CHAPITRE 20 : The abyss behind the dove

 

  Ray regarda autour de lui. Il se souvenait de cet endroit. Impossible de l'oublier.
  Il était au centre du néant. Il se trouvait à nouveau perdu dans les abysses de son esprit. Et autour de lui il n’y avait rien, rien d'autre que son reflet, quelques mètres plus loin à peine.
  L'adolescent tendit la main dans sa direction :

- Du pouvoir... S'il te plait, donne-moi plus de pouvoir... Plus, bien plus...

  L’autre Ray hocha la tête et imita son geste. Mais au moment où leurs mains allaient se toucher, le jeune maître de la foudre s'aperçut qu'elles étaient séparées par une barrière de verre.
  Et un sceau mystérieux, représentant une étoile à cinq branches enfermée dans un cercle, apparut sur ce rempart invisible, imposant son éclat lumineux aux ténèbres qui les entouraient.
  Des veines rouges strièrent la barrière transparente.
Et Ray se mit à hurler de douleur.

- Mal... J'ai si mal ! ARRÊTEEEEEEEEZ !

  Light et son adversaire le regardaient sans mot dire. Aucun d'entre eux n'arrivaient à comprendre ce qui se passaient. Mais ce phénomène fascinait Nefertem, comme un papillon qui apercevait soudain un vif éclat de lumière dans l'obscurité de la nuit.
  L'adolescent se tenait à genoux, la souffrance qui le paralysait lui arrachait cris et larmes. Sur son front étincelait un sceau étrange, trop lumineux pour qu'aucun des deux combattants ne puisse discerner sa signification.
  Soudain, Ray darda ses yeux furieux dans ceux de Nefertem. Ils étaient devenus bleus, un bleu plus sombre et plus profond que l’océan qui entourait cette île...

- C'est ta faute ! C'est à cause de toi si je souffre autant !

  Et toute la douleur, toute la haine de l'adolescent se canalisèrent sur l'homme en noir. De minces rayons électriques apparurent subitement autour de son corps et se multiplièrent.

- Ca alors...

  Nefertem n'eut pas le temps de continuer sa phrase. Sa main avait attrapé la lame du maître de la foudre juste avant qu'elle ne se fige dans son cœur.
  Quelques gouttes de sang coulèrent et heurtèrent silencieusement le sol.
  Stupéfait, Nefertem regardait sa main. Il y avait des années qu'il n'avait plus vu son sang couler ainsi. Il reporta son attention sur l'adolescent.
  Ray semblait furieux, déchaîné. La teinte de ses yeux s'assombrissait puis s'éclaircissait. Et au rythme de ces changements, son aura croissait ou diminuait. Jamais encore l'homme en noir n'avait observé un pareil phénomène.

- Toi aussi, tu pouvais augmenter ta puissance ? Tu aurais dû le faire plus tôt. En me prenant par surprise, tu aurais sans doute pu me blesser. Mais maintenant que je sais ce dont tu es capable, je n'aurais aucune difficulté à m'adapter en conséquence.
- J'ai mal... J'ai mal... J'AI MAAAAAAAAL !

  Nefertem bondit en arrière avant que l'épée de son adversaire ne tranche sa main. Il l'avait sentie. Il avait senti la lame froide du maître de la foudre effleurer les os de ses doigts. L'aura de l'adolescent continua d'augmenter tandis qu'il se jetait sur son adversaire :

- C'est toi, c'est toi qui me fais souffrir ! Tu dois mourir ! TU DOIS MOURIR !

  Jamais encore la lame du Tisseur n'avait été si semblable à un éclair. Il n'y avait aucune habileté, aucune réflexion dans les attaques de l'adolescent. Il se contentait de donner des coups d'épée dans la direction de son adversaire, avec toute la sauvagerie et toute la bestialité dont il était capable.
  Et Nefertem peinait à les repousser. Ils étaient presque trop rapides pour ses parades, presque trop puissants pour ses doigts. Il profita d'un instant où l'aura du Tisseur s'abaissa pour bondir en arrière et reprendre son souffle.
  Sa main était en sang. Light n'en croyait pas ses yeux. Et la lumière sur le front de Ray se faisait de plus en plus vive.

- J'AI MAL ! ARRÊTEZ CA ! J'AI MAAAAAAL !

