Ray et Ice couraient à travers la forêt pour rejoindre, eux aussi, les nouveaux arrivants. Ils n'étaient plus très loin à présent, mais de toute manière Aya et Sanga avaient sans doute dû arriver avant eux.
Le maître de la foudre s'immobilisa brusquement et regarda autour de lui. Surpris, Ice s'arrêta également et se tourna vers son ami :
- Qu'est-ce qui se passe ?
- Je ne sais pas, je... Je crois que je sens quelque chose... Quelqu'un, il y a quelqu'un qui approche...
- N'essaie pas de me faire marcher, tu es incapable de ressentir la magie je te rappelle !
A cet instant précis, la silhouette d'un homme colossal surgit de derrière un buisson et dévisagea les deux adolescents. Immédiatement, Ice fit apparaître son épée, alors que Ray se contenta de fixer le nouvel arrivant, immobile.
- Qui êtes-vous ?
- Je suis Sigmar le sixième, héritier de la prestigieuse famille des Sigmar. J'imagine que vous êtes les adolescents que nous avons pour mission d'exterminer ?
- D'ex... D'exterminer ? Ray, nous nous sommes trompés, ce ne sont pas les renforts que nous attendions !
- Hahaha ! Mais au contraire, nous sommes ces “renforts” !
Et sur ce rire moqueur, Sigmar serra sa main droite. Aussitôt, l'un des sept symboles gravés sur son gantelet se mit à briller d'une étrange lueur violette et des éclairs d'une couleur identique recouvrirent son poing autour duquel l’air commença à se troubler.
Ice pointa sa lame dans sa direction. Sigmar adopta aussitôt une posture de combat. Mais Ray posa sa main sur l'épaule de son ami :
- Pas la peine de gaspiller tes forces contre lui. S'il désire nous tuer, les quatre autres le voudront aussi. Et à deux contre quatre, je ne pense qu'Aya et Sanga n’auront aucune chance. Va les rejoindre.
- Mais tu..
- Ne t'en fais pas, dès que j'en ai fini avec lui, je viendrai vous filer un coup de pouce.
- Tu ne penses tout de même pas pouvoir vaincre ce colosse tout seul ?
Un léger sourire se dessina sur le coin des lèvres de Ray, tandis qu'il répondait avec assurance, son regard dardé dans les yeux de son adversaire :
- Bien sûr que si.
Aya se redressa lentement, en nage. Son corps était recouvert par de minces entailles saignantes, comme celui de Sanga. Et les deux Tisseurs étaient entourés par une vingtaine de clones visqueux, qui pointaient leurs épées d'acide solidifié dans leur direction.
- Vous êtes pitoyables, lança Sliven, ce combat n'a même pas d'intérêt, mes clones peuvent vous battre sans mon aide !
Aya essuya quelques gouttes de sang qui coulaient le long de ses lèvres puis étira son ombre. Un serpent surgit sous l'un des clones mais son corps écailleux éclata dans une fumée noire dès qu'il toucha celui de son adversaire. Le sourire amusé de Sliven grandit tandis qu’il s'écriait :
- Le corps de mes clones est fait d'une substance visqueuse aussi brûlante que de l'acide sulfurique ! Ta petite invocation est peut-être très jolie, mais elle ne fera pas long feu face aux miennes !
Sanga leva sa lame et des cailloux vinrent tourbillonner autour d'elle, avant de s'élancer sur l'un des clones. Mais à peine eurent-ils pénétrer son corps qu'ils fondirent sans tarder. Sliven leva alors les yeux au ciel :
- Bon, j'en ai marre. Tahiya, les jumeaux, occupez-vous de ces deux-là. Moi, je vais chercher un adversaire un peu plus à ma mesure. J'ai toujours rêvé de pouvoir un jour trucider ce nobliau d'opérette qui a hérité du nom des Lumen !
Aya écarquilla les yeux : ce fou allait essayer de combattre Light ! Et dans son état, son ami ne tiendrait pas longtemps face à un adversaire aussi puissant. La dernière fois, ils avaient tous frôlé la Mort de trop près, il était hors de question que ses bras glacés réussissent cette fois à tous les enlacer !
La jeune femme planta son épée dans la terre, gardant sa main sur le manche violet. Puis, sans se retourner, elle lança à Sanga :
- Recule. Je n'ai pas envie d'en arriver là, mais je n'ai pas vraiment le choix... Cette fois-ci, il n'y aura pas de miracle, personne d'autre ne viendra nous sauver.
- Tu penses être capable de tous les vaincre ?
- Oui, je le pense. Mais dis à Light que je suis désolée de ne pas pouvoir lui faire mes adieux moi-même.
Sanga écarquilla les yeux : elle ne comptait tout de même pas...
Soudain, Sliven se décala d'un pas sur le côté pour éviter un croissant aqueux, qui s'enfonça dans le sable blanc. Le jeune homme se retourna pour contempler son nouvel adversaire.
Ice se tenait derrière lui, son épée pointée dans sa direction. Encore un gamin inexpérimenté, jugea le combattant d’élite. Il cracha trois jets acide dans sa direction.
L'adolescent se baissa pour les éviter et bondit. Sa lame effleura le torse de Sliven, lui volant quelques gouttes de sang. Ce dernier n'avait eu que le temps de pivoter pour ne pas se faire embrocher.
Entraîné par son élan, le maître de l'eau continuait sa course. Sliven sourit et gonfla ses joues.
Puis il envoya un puissant jet d'acide vers la nuque de son adversaire, incapable de réagir.
Ray et Sigmar se dévisagèrent un instant. Le poing du colosse grésillait, comme s'il hurlait pour signifier son envie de frapper, de blesser, de tuer son adversaire. Mais Ray restait impassible et se contentait de pénétrer à travers les yeux furieux de ce nouvel ennemi.
Car Sigmar était furieux, parce qu’il était vexé. Certes, affronter ces deux gamins en même temps aurait pu être légèrement problématique, même pour quelqu'un d'aussi expérimenté que lui. Mais qu'un gosse à peine sorti des jupes de sa mère ose prétendre qu'il le vaincra à lui seul, ose prétendre que son ridicule pouvoir sera en mesure de surpasser celui de Sigmar le sixième, c'était un véritable outrage à son nom. Un outrage qu'il laverait dans le sang. Celui aux cheveux bleus s'était déjà enfui, mais cela n'avait guère d'importance : Sliven n'en ferait qu'une bouchée. Sliven était invincible.
- Tu n'aurais pas dû demander à ton ami de partir. A deux, peut-être auriez-vous eu une chance de me blesser !
- Tu n'es pas très fort, se contenta de répliquer Ray.
- Pas... Pas très fort ? Haha... Hahahaha ! Pas très fort ! Sais-tu à qui tu parles, gamin ? Je suis Sigmar le sixième, l'un des Tisseurs les plus prometteurs de cette décennie ! L'an dernier, j'ai échoué à l'examen pour devenir combattant d'élite car je n'ai eu que 65%. Sais-tu ce que cela signifie ? Qu'aujourd'hui, mon niveau est presque l'égal de celui de ton maître !
- N'exagérons rien, tu es encore loin d'être aussi fort que lui. Et de toute manière, même si c'était le cas, ça ne changerait rien à l’issu de ce combat.
- Quoi ?!
- Heureusement que Ice est parti. Je n'aurais pas aimé qu'il voit ça. Cela fait une semaine que j'essaye de réprimer cette soif de sang qui parcourt mes veines. Mais maintenant que j'ai enfin un véritable adversaire face à moi, je n'arrive plus à faire taire ce besoin impérieux. J'ai envie... J'ai envie de te tuer, de te déchiqueter de mes propres mains et cette soif de meurtre est en train de se répandre dans chaque pore de ma peau...
Sigmar recula d'un pas. Ce gosse... Il devait être le maître de la foudre. Alors, les membres du Conseil avaient raison. La marque de l'Epée était en train de le dévorer...
Mais cela n'arriverait pas. Jamais un Tisseur élémentaire ne tomberait aux mains de la Confrérie. Et jamais personne n'apprendrait quelle catastrophe les tisseurs de néant avaient frôlée. Tous les alliés de ce monstre, tous les témoins de cette horrible métamorphose, ils allaient tous être exterminés, tous sans la moindre exception. Même le cadet des Lumen n'y réchapperait pas.
Sigmar brandit son poing et se jeta sur l'adolescent en hurlant. Ray ferma les yeux.
Puis, au dernier moment, il se baissa et roula sur le côté. Le poing de Sigmar frappa un rocher, qui fut désintégré sous sa puissance titanesque. Le colosse se redressa en caressant sa moustache :
- Voilà la puissance des Sigmar. Cette force incroyable, à même de détruire en un instant les obstacles les plus solides et les plus robustes, n'est pourtant que le premier niveau de mon incommensurable pouvoir. Tu prétends toujours pouvoir me vaincre avec ta force si pitoyable, gamin ?
- Evidemment. Ta volonté est si faible, comparée à la mienne... Quelqu'un qui ne connaît pas cette soif de meurtre et de sang qui n’anime ne pourra jamais m'égaler.
Sigmar serra à nouveau les poings tandis que ses yeux étincelaient de fureur. Ce gosse, ce monstre... Il l'humiliait à nouveau ! Il allait devoir apprendre quel était le châtiment de ceux qui se moquaient de la famille Sigmar !
Le colosse s'élança à nouveau. Ray soupira : ses jambes restèrent immobiles. Il n'avait pas envie de passer son temps à esquiver des attaques aussi ridicules.
Juste avant que le poing meurtrier ne heurte son visage, la main de Ray se referma sur le poignet de son adversaire et l'immobilisa.
Quelques éclairs violets grésillèrent à quelques centimètres des yeux de l'adolescent. Mais celui-ci n'y prêta aucun attention. Il se contenta d'envoyer une décharge électrique dans le corps de son adversaire.
Sigmar écarquilla les yeux et hurla avant de poser un genou à terre. Ray le relâcha et recula d'un pas, déclarant à nouveau :
- Tu es faible. Pars maintenant, temps que j'arrive encore à contrôler un peu cette envie irrépressible de te tuer.
- A qui crois-tu parler, gamin ?! Juste parce que tu as été capable de bloquer la plus faible de mes attaques, tu penses m'être supérieur ?!
- Je le suis, alors pars vite, avant que je perde tout contrôle.
- Tu... Tu... RAAAAAH !
Il s'élança à nouveau. Ray soupira : il avait pourtant laissé une chance à cet imbécile. Tant pis pour lui.
Au dernier moment, l'adolescent se baissa pour éviter le poing meurtrier de son adversaire, qui ne brassa qu'un peu d'air. Puis le jeune homme posa la paume de sa main sur le ventre du colosse.
Et envoya une nouvelle décharger électrique. Sigmar hurla à nouveau, pendant de longues secondes, jusqu'à ce que Ray décide de retirer sa main pour frapper le visage du colosse de toutes ses forces.
Le nez de son adversaire se brisa sous cette terrible coup, qui fut accompagné d'une nouvelle décharge. Sigmar tomba à terre, hors d’haleine. Tandis qu’il essayait de reprendre son souffle, il trouva la force d’articuler :
- Comment... Comment un gosse tel que toi ose-t-il porter ainsi sa main sur l'héritier de la noble famille des Sigmar ?!
Mais Ray ne répondit rien. Sa main heurta violemment la joue du colosse, qui s'effondra à nouveau, serrant les lèvres pour ne pas crier. Chaque coup de l'adolescent était accompagné d'une terrible et douloureuse décharge électrique...
Sigmar posa la paume de sa main contre le sol. Le symbole violet cessa de briller sur son gantelet et un autre s'alluma, d’une couleur jaune. Aussitôt, un cercle lumineux, de trois mètres de diamètre, enveloppa les deux combattants.
Ray regarda autour de lui : tout était en train de disparaître. Les couleurs de la forêt s'assombrissaient, une masse noire et uniforme les dévorait, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que lui et son adversaire, au centre de ce cercle jaune, au milieu du néant.
Sigmar se releva, le sourire aux lèvres :
- Te voilà pris au piège, à présent. Ceci est le quatrième sceau. Une fois que tu te trouves dans ce cercle, le temps se meut au ralentis autour de toi. Ce qui signifie que ta vitesse est divisée par quatre, alors que la mienne, au contraire, ne change pas.
Le colosse commença à agiter les bras. Ses mouvements étaient si lents qu'ils semblaient décomposés aux yeux de l’adolescent, un peu comme si une force supérieure se contentait d'enchaîner un peu trop lentement des photos les unes après les autres.
Puis l'air se troubla à nouveau autour du poing de Sigmar, entouré de rayons violets. Et le colosse s'élança.
Ray ferma les yeux. Tout était si ennuyeux, dans ce combat... Lentement, il porta la main à son dos, comme pour retirer une épée invisible d'un fourreau imaginaire.
Sigmar ne vit rien venir. Alors qu'il se ruait sur son adversaire, un croissant de foudre le heurta soudain et pénétra sa chair. Le colosse tomba en arrière en hurlant et le cercle lumineux disparut.
Les vives couleurs de la forêt réapparurent aussitôt autour de Ray. Ce dernier restait impassible, son épée le long du corps corps. Quelques éclairs grésillaient encore autour de sa lame...
Sigmar se redressa et essuya le sang qui coulait aux coins de ses lèvres, avant de s'écrier :
- C'est... C'est impossible... Personne ne peut survivre à une telle attaque ! Il ne te restait plus qu'un quart de ta vitesse ! Alors comment as-tu pu... ?
- Tout simplement parce que je peux être dix fois plus rapide que toi si je le souhaite.
Sigmar écarquilla les yeux et accusa ce nouveau coup. Il avait pu le sentir, après tout. Pendant une fraction de seconde, le pouvoir du maître de la foudre s'était brusquement décuplé, avant de reprendre son niveau habituel. La Marque, cela ne faisait aucun doute que la marque de l'Epée était derrière tout cela...
Le colosse se redressa. Il n'avait pas le choix. Pour le bien des tisseurs de néant, pour le bien des deux mondes, il devait le faire. Il devait exterminer ce monstre !
Le septième symbole brilla sur son gantelet. Une lueur verte, éclatante. Sigmar tendit le bras et offrit aux cieux la paume de sa main : Aussitôt, une boule d'énergie couleur émeraude naquit en son sein.
- Je regrette d'avoir à en arriver là devant un simple enfant, mais tu ne me laisses pas le choix... Ceci est le paroxysme de l'art de la famille Sigmar. Un sortilège ultime, qui ne laisse aucune chance à...
Il ne put finir sa phrase. Le poing de Ray venait de heurter son ventre avec une violence inouïe. Le colosse écarquilla les yeux, cracha un peu de sang devant lui puis tomba en arrière, lentement, si lentement... Son crâne percuta la terre humide et ses yeux se fermèrent.
Il lui fallut quelques secondes pour revenir à la réalité. Lorsqu'il rouvrit ses paupières, il ne vit que la main immense de son adversaire, posée contre son visage.
- The show is over, se contenta de murmurer Ray.
Sigmar voulut le supplier de ne pas agir. Mais il n'en eut pas le temps. La décharge électrique qu'il reçut fut si violente que son dos se courba et qu'un long hurlement de douleur s'échappa de ses lèvres.
Lorsque l'adolescent retira sa main, le corps de Sigmar retomba contre le sol. A jamais inerte...
Insensible aux lamentations de son coéquipier, Nefertem se baissa et scruta le sol. Ses doigts effleurèrent une trace dans la terre encore humide et l'homme en noir hocha silencieusement la tête. Il avait enfin un premier indice sous les yeux.
- C'est pas possible, s'écria Denwen, y'a rien d'autre à foutre sur cette île de merde que de passer nos journées à renifler le sol comme des chiens ?
- Regarde plutôt ceci.
- Une empreinte de pied, génial ! Ca veut dire qu'un des Tisseurs de la semaine dernière a marché par ici ? Y'a pas dire, qu'est-ce qu'on se marre...
- Ces empreintes se trouvent à quelques dizaines de mètres à peine de l’endroit où nous avons dormi hier. Est-ce que tu as senti une quelconque aura à proximité, toi ?
- Heu, non, rien du tout.
- Pourtant, quelqu’un a bien marché ici. Donc, si cette personne peut faire de la magie, elle est capable de camoufler son aura de manière à ce que nous ne puissions rien sentir même si nous nous trouvons juste à côté. Est-ce que tu penses que les Tisseurs de la semaine dernière sont suffisamment doués pour agir de la sorte ?
- Là, tu marques un point. Ca peut pas être eux.
- Ces empreintes sont trop récentes pour avoir été faites par Daedra ou ton neuvième Tisseur, les sept autres n’ont pas le niveau suffisamment pour camoufler ainsi leur aura, les cinq nouveaux n’ont jamais eu le temps de passer par ici et nous n’avons senti personne d’autre s’approcher de cette île ou utiliser un sortilège de déplacement instantané. Donc, celui qui a laissé cette empreinte était sûrement présent sur Nyx avant nous.
Nefertem se redressa et contempla les arbres qui les entouraient. Quelque part parmi ce labyrinthe se trouvait l'homme qu'ils cherchaient. Ils ne pouvaient pas le sentir, ils ne pouvaient pas encore le trouver, mais ils savaient que cette personne se cachait, quelque part par ici.
- Bon, demanda Denwen, qu'est-ce fait alors ? Y'a tout de même cinq nouvelles auras qui sont apparues et qui sont en train de se fighter avec nos petits copains, on intervient ou suit la piste de l'homme aux pieds nus ?
- Les nouveaux arrivants ne sont pas des membres de la Confrérie, ils auraient cherché à nous contacter si ça avait été le cas. Et de toute manière, aucun des nôtre n'aurait envoyé deux Maryokus dans le ciel. Ces gens n'ont donc rien à voir avec vous, laissons-les s'entretuer, notre mission est prioritaire.
- Dommage, un peu d'action m'aurait fait le plus grand bien.
Denwen soupira, puis suivit son coéquipier qui s'enfonçait à nouveau dans cette sombre forêt.
Lentement, Ice tourna la tête. Une stalagmite avait brusquement surgi des entrailles de la terre et l'avait protégé du jet acide. L'adolescent remercia Sanga d'un regard puis récupéra son souffle. Sliven, au contraire, soupira :
- Pas mal, comme protection. Bon, les jumeaux, Tahiya, vous venez m'aider ou vous attendez qu'il neige ?
- Avec tous tes clones, tu penses tout de même avoir besoin de notre aide ?
- J'ai pas envie de les gaspiller bêtement contre ces gamins, je vais plutôt les prendre avec moi, ils me seront utiles contre le Lumen.
- Parce que tu penses qu'on va te laisser partir, peut-être ?
Stupéfaits, tous les visages se tournèrent vers Aya. Cette dernière semblait furieuse et agitait sa lame dans la direction de Sliven. Un rictus méprisant se forma sur les lèvres du blond décoloré :
- Alors vas-y, arrête-moi si tu peux ! Mais je ne sais pas si des mains aussi fines serviront à quelque chose contre moi ma jolie, elles ne semblent pas trop habituées à tenir une arme !
- Sliven, je te préviens, si j'entends encore ne serait-ce qu'un seul de tes vieux préjugés machos s'échapper de tes lèvres, tu te débrouilleras sans moi !
- Bon, bon, d'accord, pas la peine de t'énerver comme ça Tahiya. Allez, vas-y belle brune, essaye donc de me retenir !
Aya ferma un instant les paupières. Le temps d'imaginer un plan. Elle allait devoir faire vite, mais elle avait peut-être une chance.
Elle rouvrit brusquement les yeux et, d'un mouvement souple, s'élança. Sliven siffla d'admiration devant la vitesse et la grâce de la jeune femme, mais évita avec adresse chacun des coups d'épée qu'elle lui donna, puis contre-attaqua en crachant un peu d'acide devant lui.
La Tisseuse pencha la tête sur le côté pour éviter le jet visqueux et étira son ombre. Elle n'était qu'à un centimètre de son adversaire, elle pouvait y arriver...
Mais Sliven bondit sur le côté pour éviter son attaque avant de sortir un miroir de sa poche, qui refléta la lumière du soleil sur l'épée d'ombre qui filait dans sa direction.
Aya serra les lèvres. Une lumière aussi éclatante sur la pointe de son ombre était largement suffisante pour contrer son sortilège. Mais il était peu probable que ce type ait réussi à le deviner en un instant...
- Surprise hein ? Qu'est-ce que tu croyais, qu'on était venu ici sans se renseigner ? On sait tout de vos capacités et de votre niveau ! Les rapports de Daedra sont très clairs tu sais, je connais chacun de tes sorts ainsi que toutes leurs failles !
- Comment as-tu pu...
- Consulter ces rapports ? Le plus simplement du monde : nos employeurs nous les ont remis en nous conseillant de les lire jusqu'au bout ! Donc, tu ne pourras pas me surprendre, c'est dommage hein ?
Le sourire de Sliven s’agrandit un peu plus. Aya serra les poings et recula d'un pas. Tout ce qu'elle savait sur cet homme se résumait à la grandeur de son aura et à sa capacité à cracher de l'acide. Rien de plus. Alors que lui savait tout sur elle... Ils étaient bien plus puissants et bien mieux informés. Tous les avantages se trouvaient dans leur camp... Que pouvaient-ils faire face à ça, eux qui sortaient d'une bataille aussi terrible qu’humiliante ?
- Bon allez, maintenant ça suffit. Les jumeaux, Tahiya, occupez-vous d'eux !
- Tu ne vas pas t'en tirer comme...
Mais déjà, trois lames vertes se posèrent contre la gorge de la jeune femme. Sliven s'éloigna alors en sifflotant, les mains dans les poches en une attitude des plus provocatrices.
Ses clones lui emboîtèrent le pas. Lorsque tous les autres se furent suffisamment éloignés, les trois derniers retirèrent leurs armes et s'élancèrent pour rejoindre leur maître.
Aya se retourna : déjà, ses amis étaient en train de prendre le fer avec les deux jumeaux.
Light essaya de se redresser, mais Kin le força à rester allonger.
- On doit y aller, s'écria le cadet des Lumen, ils sont en train de se battre ! Tu vois bien que les auras de leurs adversaires sont extrêmement élevées, seuls, ils n'y arriveront pas !
- Calme-toi, maintenant ! Tu sais parfaitement que si tu interviens dans le combat, tu ne seras qu'un boulet ! Tu es toujours incapable d'utiliser la magie Light, tu ne pourras pas les aider !
- Alors allez-y, vous deux !
- Moi, j'aimerais bien y aller, on s'emmerde ici, alors qu'eux, ils sont en train de se marrer !
- Toi, tais-toi ! On ne peut pas Light, nous devons garder ce camp et nous devons veiller sur toi ! On ne peut... Hé, qu'est-ce que c'est que ça ?
- Qu'est-ce qui se passe ?!
- L'une des auras... Elle s'est détachée du groupe... Vu son niveau, ça doit être un de nos adversaires et il... Il se rapproche de nous !
- Yes, super ! Enfin un peu de baston !
- Ah non, on dirait que... Oui, une autre aura arrive vers lui...
- Qui est-ce ?
- Je ne sais pas, je ne sais pas... Celui qui en a vaincu un, tout à l'heure... Ils... Ils vont se rencontrer !
Sliven évoluait tranquillement au sein de cette sombre forêt, ses clones autour de lui. La journée s'annonçait délicieuse : il faisait un temps superbe, il se trouvait sur une île tropicale quasiment déserte et il se préparait à mettre fin aux jours du cadet des Lumen. Cette seule pensée suffisait à le réjouir : enfin, il tenait sa vengeance ! Eliminer l'un des sbires de la Confrérie et l'un des descendants de cette famille maudite dans la même journée, que souhaiter de plus ?
Il sentit la silhouette qui lui faisait face avant de la voir. L'adolescent se tenait immobile, à moitié camouflé par les ombres qui l'entouraient. Il gardait son épée le long du corps, son épée dont la longue lame jaune n’était souillée par aucune goutte de sang. Et ses yeux émeraude restaient posés sur lui, impassibles. Sliven sourit et lança joyeusement à son nouvel adversaire :
- Ca alors, le maître de la foudre en personne ! J'aurais plutôt cru que tu te serais enfui, après tout c'est toi notre cible première. Mais peut-être espères-tu qu'en nous implorant, nous épargnerons tes petits camarades ? Comme c'est mignon !
- Tu ne te demandes pas plutôt où se trouve ton ami, celui qui étais-tu censé se débarrasser de moi ?
Le sourire de Sliven s'effaça sur-le-champ.
- Qu'est-il arrivé à Sigmar ?
Ray se contenta de regarder son poing et de le serrer. Quelques rayons électriques grésillèrent puis disparurent. Alors, il se décida à parler :
- Je l'ai vaincu.
- Sigmar ? Vaincu ? Par un boulet comme toi ? J'aimerais bien voir ça ! Même avec un bras et une jambe en moins, il aurait été capable de te désintégrer sans même transpirer !
- Alors comment expliques-tu que je sois encore en vie ?
Sliven fronça les sourcils et serra les poings. Sigmar... Ce gosse... Un instant, la rage se répandit sur le visage du combattant d'élite et le défigura, puis brusquement il éclata de rire :
- Très bien, gamin ! Alors allons-y, mais je te préviens, je ne te ferai aucun cadeau !
Un sourire naquit sur le coin des lèvres de Ray :
- Ca tombe bien, moi non plus !
La foudre grésillait autour de sa main. Les clones de Sliven s'élancèrent tandis que les joues de ce dernier se gonflaient.
Et au-dessus du manteau créé par les ramages des arbres, le soleil brillait avec fougue.
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