CHAPITRE 7 : The Cursed Seal

 

  Ice et Sanga se retrouvèrent au même endroit. La source de la lumière se tenait au pied d'un petit lac : il s’agissait d’un homme enroulé dans une longue cape noire. Ses yeux verts étaient posés sur eux, ne laissant transparaître aucune émotion, alors que le souffle du vent jouait avec ses cheveux bruns.

- Vous voilà, fit-t-il simplement remarquer. Où sont les deux autres ?

  Ice pointa sa lame dans sa direction.

- Vous semblez savoir beaucoup de choses sur nous. Qui êtes-vous ?
- Mon nom est Danra. Je suis un Invocateur.
- Un Invocateur ?
- Je maîtrise et crée des chimères.

  L'eau derrière lui se mit alors à frémir, agitée par quelque chose d'énorme. Et soudain, un serpent colossal émergea des flots. Sa tête était aussi grande que le corps d'un homme, la lumière du soleil se reflétait sur ses écailles azurées, éblouissant les deux Tisseurs. Il ressemblait à une statue de saphir, immense et effrayante.

- Voici Veintinueve, un léviathan.

  Sous leurs pieds, la terre commença à trembler. Quelque chose de gigantesque et de très lourd approchait d'eux à pas de géant. Ils la vivrent surgir de derrière un bosquet. Une statue de trois mètres de haut, on ne peut plus vivante. Son bras était plus épais encore que les têtes d'Ice et de Sanga réunies...

- Et voici Treinta, un golem.

  Alors Ice comprit : c'était ce Danra qui animait les morts-vivants. Il ne s'agissait que de chimères...

- On a été trompé Sanga, depuis le début...

*


  Appuyé contre un tronc d'arbre, Enishi veillait. Et baillait aussi. Pour l'instant, il n'avait vu personne s'approcher. Pas même un petit zombi ! Il avait terminé de tousser depuis belle lurette et se sentait en pleine forme. Il mourait d'envie de mettre une raclée à quelqu'un, n'importe qui !
  Au fond de lui, il se sentait vexé d'avoir été si ridicule. Il détestait devoir endosser le rôle de boulet, mais c'était pourtant ce qu'il avait fait. Ice avait gaspillé beaucoup d'énergie à éteindre cet incendie que lui n'avait pas su maîtriser, et cela l'enrageait.
  Soudain, le craquement d'une branche le tira de son ennui. Il se retourna et aperçut Praek. Celui-ci tenait son épée à la main, mais ses habits n'étaient même pas salis...

- Où sont les autres ?
- Partis là-bas, à la recherche de l'origine de la lumière.
- Pourquoi es-tu ici, alors ?
- Je monte la garde.

  Praek fut étonné.

- Tu montes la garde ?

  Enishi leva silencieusement son épée. Son maître fronça les sourcils et s’écria :

- Pose cette épée, Enishi.
- On en a assez de tes petits jeux, Praek !
- Pose cette épée, tout de suite !

  Des flammes entourèrent la lame de l'adolescent. Il envoya un Maryoku sur Praek. Une lumière jaune l’entoura alors qu’il se jetait sur le côté, évitant l'attaque.

*


  Ray avait terminé son examen. Il avait fouillé tous les meubles, dégagé tous les cadavres, nettoyé toutes les assiettes. Et il n'avait rien trouvé. Il s'était assis sur la table et attendait. Il allait se passer quelque chose. Il ne savait pas quoi et il ne savait pas pourquoi. Mais ça allait se passer. Son instinct tout entier le lui criait.
  Et puis la porte s'ouvrit. Valentina entra. Il fit apparaître son épée.

- Vous êtes sur vos gardes. Quelque chose ne va pas ?
- En effet. Je me posais une question, depuis quelques heures...

  Il leva la main dans sa direction et lança un rayon électrique. Elle eut juste le temps de se baisser pour l'éviter. La foudre effleura la lame de son épée, se répandit dans toute l'arme et lui arracha un cri de douleur. Furieuse, elle la jeta à terre.

- Qu'est-ce que vous prend ? Vous êtes devenu fou ?
- Votre épée est en acier.
- Et alors ?
- Les épées des tisseurs de néant ne sont pas en acier. Nos lames sont en fait un concentré de magie. Donc, elles ne sont pas conductrices. La votre, si.

  La jeune femme soupira.

- Comment as-tu compris que je vous ai menti ?
- La situation me semblait bizarre. Pourquoi est-ce qu'on nous choisirait, nous, quatre bleus, pour une mission aussi importante que de démasquer un traître, combattant d’élite qui plus est ? Non, c'était étrange. Je ne comprends pas qu'Ice n'ait pas été étonné...
- J'aurais dû trouver un meilleur prétexte, alors.
- Pourquoi ? Pourquoi toute cette machination ?
- Tôt ou tard, Praek se serait fait démasquer. Et là, il aurait perdu votre confiance. Mais moi j'étais certaine de la garder éternellement si j’allais vous voir la première pour vous dévoiler sa véritable identité. Ainsi, vous deveniez aisément manipulable, même dans quelques années.
- Pourquoi nous ?
- Vous êtes encore jeunes, vous ne savez rien des Tisseurs ou de la Confrérie. Donc, vous êtes faciles à abuser. Mais dans quelques années, vous deviendrez bien plus puissants. Comme tous ceux qui possèdent un pouvoir élémentaire.

  Une boule d'énergie rouge se forma dans le creux de sa main. Ray écarquilla les yeux et leva son épée vers elle.

- Mais notre plan peut encore fonctionner. C'est toi que nous voulons.
- Pourquoi moi ?
- Tu as bien plus de potentiel que les trois autres. Sans compter que la foudre est un élément très intéressant.

  Et elle sauta sur lui. Le reste se déroula en une seconde : par réflexe, il arma son bras, dirigeant sa lame vers le ventre de son adversaire. Mais le corps de Valentina se coupa en deux avant que son arme réussisse à le trancher et cette dernière ne rencontra que de l'air. Alors la jeune femme fut sur lui. Sa paume heurta le front de Ray, qui absorba la boule d’énergie.
  Il écarquilla les yeux : il ne vit qu’un éclair lumineux et soudain, tout devint noir autour de lui...

*


  Praek était rapide. Très rapide. Enishi n'avait pas réussi à le toucher une seule fois. Avec habilité, il esquivait chacun de ses coups et contre-attaquait aussitôt.
  L'adolescent s'appuya sur son épée pour reprendre son souffle. Il avait reçu une légère entaille sur la hanche gauche. Rien de très grave, mais cela entravait ses mouvements. Et les ralentissait. Praek était en face de lui, à cinq mètres. Enishi leva sa lame, la pointant sur son adversaire.

- INFER...

  En un éclair, Praek avait bondit. Le pauvre adolescent n'eut pas le temps de terminer ce simple mot. De sa lame, le combattant d'élite bloquait la sienne, l'écartant de son corps. Si Enishi lançait son sort, l'Inferno passerait au-dessus de l'épaule de Praek sans lui causer le moindre dommage. Il enrageait : son adversaire était beaucoup trop rapide, beaucoup trop précis. Un coup de genou dans son ventre mit fin à ses lamentations silencieuses.

- C'est inutile, gamin. Tu ne pourras jamais ne serait-ce que m'effleurer...
- Ta... Ta gueule...

  Alors qu'Enishi se redressait douloureusement, un uppercut le fit tomber à terre. Sous le choc, il lâcha son arme.

- La prochaine fois, je serai moins généreux.
- La ferme...

  Il se releva à nouveau, récupéra douloureusement son épée et lança un Maryoku. Praek eut le temps de soupirer devant cet acharnement idiot, de courir, de sauter pour esquiver le croissant de flammes, de retomber agilement sur ses pieds, de désarmer son adversaire par un battement rapide et de planter la pointe de sa lame dans la cuisse de son adversaire. Le tout en moins de deux secondes.

- Arrête Enishi. C'est stupide.

  Le jeune homme serrait les lèvres pour ne pas crier. Il sauta en arrière afin de se dégager et se baissa, essayant à la fois de calmer la douleur et de récupérer son souffle. Puis, doucement, il frappa ses mains l'une contre l'autre.

- Dragon, murmura-t-il.

  Le spectre d'un dragon s'enroula sur son poing fermé.

- Une chimère, constata Praek en levant son arme.

  Enishi fonça sur lui. Sans aucune finesse, sans aucune autre stratégie que celle de le cogner de toutes ses forces, le poing armé. Praek envoya un Maryoku. Enishi frappa le croissant d'énergie, qui se désintégra sous la force du dragon. Le combattant d'élite écarquilla les yeux et n’eut que le temps de faire une roulade sur le côté pour éviter l'attaque de son adversaire. Le poing du jeune Tisseur heurta un rocher qui fut broyé sous sa force.

- Pas mal !

  Enishi se releva et grogna à cause de la remarque de son adversaire, tandis qu’une boule de feu apparaissait dans sa main droite. A nouveau, il courut vers Praek. Celui-ci sauta pour passer au-dessus de l’adolescent. La boule de feu s'écrasa mollement par terre.

- Potestas ignis it.

  Enishi venait de réciter une courte incantation. La seule qu'il connaissait. Des flammes entourèrent la paume de sa main gauche. Praek écarquilla les yeux : il était juste au-dessus de lui. Dans les airs. Donc, il ne pouvait pas esquiver. Enishi leva la main et expulsa toute son énergie. Praek reçut le sort sur son bras droit. Il cria : non seulement c'était douloureux, mais de plus sa manche était en train de brûler.
  Il réussit à retomber souplement sur ses jambes et à éteindre le feu. Mais Enishi le regardait avec morgue, un sourire victorieux sur les lèvres.

- Ha ha ! C’est bon, ça fait pas trop mal j’espère ? Heureusement que je devais même pas réussir à t’effleurer, qu’est-ce que ça serait sinon ! Hahaha !

  Praek ouvrit son poing : son épée, qu'il avait lâchée lorsqu'il s'était pris le sortilège, revint se nicher au creux de sa main.

- Très bien, fini de jouer.

  La lumière qui l'entourait se mit à enfler. De jaune, elle devint rouge.

- Les choses sérieuses peuvent commencer, Enishi.

*


  Epuisé, Ice regardait le Léviathan qui le dominait de toute sa hauteur, tout en essayant de reprendre son souffle. Face à un tel monstre, il était aussi faible qu'un nourrisson : sa lame n'arrivait pas à transpercer ses écailles, le Maryoku était inefficace et cette chimère maîtrisait les eaux qui les entouraient mieux que lui.
  La créature ouvrit sa gueule immense : elle absorba les flots qui se soulevaient autour d’elle, formant une immense boule entre ses crocs. Et puis elle la relâcha.
  Ice écarquilla les yeux et se jeta sur le côté pour esquiver. La boule fracassa le sol. L'onde de choc projeta le Tisseur dans le lac. Il se releva lentement, toussant pour cracher l'eau qu'il venait d’avaler. Le monstre le fixait de ses yeux flamboyants. A nouveau, il ouvrit la gueule.
  Ice resserra la garde de son épée. Il leva son arme, absorbant lui aussi l'eau qui l'entourait. Au moment où le Léviathan lança sa boule aqueuse, lui, il envoya un Maryoku. Les deux attaques se heurtèrent et se détruisirent mutuellement. Le Tisseur plongea sous le lac pour éviter les gerbes d'eau, plus tranchantes encore que sa lame. Il sentit le corps immense du léviathan remuer : il avait dû le toucher.
  L'adolescent remonta à la surface pour respirer un peu d'air et regarda autour de lui : la chimère s'était immergée. Il se dépêcha de courir sur la berge, à l'abri. Puis il reprit son souffle.
  L'eau était paisible. Immobile. Pas un remous n'agitait sa surface. Le vent faisait doucement remuer les feuillages autour du Tisseur, créant quelques vaguelettes sur le lac.
  Et soudain, le Léviathan émergea des flots, se hissant de toute la hauteur de son corps majestueux et colossal. Puis il sauta.
  Ice écarquilla les yeux, effrayé. La créature devait mesurer plus de dix mètres de long et deux de large. Et elle allait l'écraser sur lui de tout son poids. Il n'avait plus le temps d'esquiver. Quand ce mastodonte heurterait le sol, il détruirait tout ce qui se trouverait aux alentours.
  Le désespoir envahit Ice. Il sentait la mort s'approcher de lui. Elle n'était plus qu'à quelques mètres maintenant. Doucement, il leva son épée. L'eau du lac s'enroulait autour d'elle, comme aimantée. En quelques secondes, il se vida d'un quart de son contenu.
  Le monstre était juste au-dessus de lui. Ice abaissa son épée, lançant un Maryoku gigantesque, tout autant que son adversaire. La lame aqueuse transperça le Léviathan et le coupa en deux. Défait, il se désintégra avant de toucher le sol.
  Le Tisseur ne savait pas comment il avait réussi cet exploit. Il tomba simplement à genoux, exténué. Il n'avait même plus la force de tenir son épée. Ni celle de garder les yeux ouverts.

*


  Ray avait l'impression de flotter dans le vide. Tout autour de lui régnait le néant. Là où il était, il n'y avait ni haut ni bas. Il dérivait dans cet océan infini qu'était son esprit. Il n'avait pas mal. A vrai dire, il ne ressentait plus rien à présent. Ni la faim, ni la soif, ni la douleur. Il avait même perdu la notion du temps. Depuis quand était-il ici ? Quelques minutes ? Quelques heures ? Quelques jours ? Peut-être même plusieurs mois, il n'en savait rien. Il se disait qu'il devrait se réveiller, mais il ne s'en sentait pas le courage. Il était bien, ici. C'était si calme, si agréable...
  Il aperçut son reflet, au-dessus de lui. Pourtant, il n'y avait pas de miroir, c'était étrange. A y regarder de plus près, il s'aperçut d’ailleurs que ce n'était pas un reflet de très bonne qualité : tout d'abord, il ne portait pas ce long manteau bleu. Dommage, il était très joli. Et super classe, en plus. Ensuite, il n'avait pas d'électricité qui tourbillonnait autour de son corps.

- Tu dors, compagnon ?

  C'était bien la première fois que Ray entendait un reflet parler ! Non décidément, il y avait quelque chose qui n'allait pas...

- Tu es quoi, toi ?
- Mais je suis Ray bien sûr.
- Hé mais non ! Ray, c'est moi !
- Ah, c'est juste. Disons que je suis Ray, mais un peu plus aussi.
- Un peu plus ?
- Je suis ton véritable pouvoir, cette force cachée qui sommeille en toi et que tu n'oses pas réveiller, je suis à la fois tes pires cauchemars et tes rêves les plus doux, Ray. Une image inconsciente que tu as oubliée et bannie.
- Tu n'as pas un nom, comme tout le monde ?
- Bien sûr que non, puisque je ne suis qu'une pensée, une simple illusion.
- C'est triste...
- Arrête de parler, tu commences déjà à sombrer dans le délire. Tu ferais mieux de te réveiller.
- Pourquoi ? Je suis bien, ici...
- Et tes amis ? Tu ne penses pas qu'ils ont peut-être besoin de toi ?
- Ah oui, c'est vrai, je les avais oubliés...
- Lève-toi alors.

  Ray soupira mais son monde intérieur commençait à s'effacer, autour de lui. Lentement, il ouvrit les yeux. Il remarqua que le soleil avait déjà commencé son déclin, haut dans les cieux orangés. Combien de temps était-il resté inconscient ?

*


  Enishi avait mal. Très mal. Le poing serré, il essayait coûte que coûte de ne pas lâcher le manche de son épée brisée, ultime vestige de son ancienne arme. Son corps était recouvert de profondes entailles. Et la lame de Praek était enfoncée dans son estomac.
   Il tremblait. Son corps était agité de spasmes incontrôlables. Il n'avait rien pu faire, rien du tout. Son adversaire avait été trop rapide, trop précis...
  Bougez, ordonnait-t-il à ses bras. Mais son corps tout entier refusait de lui obéir...
  Lentement, précautionneusement, Praek retira son épée. Enishi sentit ses jambes se dérober sous son propre poids. Il le leur interdit, leur intimant de rester debout. Peine perdue, il chuta lourdement, tombant contre l'herbe calcinée. Des larmes d'impuissance accompagnèrent son mouvement, décuplant encore sa fureur.

- C'est terminé, Enishi.

  Praek s'avança vers lui. Le jeune Tisseur n'avait pas peur. Il ne ressentait que de la haine, envers ce traître et envers lui-même. Il aurait voulu frapper le sol de ses poings, mais eux aussi refusaient obstinément de bouger...
  Et puis Ice et Sanga arrivèrent. Ils ne portaient aucune blessure grave, mais ils étaient exténués. A bout de force.

- Moi qui espérais que tu n'avais pas d'ennuis, se plaignit Ice. Qu'est-ce qu'on fait, maintenant ?

  Praek se tourna vers eux. Le maître semblait en pleine forme, les adolescents arrivaient à peine à tenir debout. Pourtant, ils serrèrent la garde de leur épée.

- Vous êtes tous plus stupides les uns que les autres... C'est perdu d'avance, vous ne le voyez donc pas ?
- Désolé, s'excusa Sanga, nous ne sommes pas très doués pour réfléchir.

  De petits rochers tourbillonnaient autour de sa lame. En l'abaissant, il les envoya sur Praek. C'était son Maryoku. Mais le combattant d'élite les esquiva sans aucun problème.

- Un gamin de trois ans pourrait vous mettre à genoux, soyez réalistes...
- Ouaip les gars, un peu de bon sens ! Vous êtes trop nuls, je vais m'occuper de lui, c'est tout.

  Tous se tournèrent, à l'exception d'Enishi dont le corps resta paralysé. C'était la voix de Ray. L’adolescent ouvrit sa main et y fit apparaître son arme.

- Portez Enishi jusqu'au village, ils pourront le soigner, là-bas.
- Tu penses, demanda Ice, que tu pourras t'en sortir tout seul ?
- Ca devrait pouvoir se faire !

  Sanga prit son ami sur ses épaules, souffla un instant et se mit à courir. Ice le rejoignit.
  Ray se tourna vers son ancien maître :

- Vous n'essayez même pas de les arrêter ?
- Je ne pense pas qu'ils arriveront à sortir de la forêt.
- C'est mal les connaître.
- Et s'il reste des zombis ?

  L’adolescent haussa négligemment les épaules.

- Ils les extermineront. D'une seule main et sans arme s'il le faut.
- Tu es optimiste.
- Réaliste.
- Soit, commençons alors.

  Ray hocha la tête et leva son arme au-dessus de sa tête. De la foudre se mit à tourbillonner autour de sa lame.

- Prépare-toi, ça va faire ma...

  Il s'interrompit : la pointe de l'épée de Praek était posée contre sa gorge. Une goutte de sang perla.
  Ray n'avait rien compris : un instant auparavant, son adversaire était à six mètres de lui. Pendant une fraction de seconde, il avait disparu. Et maintenant il était devant lui, dans une position très menaçante.

- Pas mal !
- C'était un avertissement. Ne fais pas comme Enishi qui était trop sûr de lui.

  Ray abaissa violemment son arme, au risque de se faire embrocher. Mais la foudre ne rencontra que le sol nu : Praek avait à nouveau disparu. Cette fois-ci, il se tenait derrière lui. Le temps que le jeune tisseur se retourne, il le perdit de vue, pour la troisième fois. Mais son épaule s’était mise à saigner... Praek était appuyé contre un arbre, à sa droite.

- Mais qu'est-ce que...?

  Il s'interrompit, plié en deux à cause d'un puissant coup de poing dans le ventre. Praek se tenait devant lui, son épée rangée dans son dos.

- Tu es lent. Beaucoup trop lent.

  Ray se releva. Il sentit quelque chose effleurer son épaule durant une fraction de seconde. Puis le pied de Praek frappa sa joue, le faisant tomber à terre. Son ventre heurta un rocher, lui coupant la respiration. Le temps qu'il se relève, son adversaire planta sa lame à l’arrière de sa cuisse. Le jeune Tisseur cria tandis que l'autre retirait son arme. Lorsque Ray se retourna, toujours à terre, pour envoyer un Maryoku, Praek était à nouveau derrière lui et il en profita pour donner un coup de pied dans son crâne.

M...Merde ! Comment peut-il être aussi rapide ? Mes yeux n'arrivent même pas à le suivre...

  Il planta sa lame dans le sol et s'appuya dessus pour se relever. Son corps tremblait, à présent. Courageusement, il envoya un Maryoku devant lui. A nouveau, Praek disparut une fraction de seconde. Et lorsqu'il redevint visible, Ray s'aperçut que la lame de son adversaire était figée dans son cœur. Il écarquilla les yeux, plus à cause de la surprise que de la douleur. Etrangement, il ne ressentait rien. Il savait que la blessure était mortelle, mais il n'avait pas mal.
  Praek retira lentement son épée, s'excusant auprès de son adversaire défait :

- Pardonne-moi...

  Ray sentit ses jambes se dérober. Lentement, son corps tomba. Tout était en train de disparaître, autour de lui... Et puis il avait froid, très froid. Pourtant le soleil brillait au-dessus de leur tête...

*


Ca y est, je suis mort ?

  Ray regardait autour de lui : tout n’était que ténèbres, tout n’était que néant. Si c'était ça la mort, il allait drôlement s'emmerder... Il regarda son ventre : il était intact. A nouveau, il ne ressentait rien, ni douleur ni fatigue.

C'est pas drôle, d'être mort...

  Il n'avait fait que penser et pourtant cette phrase résonna en un écho éternel. Puis son reflet apparut soudain devant lui. Cet autre Ray au long manteau bleu...

- Tu es faible.
- Merci, pas la peine de remuer le couteau dans la plaie...
- Tu ne peux pas lutter contre lui.
- Oui, j'avais cru comprendre !
- Est-ce que tu veux plus de pouvoir ?
- A quoi ça me servirait ? Je suis mort de toute façon...
- Pas encore.
- Pas…Pas encore ? C’est vrai ? Et tu pourrais me rendre plus fort ?
- Je suis ta force, Ray. Un pouvoir invincible, créé par tes songes les plus secrets et tes désirs les plus profonds. Mais es-tu prêt à l’accepter, cette force ? Es-tu prêt à ouvrir ton âme à mon pouvoir ?
- Bien sûr que je le suis !

  L'épée de la foudre apparut alors dans la main de ce Ray au manteau bleu. L’adolescent la regarda, arquant un sourcil interrogateur. Puis il écarquilla les yeux quand son reflet la planta dans son ventre.

- Aaaah...

  Ray regardait sans comprendre la lame figée dans son abdomen. Et soudain une décharge d'énergie le renversa.

*


  Praek fit disparaître son épée, regardant le corps inerte de son adversaire, étendu sur le sol. Il avait la désagréable impression de revoir Enek, cette nuit fatidique... Le Destin n'était pas aussi miséricordieux pour tous, songea-t-il en se retournant. Devant lui, le soleil avait presque disparu, dévoré par l’horizon. Bientôt, la nuit les envelopperait tous de son sombre et triste manteau. Praek soupira : il était temps de repartir.
  A peine eut-il terminé de faire un premier pas qu'un bruit étrange le tira de ses pensées. Il regarda le corps de Ray, couché contre le sol. Quelques rayons électriques commençaient à grésiller autour de lui, comme aimantés par sa propre présence. Et il sentait la magie du jeune homme grandir, son pouvoir croître à une vitesse incroyable...
  Lentement, l’adolescent se releva, la tête baissée. Il respirait encore rapidement pour reprendre son souffle, mais ses blessures s'étaient refermées. Il écarta ses doigts : son épée apparut au creux de sa main. Puis il leva lentement la tête, fixant Praek de ses yeux rouges. Sur son front brillait, d'une mystérieuse lueur vermeille, un étrange symbole représentant une étoile à cinq branches, inversée et enfermée dans un cercle.
  Le combattant d'élite ne réalisa pas tout de suite. Puis soudain, il écarquilla les yeux et rappela sa propre arme.

- La marque de l'Epée, murmura-t-il.

  Ray le regardait calmement. Ni haine ni peur ne brillaient dans ses yeux. Ils étaient calmes, impassibles. Et tous ces éclairs qui tourbillonnaient autour de lui... Praek ne savait que trop ce que cela signifiait. Il raviva son aura rouge. Et puis il s'élança.
  Il réapparut derrière Ray, son arme dressée. Mais lorsqu'il voulut l’abaisser, la foudre qui entourait le jeune homme s'élança sur lui. Il écarquilla les yeux et disparut durant une nouvelle fraction de seconde, atterrissant cette fois-ci à droite de son adversaire. Mais il n'eut pas le temps d’esquisser le moindre mouvement offensif : les éclairs, comme animés d’une volonté propre, fusèrent vers lui. Il eut juste le temps de sauter en arrière pour ne pas être foudroyé. Ils s'abattirent à cinquante centimètres de leur cible...
  Praek aurait voulu pouvoir s'élancer une nouvelle fois, mais il n'en eut pas le temps : d’autres rayons électriques se ruaient sur lui. Il disparut à nouveau pour réapparaître quelques mètres plus loin. Mais pourtant ils le suivaient toujours, plus nombreux encore. Il les évita, n’hésitant à utiliser toute la vitesse qu’il avait à sa disposition : à peine posait-il le pied à terre que déjà, il se trouvait ailleurs. Mais pourtant les éclairs étaient partout autour de lui, se mouvant sur les airs comme des serpents. Des serpents dont la vitesse égalerait celle d'un guépard...
  Pour la première fois depuis des années, il était acculé : il avait à peine le temps de s'immobiliser une fraction de seconde que les rayons étaient presque sur lui. Ils l'encerclaient, diminuant à chaque instant ses chances de ressortir vivant de la prochaine pause. Dès que son pied effleurait le sol, ils se rapprochaient un peu de lui. Jusqu'à l'instant où il n'eut pas le temps de s'élancer à nouveau et qu'ils le frappèrent.
  Il hurla de douleur, lâchant son épée sous le choc. Ses genoux tombèrent à terre, il ne put que poser ses mains sur le sol pour ne pas s'écraser lamentablement.
  Pendant ce temps, avec un calme singulier dans une telle situation, Ray commenta les actions de son adversaire :

- J'ai enfin pu voir ton défaut. Ton sort est puissant, mais il a une faiblesse : il ne permet pas à ton corps d'endurer la vitesse qu'il te procure. Tu es constamment en état de suractivité. Alors certes, tu peux courir si vite que mes yeux ne peuvent plus te suivre, mais tu es obligé de t'arrêter, ne serait-ce qu'un minuscule instant, pour éviter d'outrepasser les limites que ton corps t'impose. Et durant cet instant, tu te retrouves aussi faible qu’un nouveau-né.

  Praek se releva lentement. Sa respiration était à présent saccadée, mais il avait récupéré son arme.

- Comment as-tu fait pour que tes éclairs puissent me suivre même quand je change de direction ? Tu ne peux pas prévoir mes mouvements. Et tu l’as dit toi-même : ils sont trop rapides pour tes yeux.
- A chaque déplacement, tu brûles beaucoup d’énergie. Même si mes yeux ne peuvent pas te suivre, je la perçois, toute cette magie que tu gaspilles. Et mes éclairs, eux, sont capables de réagir instantanément.

  Un sourire se dessina sur le coin des lèvres du combattant d'élite, tandis que son aura commençait à enfler.

- Je le savais… Il y a deux jours à peine, Ray était incapable de savoir que j'étais un tisseur de néant. Mais toi, tu arrives à percevoir ma magie sans la moindre difficulté.

  A présent, la lumière qui l'entourait était devenue bleue. L’adolescent la regardait croître sans broncher.

- Tu n’es pas Ray. Alors qui es-tu, gamin ?
- Je suis Ray. Le reste n'a pas d'importance.
- C'est la Marque, n'est-ce pas ? C'est elle qui te donne ce pouvoir ?
- Je ne suis pas ici pour discuter.

  Doucement, le jeune Tisseur tendit la paume de sa main vers le ciel crépusculaire. Puis il la referma.

- Je veux juste tester ma force. Ton nom n’a pas d’importance pour moi, seule compte ta force. Nous sommes des guerriers, pas des hommes. Alors nous allons nous affronter et seul le plus puissant de nous deux gagnera le droit de rester en ce bas monde. C’est aussi simple que cela.

  L'un des éclairs du jeune homme se réveilla soudain et s'élança sur son adversaire. Mais juste avant d'être frappée, la silhouette de Praek sembla se diviser et des formes floues s'élancèrent dans plusieurs directions différentes.
  L'éclair ne toucha rien. Car le combattant d’élite ne se trouvait plus à cet endroit. A la place, sept silhouettes bleues et frémissantes entouraient l’adolescent, qui pourtant n’accorda qu'un vague regard à ces corps immobiles. De sa voix toujours posée, il lança à ses adversaires :

- Je comprends. En te déplaçant à grande vitesse, mes yeux n'arrivent plus à suivre tes mouvements et il ne reste de toi que des silhouettes bleues et imprécises. Tu sembles immobile, mais en réalité, tu cours d'un point à l'autre à une vitesse fabuleuse.

  Un nouvel éclair se précipita sur l'une des silhouettes bleues. Mais au moment où il allait la percuter, celle-ci disparut, alors qu'une autre apparaissait un peu plus loin. Même la foudre de Ray ne pouvait plus suivre...
  Et soudain, les sept corps s'élancèrent. Pas une expression ne voila le visage de l'adolescent. Les rayons électriques qui l'entouraient redoublèrent d'intensité, formant une barrière presque impénétrable.
  Mais sept coups d'épées strièrent son corps. Ces plaies, peu profondes, crachèrent néanmoins un flot vermeil devant elles, sans que le visage du jeune homme ne trahisse ni douleur ni surprise. Peut-être même n'en éprouvait-il pas...
  Six silhouettes imprécises l'entouraient à présent, frémissantes mais immobiles aux yeux de l'adolescent.

- Tu dépasses tes limites, constata calmement ce dernier. La couleur de ton aura détermine la puissance de ton sortilège, n'est-ce pas ? Mais celui-ci est trop dangereux pour toi. Tu ne pourras plus tenir bien longtemps.
- Tu as parfaitement compris.

  La voix de Praek semblait provenir de tous les côtés à la fois.

- Et c'est pourquoi, continua le combattant d’élite, je vais rapidement en finir avec toi.

  Ses six corps disparurent à nouveau. Ray se baissa et redoubla l'intensité de la barrière électrique qui le protégeait. Six nouvelles plaies zébrèrent ses épaules, mais encore une fois, aucune blessure ne fut assez profonde pour se révéler réellement handicapante.
  Cinq paire de pieds se posèrent à nouveau sur le sol du champ de bataille. Ray soupira : son adversaire faiblissait déjà. Après chacune de ses charges, sa vitesse diminuait sensiblement. La foudre qui l'entourait ne parvenait peut-être pas à repousser les attaques du combattant d'élite, mais elle le contraignait malgré tout à ne pouvoir porter que des coups superficiels.
   Lentement, la main de Ray se dressa vers l’infini de l’horizon. Puis il ferma subitement son poing. Aussitôt, sa barrière électrique fut projetée au loin.
  Praek écarquilla les yeux : la foudre s'élançait dans toutes les directions à la fois, il ne pourrait pas l'éviter s'il restait sur la terre ferme. Il n'eut d'autre choix que de bondir dans les airs.
  A l’instant où ses pieds quittèrent le sol humide, son corps véritable redevint visible aux yeux de Ray. Quelques gouttes de sueur recouvraient les tempes du combattant d’élite. L'adolescent leva sa lame et envoya un Maryoku dans sa direction.
  D'un coup d’épée magistral, Praek brisa le croissant de foudre, mais au prix d'un grognement de douleur. Son corps commençait déjà à le tirailler... Mais ses pieds effleurèrent le tronc d'un arbre. Aussitôt, il prit appui et disparut.
  Quatre autres Praek réapparurent, à quelques mètres de Ray à peine. Leurs lames étaient toutes dressées vers le ciel crépusculaire...
  Le jeune homme reconstitua immédiatement sa barrière électrique. Quatre croissants d'énergie la heurtèrent aussitôt et les sortilèges se brisèrent mutuellement.
  Ray leva les yeux. Son adversaire se trouvait dans les airs, retombant sur lui alors qu’un puissant Maryoku tourbillonnait autour de sa lame. L'adolescent leva son épée et employa toutes ses forces pour parer le coup dévastateur. Foudre et énergie se mêlèrent. Sous le choc, ils tombèrent tous les deux contre le sol.
  Lentement, Praek planta son épée dans la terre sèche et s’en servit comme appui pour se redresser. Il était à bout de force. La respiration haletante, le visage recouvert par la sueur, il s’aperçut que le simple fait de rester debout drainait ses ultimes réserves d’énergie. Et son aura bleue avait à présent disparu...

- Tu as outrepassé tes limites, constata Ray. Ton corps te fait maintenant payer le prix du calvaire que tu lui as fait endurer.

  A son tour, il se releva lourdement. Mais différemment à son adversaire, il était encore capable de marcher. Cette victoire ne semblait pourtant pas le ravir.

- Tu es trop faible, je me serais attendu à mieux de la part d'un combattant d'élite...

  Il fit un pas dans sa direction. Un bruit fracassant résonna alors dans la forêt, suivi par une épaisse fumée. Lorsqu'elle se dissipa, trois hommes et une femme se tenaient entre les deux adversaires. Avant que Ray ne puisse faire un geste, l'un des hommes pointa son épée dans sa direction :

- Bloque.

  Et sa lame explosa en quatre fragments lumineux. Deux d'entre eux heurtèrent violemment le ventre de Ray, lui coupant la respiration, tandis que les autres s'attachèrent à ses mains, liens invincibles, liens indestructibles. L'adolescent voulut lancer ses éclairs sur eux, mais il n'eut pas le temps de reconstituer sa barrière: la femme s'élança sur lui, une sphère lumineuse dans la paume de sa main. Avec une certaine impression de déjà-vu, Ray ne put l'empêcher de frapper son front. Une seconde marque se superposa à la sienne, représentant une étoile à cinq branches, brillant d'une douce lueur blanche et qui, elle, n'était pas inversée.
  Son front le brûla. Il eut juste le temps de hurler avant de s'évanouir, sans comprendre quoi que ce soit.

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Dernière mise à jour de cette page le 03/08/2008
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