  Il se jeta à nouveau sur son adversaire. La main gauche de Nefertem devint soudain flamboyante et arrêta la lame du Tisseur avant qu'elle ne pénètre son corps. Il se prépara à riposter mais soudain, la foudre qui entourait l’adolescent se jeta sur lui et le repoussa de plusieurs mètres.
  Le temps qu'il reprenne ses esprits, Ray se tenait dans les airs, au-dessus de lui. Un Maryoku était enroulé autour de sa lame dressée vers les étoiles.
  Le croissant de foudre percuta Nefertem avant qu'il n'eut le temps de bondir. Il ne put blesser son corps mais le fit tomber en arrière et lui arracha une grimace de douleur.
  Dès que les pieds de Ray eurent touché le sol, ce dernier se jeta à nouveau sur son adversaire. Nefertem, toujours couché contre l’herbe humide, tendit le bras pour attraper la lame du Tisseur et la serra de toutes ses forces. Il ne fallait pas qu'elle avance d'un centimètre supplémentaire.

- C'est de ta faute, cracha Ray, de ta faute ! Tu dois mourir ! C'est de ta faute si j'ai si mal !
- J'ai bien peur que tu sois en train de perdre la tête, grogna Nefertem, les muscles du visage contractés sous l'effort qu'il faisait pour ne pas que l'épée de son adversaire continue sa progression.
- De ta faute, c'est de ta faute ! Je le sais ! Je le sens !

  La haine qui brillait dans ses yeux n'avait rien de comparable à celle de Light, quelques minutes plus tôt. Elle n'avait rien de comparable à celle de n'importe quel homme. Il ne restait en elle que la bestialité plus pure, comme si la douleur avait retiré en Ray toute parcelle d'humanité.

- De ta faute, de ta faute ! MEEEEEEEEEURS !

  Sa lame progressa d'un centimètre. Cet élan fut suffisant pour former un Maryoku, qui lui-même donna un peu plus d'élan au mouvement. Le croissant foudroya Nefertem, qui grimaça à nouveau à cause de la douleur.
  A cet instant, il cessa par réflexe de concentrer le Shintaisen dans son corps. Avec toute l'animosité dont il était capable, Ray brandit sa lame et contracta ses muscles, prêt à frapper.
  La lumière sur son front disparut et emporta sa douleur avec elle. Les yeux de l'adolescent retrouvèrent leur couleur émeraude ordinaire, tout comme son aura, qui s’abaissa jusqu’à son niveau habituel. Il ne restait dans son regard que la stupéfaction la plus totale.

  Ray se tenait devant la barrière de verre. Elle avait résisté à sa volonté. Mais elle était fendue. La glace, à cause des fissures, ne lui renvoyait à présent qu’une image découpée et démultipliée de son reflet. Cet autre Ray hocha lentement la tête et se fondit dans le néant.
  De minuscules rayons électriques traversèrent alors les fines fentes de la barrière de verre. Ray tendit la main et les poussières de foudre se dirigèrent dans sa direction.
  Il commença à les absorber.


*


  A bout de souffle, Enishi parvint à se hisser sur le rebord de la falaise. Il arrêta un instant son ascension pour reprendre haleine, puis dans un ultime effort, se propulsa sur la terre ferme. Cet enfoiré qui lui servait d’adversaire avait réussi à le mouiller. Et il détestait être mouillé…
  Alors qu’il se préparait à reprendre le combat, le maître des flammes s’aperçut soudain que deux autres Tisseurs les avaient rejoints.
  Aya et Ice se tenaient face à Denwen, le regard grave. Kin, derrière eux, essayait encore de reprendre son souffle. Enishi sourit et fit réapparaître son épée : cette fois, ils allaient pouvoir gagner, il le sentait !
  Alors qu’il se préparait à se ruer sur son ennemi, une mince boule de feu heurta sa lame, stoppant sa course. Surpris, l’adolescent se tourna vers Kin, qui lança gravement :

- N’interviens pas dans ce combat. Je te promets que si je te vois jeter la moindre étincelle, je te tuerai sans hésiter.

  Le jeune maître des flammes déglutit lentement et recula d’un pas. Aya et Ice se regardèrent et hochèrent la tête. Ils ne se connaissaient pas encore suffisamment pour pouvoir élaborer une stratégie complexe sans dire un mot. Mais ils pouvaient reprendre celle qu’ils connaissaient tous les deux…
  Les gouttes d’eau autour d’eux, répandues sur l’herbe fraîche, se levèrent soudain et se rassemblèrent autour de la lame d’Ice. Celui-ci s’élança alors, tandis qu’un sourire moqueur se dessinait sur les lèvres de Denwen :

- Mais merde, vous êtes tous cons ou quoi ? Vous n’êtes pas foutus d’élaborer une autre stratégie que taper, taper, taper ?

  A l’instant où il se préparait à lever sa main pour commander à l’une de ses épées de stopper la charge de son adversaire, il s’aperçut avec stupeur qu’il en était incapable. Lentement, il baissa les yeux.
  Des dizaines de serpents violets se tenaient enroulés autour de lui, le paralysant complètement. Leurs yeux jaunes semblaient même le narguer…
  Ice était juste au-dessus de lui et le Maryoku qui tourbillonnait autour de sa lame, prêt à le faucher définitivement.
  Mais Denwen réunit ses forces et tendit les bras pour étirer les corps des serpents jusqu’à ce qu’ils se coupent. Les reptiles ne saignèrent même pas, ils disparurent simplement dans un voile de fumée noire. Alors le paladin sauta sur le côté et le croissant aqueux s’enfonça dans la terre humide, sans pouvoir le toucher.
  L’adepte de la Confrérie éclata d’un rire moqueur :

- Pas mal, votre stratégie ! Vous avez dû me voir tendre la main dans la direction de votre copain pour éveiller mes épées et vous avez tout de suite compris que j’ai besoin de les guider manuellement, alors vous avez utilisé ces serpents pour m’immobiliser et, persuadé que je pourrai pas contre-attaquer, l’autre Tisseur a envoyé son Maryoku.
- J’ai pas tout compris moi…
- Tais-toi Enishi.
- En théorie, reprit Denwen, c’est pas trop con. Seulement, si vous espériez me paralyser complètement, il fallait m’envoyer des liens plus résistants que des petits serpents de merde ! Ca peut peut-être bloquer quelqu’un qui ne sait pas faire de la magie, mais même moi, j’ai assez de Shintaisen pour détruire ces trucs !

  Ice resserra la poignée de son épée. Ils avaient été optimistes, beaucoup trop optimistes. Le rire moqueur de Denwen se changea en un rictus méprisant. Il se contenta de lever un doigt, à la manière d’un maestro qui dirigerait ses musiciens à l’aide d’une baguette. Aussitôt, les épées endormies s’éveillèrent et se mirent à planer à quelques mètres du sol.
  Puis elles s’élancèrent toutes dans une direction différente.

*


  Ray recula de quelques pas et reprit son souffle. Sa blessure à la joue s'était refermée. Son corps avait récupéré toutes ses forces, alors qu'il avait utilisé le châtiment céleste quelques minutes plus tôt à peine. Le jeune maître de la foudre ne s'était jamais senti aussi bien, aussi vivant qu'en cet instant.
  Etait-ce donc cela, le véritable pouvoir ? C'était enivrant... L'adolescent sourit. Il affrontait un adversaire dix fois plus fort que lui, sans aucun espoir de victoire. Mais il souriait. Pour rien au monde, il n'aurait voulu abandonner cette sensation qui l’étreignait. Il était ivre, ivre de pouvoir ! Il avait complètement oublié à quel point cette force lui avait été douloureuse, il ne désirait plus qu'une chose : la retrouver.

- Comment, articula Light, comment est-ce que tu as fait ça ?
- Je n'en sais rien... Je n'en sais rien...

  Nefertem ne disait rien. De ses yeux inexpressifs, il se contentait de détailler l'adolescent. Ce dernier ne semblait pas capable d'utiliser une nouvelle fois cette force mystérieuse. Quel dommage, cela aurait pu être si intéressant...

- Bon, reprit Ray, on est pas encore tiré d'affaire.
- C'est le moins que l'on puisse dire...
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- Je ne peux plus déployer mes ailes. Et toi, est-ce que tu serais capable de réemployer cette technique ?
- Je viens de te le dire, je ne sais pas ce qui s'est passé.
- Donc, aucun de nous n'est capable d'utiliser un sort capable de le blesser, ça ne va pas beaucoup nous aider, ça...
- Je pense pouvoir faire un Maryoku plus puissant que ton poignard de l'éden.
- Vraiment ?
- Mais il va me falloir pas mal de temps pour me concentrer. Plusieurs minutes.
- Je me charge de te laisser ce délais et de créer une ouverture.
- A condition, le coupa Nefertem, que je te laisse en vie suffisamment longtemps. Ce combat commence à me lasser et tu es loin d'avoir la même puissance que tout à l'heure, qui était déjà insuffisante face à moi.

  Light serra le manche de son épée de toutes ses forces. Son aura se raviva, mais il ne put rappeler ses ailes. Il était à bout de souffle, ses muscles le faisaient souffrir. Il espérait simplement tenir jusqu'à ce que son coéquipier soit prêt.
  Ray tendit son épée devant lui puis, de sa main gauche, enserra son poignet droit de toutes ses forces. Alors seulement, il commença à rassembler ses forces.
  Le cadet des Lumen leva sa lame et envoya un croissant lumineux devant lui. En une fraction de seconde, la main de Nefertem se leva, brisa le Maryoku en deux puis regagna la poche qu'elle avait quittée. Mais ce délai avait suffi à Light pour qu'il bondisse et, depuis les cieux, brandisse sa lame. Il l'abattit sur Nefertem.
  Ce dernier l'attrapa sans la moindre difficulté et la bloqua.

- Es-tu donc stupide ? Croyais-tu qu'une tactique déjà inutile lorsque tu étais au sommet de ta puissance pourra se révéler fonctionnelle maintenant que tu es si faible ?

  Light grimaça tandis qu’il employait toutes ses forces à essayer de faire avancer sa lame. Mais inutilement. Nefertem soupira, las. Et soudain, Light lâcha son épée pour sauter en arrière, tendant sa main dans la direction de son adversaire. Trois auréoles dorées se précipitèrent contre lui.
  Juste au moment où elles allaient le percuter, Nefertem disparut. Light sentit un doigt meurtrier se poser à l’arrière son crâne. Il avala sa salive.

- Qu'espérais-tu, demanda Nefertem dans son dos, que je saute en arrière pour éviter tes sortilèges ? Je ne me ferai pas avoir deux fois de la même manière.
- Tu... Tu maîtrises la célérité ?
- Encore une fois, tu te jettes sur ton adversaire sans rien connaître de lui. Que croyais-tu ? Que vous m'aviez acculé au point de me forcer à dévoiler toutes mes ressources ?

  Light serra les poings : cette fois-ci, Ray ne pourrait pas l'aider. S'il lançait son Maryoku maintenant, Nefertem n'aurait aucune difficulté à l'éviter.
  Le cadet des Lumen n'hésita pas : il se baissa soudainement et enchaîna trois roulades avant. Un rayon d'énergie traversa sa jambe mais n'eut d'autre effet que lui arracher un grognement de douleur. Alors il se redressa et envoya un Maryoku derrière lui, sans même prendre le temps d'ajuster son tir.
  Mais Nefertem n'était plus là. Light écarquilla les yeux et se retourna immédiatement. Sa lame para la main flamboyante de son adversaire qui se referma autour d’elle. Tout cela en moins d'une seconde, jamais encore ses réflexes ne lui avaient été aussi vitaux dans un combat...
  Il essaya de dégager son épée. Mais il n'y parvint pas. Et Nefertem resserra sa prise.
  La lame immaculée se brisa comme du verre. Des dizaines et des dizaines de fragments blancs retombèrent contre le sol. Le Tisseur jeta un regard désespéré à son adversaire.
  Ce dernier tendit son bras. Light recula la tête au dernier moment, mais la main de Nefertem pénétra sa joue et y laissa une profonde entaille, qui cracha quelques gouttes de sang autour d’elle.
  Le jeune homme tomba lentement. Il ne sentait pas encore la douleur, il ne percevait pas encore le péril de la situation. Il ne voyait qu'une seule chose : les débris immaculés de sa lame et les gouttes vermeilles de son sang. Et tous les deux chutaient lentement, lentement...
  Un mince rayon rouge traversa son poumon gauche, à quelques centimètres à peine de son cœur. Le Tisseur cracha un peu de sang mais reprit ses esprits.
  Nefertem tendait son index meurtrier dans sa direction. Light n'eut que le temps d'envoyer une auréole dorée devant lui : un autre rayon d'énergie la percuta à mi-chemin de sa cible. L'explosion ne fut pas très forte, mais elle permit au cadet des Lumen de se redresser.
  Lorsque la fumée se dissipa, il s'aperçut que Nefertem était immobile, à quelques pas de lui.

- Alors, lui demanda Light avec un sourire hautain, tu n'as plus la force d'utiliser la célérité ?
- Contre toi, c'est utile. Un Tisseur aussi faible ne mérite pas que je gaspille autant d'énergie juste pour l'abattre.
- Je constate tout de même que je suis encore vivant, est-ce que tu aurais un peu de mal à m'achever ?
- Tu es bien narquois, pour un Tisseur qui a perdu son épée et frissonne de douleur à chaque respiration. Evite de mourir d’une hémorragie interne, ce serait assez pathétique, comme fin.

  Le sourire de Light disparut. Il tendit ses bras, à l’horizontale, parallèles au sol. Une sphère dorée apparut au creux de chacune de ses deux mains, dégageant un éclat éblouissant. Puis elles lancèrent des centaines d'auréoles énergétiques.
  La sphère rouge, dans la paume de Nefertem, envoya à son tour des rayons d'énergie pour faire exploser les auréoles avant qu'elles ne touchent leur cible. