vers les cieux et un rayon lumineux s'enroula autour d'elle. Malheureusement, l'indigène bondit au même moment, Light dut sauter en arrière et envoyer son Maryoku sans pouvoir viser convenablement : l'autre n'eut aucun mal à l'éviter et, profitant de l'allonge de son arme, à contre-attaquer. La pointe de sa lance érafla le nez du Tisseur. Les souffrances qu'éprouvait ce dernier le gênaient et l'empêchaient d'esquiver convenablement...
  Il fallut à Light une seconde pour reprendre sa respiration. Ce fut une seconde de trop. Son adversaire en profita pour armer sa lance. Light eut le temps de voir le coup, bien entendu. Il n'était pas stupide, il comprit immédiatement qu'il avait fait une erreur. Mais il comprit également que pour éviter ce pic qui approchait de ses côtes à une vitesse affolante, il allait lui falloir être rapide. Très rapide. Seuls ses réflexes lui permirent de concentrer en lui un Shintaisen assez puissant pour lui permettre de bondir en arrière et d'éviter un coup sans doute mortel.
  Mais en s'exécutant un tel mouvement, il franchit la limite de son corps blessé et éreinté. La douleur qui se répandit instantanément dans tous ses muscles fut telle que le jeune homme tomba à terre et que des larmes à peine contenues coulèrent le long de ses joues.
  Impitoyablement, son adversaire s'approcha et leva sa lance. Un instant, la lumière argentée de la lune se refléta sur sa pointe. Puis cette dernière s'abaissa et s'élança sur Light.
  Et elle se figea, stoppée par l'épée du Tisseur. Son corps était agité par de nombreux spasmes, ses muscles étaient à bout de force, mais sa volonté était intacte. Poussant un râle de douleur, il repoussa l'indigène en arrière.
  Ce dernier le dévisagea et recula de trois pas. Alors, il s'immobilisa.
  Light crut que son adversaire abandonnait ou lui accordait un instant de repos. Mais il comprit rapidement qu'il avait tord : l'homme se concentrait. Il réunissait ses forces. Son aura augmentait et une faible lumière argentée émanait à présent de sa lance.
  Stupéfait, le jeune Tisseur se releva. Il n'avait encore jamais entendu parler d'un tel sortilège. Prudemment, il leva son arme, prêt à parer la prochaine attaque de son adversaire.
  Et elle arriva. Mais pas comme il l'aurait cru... Le bras de l'indigène frémit légèrement, durant un dixième de seconde peut-être. Ce fut si rapide que le jeune homme se demanda même si ce n'était pas sa vue qui se troublait. Au même instant, une dizaine de rayons argentés recouvrirent sa lame, comme des traits tracés sur l'air par une craie invisible.
  La seconde suivante, son arme se brisa. Les yeux écarquillés, Light contemplait ce spectacle inconcevable. Puis ses yeux se baissèrent et se posèrent sur son torse : des dizaines et des dizaines de traits le frappèrent, comme des flèches argentées. Ils disparurent en une demi-seconde. Alors, le sang du jeune homme s'échappa de dizaines et de dizaines de blessures.
  Light voulut parler, mais aucun son ne sortit de sa bouche. Il s'écroula lentement, sous la pâle lueur de la veuve argentée.
  Son adversaire n'avait pas bougé.

*


  Bast ouvrit lentement les yeux. La première chose qu'il remarqua, c'était qu'il était couché au milieu d'un lit rudimentaire mais confortable. La seconde, c'était qu'il se trouvait une pièce inconnue.
  Il se releva et examina son torse : il n'avait aucune blessure. Sa chemise était trouée là où Danra avait planté son bras, mais il n'avait même pas de cicatrice. C'était extraordinaire...
  Il fit quelques pas et s'aperçut, avec toujours autant de surprise, qu'il n'éprouvait aucune douleur. Au contraire, il se sentait en pleine forme. Il tourna la tête et, à travers une fenêtre, s'aperçut que le soleil brillait dans le ciel. Où était-il donc ?
  Soudain, la porte en bois s'ouvrit et un jeune garçon entra. A peine eut-il aperçu le Tisseur que celui-ci se mit à crier :

- Papa, maman ! Le monsieur est réveillé !

  Ceux qui devaient être ses parents ne tardèrent pas à arriver. Ils portaient d'étranges habits, qui semblaient tissés à partir d'une texture qui était inconnue à Bast mais qui lui évoquait la paille dont on se servait pour faire de la vannerie. En beaucoup plus fin, toutefois. De plus, leur teint était plus halé que ceux des gens de sa région, aussi en conclut-il qu'il se trouvait loin, très loin de son foyer. Et donc du repaire estimé de la Confrérie.
  Poliment, le Tisseur s'inclina devant ses hôtes :

- Je vous remercie de m'avoir hébergé et d'avoir soigné mes blessures.
- Vos blessures ? Quelles blessures ?

  Bast fronça les sourcils : ce n'était pas eux, qui l'avaient guéri ? Mais alors, qui ?

- Ce... Cela n'a pas d'importance. Je ne vais pas abuser de votre hospitalité plus longtemps. Pourriez-vous simplement me dire où nous sommes ?
- Mais à Irania, la capitale d'Islandar ! Vous comptez sortir avec ces habits étranges ?

  Bast n'avait jamais entendu parlé ni d'Irania ni d'Islandar. Il lui fallait absolument savoir pourquoi il se trouvait ici et comment rejoindre ses amis. Mais ses hôtes avaient raison, il devait d'abord s'habiller de manière à pouvoir passer inaperçu s'il voulait pouvoir se renseigner discrètement.
  Avant même qu'il ne puisse demander à ces gens s'ils avaient une vieille tenue à lui offrir, ce qui aurait terriblement gêné le Tisseur, l'enfant lui tendit de quoi se revêtir.

- Tenez, monsieur.

  Bast le remercia d'un sourire. Les trois membres de la famille, alors, se retournèrent et quittèrent la pièce, le temps pour lui de se changer, ce qui ne lui prit que quelques minutes. Puis à son tour, il sortit de la chambre pour rejoindre ses hôtes.
  Les deux adultes et leur fils se tenaient autour d'une table. Leur conversation semblait grave mais elle se stoppa au moment où Bast apparut en haut des marches. Aussitôt, tous les trois se levèrent et la femme lui demanda :

- Est-ce que vous vous sentez mieux ?
- Oui, je... Je vous remercie pour tout. Est-ce que je pourrais quelque chose, pour vous ?
- Oh, ce n'est pas la peine...
- C'est au contraire la moindre des choses, insista Bast.
- Maman, maman ! Si le monsieur est un mercenaire, tu crois qu'il pourrait m'amener jusqu'au marché en me protégeant des brigands ? Et des Iskasils?

  Les Iskasils ? Bast n'avait jamais entendu un tel nom. Sans doute était-ce une chimère locale...

- Si c'est important pour vous, laissez-moi accompagner cet enfant.
- Vous... Vous pensez réellement pouvoir combattre les Iskasils ?
- J'ai affronté des créatures sans doute bien pires... Ne vous en faîtes pas, il n'y aura aucun problème.

  Les parents de l'enfant se regardèrent un instant puis, finalement, hochèrent la tête. Le petit s'avança vers Bast et lui tendit la main :

- Je m'appelle Népri.

  Le Tisseur lui sourit et lui serra la main.

- Moi, c'est Bast. On y va, Népri ?

  Ils firent quelques pas vers la porte, mais le père les interrompit :

- Attendez un instant ! J'ai vu que vous ne portez pas d'arme sur vous... Si vous voulez, nous avons de vieilles épées, nous pouvons vous en donner une, ce serait plus prudent !

  Un instant, le regard de Bast se fit mélancolique. Il se remémorait le temps où il se battait avec une épée dans les mains. Que ça lui semblait loin, à présent... Finalement, sans même se retourner, il répondit :

- Ca ira, je vous remercie. Je me débrouille mieux à mains nues.
- Mais...
- Ne vous en faîtes pas. Tout ira bien.

  Et ensemble, Bast et Népri sortirent.

*


  La journée était très chaude. Le soleil, qui avait pourtant presque terminé son déclin, frappait encore très fort sur la ville toute entière et mieux valait rester à l'ombre.
  Tous les deux, ils avaient marché pendant une dizaine de minutes, sans rencontrer âme qui vive. La ville était toute en pierre et semblait très grande, mais également déserte, ce qui étonna Bast. Népri lui avait expliqué que c'était parce que tout le monde avait peur des Iskasils et que les gens ne sortaient que la nuit.

- Ces créatures sont vraiment si dangereuses que ça ?
- Oh oui ! Heureusement qu'on arrive à la fin du Tulmar, parce que cette fois-ci, ils sont vraiment très violents...
- Le Tulmar ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
- Tiens, ça n'existe pas, chez vous ? Vous en avez, de la chance... En réalité, le Tulmar, c'est...

  Le jeune garçon ne finit par sa phrase. Il s'interrompit pour fixer la créature qui lui faisait face. Bast serra le poing.

- C'est ça, un Iskasil ?
- Oui... Mais faîtes attention, ils ne se déplacent jamais seuls, si tard dans le Tulmar...

  Ce n'était pas un monstre affreux qui se tenait devant eux, comme l'aurait cru le Tisseur. Non, il s'agissait d'un squelette qui ressemblait à celui d'un humain, d’un humain de petite taille, même. Mais ce qui le différenciait des créatures qu'invoquaient habituellement les nécromanciens, c'était la couleur rouge sang de ses os.
  La créature regarda ses proies et un sourire se dessina sur sa mâchoire nue. Alors, elle poussa un hurlement si féroce qu'il rebondit sur tous les murs de la ville...
  Népri semblait effrayé à présent, il tirait la manche de son protecteur en l'implorant :

- C'est l'appel, c'est l'appel ! Il faut partir, vite ! Les autres vont arriver !
- Ne t'en fais pas, Népri. S'ils sont tous de ce niveau, ça va aller.
- Mais...

  Et Bast s'élança. Le squelette rouge se jeta sur lui telle une bête féroce, mais il ne put rien lui faire : un puissant poing heurta son crâne dénudé et le fracassa. Aussitôt, la créature tomba sur le sol, inerte, et ses restes s'enflammèrent.

- Et voilà. Partons maintenant, avant que d'autres n'arrivent !
- C'est... C'est trop tard... Ils sont là...

  Bast regarda autour de lui : ils étaient des dizaines à s'approcher. Certains couraient à une vitesse ahurissante, d'autres rampaient sur les murs comme des araignées effrayantes. Leurs orbites à tous, bien que vides, exprimaient un désir malsain de carnages et de meurtres.
  Mais ce spectacle n'était pas le plus inquiétant. Les flammes du premier squelette, à côté de Bast, se mirent soudain à grandir et à grossir. Leur forme changea, jusqu'à reprendre l'apparence originale de l'Iskasil. Alors, elles s'éteignirent, et le squelette qu'avait vaincu le Tisseur se tenait à nouveau en face de lui, moqueur.

- C'est pour ça, que tout le monde a peur des Iskasils, monsieur... Personne ne peut les vaincre, si on les tue, ils se contentent de revivre de leurs cendres...
- Baisse-toi. Reste près de moi, mais essaye d'éviter de te faire toucher.

  A nouveau, Bast serra son poing. Puis il se rua sur les monstres qui l'attaquèrent.
  Il avait l'impression d'être une gazelle perdue au milieu d'un troupeau de lions. Ces squelettes rouges le regardaient avec envie et se jetaient sur lui comme des fauves enragés. S'en débarrasser n'était bien entendu pas difficile, un simple coup suffisait, généralement. Mais les cadavres inertes s'enflammaient et revenaient à la charge quelques secondes plus tard.
  Leur nombre ne diminuait pas. Au contraire même, des renforts arrivaient. D'une quinzaine au début, ils devaient être presque une trentaine, à présent. Mais Bast ne faiblissait pas. Son poing décrivait des courbes puissantes et écrasait tout ce qu'il frappait. Mais ils étaient une dizaine sur lui, et deux fois plus à attendre leur tour en poussant des hurlements sauvages...
  En quelques minutes, Bast perdit l'avantage. Son visage était recouvert de petites griffures, sa chemise neuve était déjà en lambeaux. Plus il frappait, plus il en arrivait... Le désespoir l'envahit à nouveau. Bast n'avait connu ce sentiment que deux autres fois : lorsqu’il avait compris qu’il ne pourrait plus se servir de son épée et lorsqu'il avait affronté Danra.
  A ce souvenir, ses muscles se crispèrent. Il avait été inutile, cette fois-là. Aya et Light s'étaient surpassé, mais lui, il n'avait été qu'une gêne, il n'avait rien fait d'autre que de donner des coups de poing... Il avait simplement essayé de créer quelques ouvertures en comptant sur ses amis pour les exploiter... Il n'avait servi à rien, à rien...
  Le crâne d'un Iskasil un peu trop virulent explosa sous le poing de Bast. Cette fois-ci, le Tisseur ne perdrait pas. C'était hors de question.

- Recule, Népri. Fuis, le plus loin possible.
- Mais...
- Je ne me laisserai pas humilier une seconde fois. Je vais libérer mes pouvoirs. Alors va-t-en, éloigne-toi le plus possible, parce que sinon, je risquerais de te toucher.

  Le jeune garçon hocha la tête. Ce n'était pas à lui que les Iskasils semblaient en vouloir. La magie de Bast les attirait comme des mouches, ils ne prêtaient plus attention à rien d’autre.
  Le Tisseur repoussa ses adversaires et bondit en arrière. Puis il ferma les yeux et banda ses muscles. Soudain, une lumière bleue irradia du corps du puissant combattant, d’abord légère mais de plus en plus aveuglante. Puis la terre se mit à trembler…

  Népri s'arrêta et se retourna. Il n'avait encore jamais vu ça. Les murs vacillaient et se déchiraient, la lumière commençait à devenir si puissante qu'elle l'éblouissait...

- RHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

  Et une lumière bleue engloutit les cieux d’Irania.

Commentaire (0)

Aucun commentaire

Ajouter un commentaire
Vous

Votre message

Plus de smileys

Champ de sécurité

Veuillez recopier les caractères de l'image :



Dernière mise à jour de cette page le 12/08/2008
Creative Commons License
Cette création est mise à disposition sous un contrat Creative Commons.

Créer un site internet gratuit avec E-monsite.com - Signaler un contenu illicite - Voir d'autres sites dans la catégorie Littérature
Videos Droles - Clips musique - Cours création de site web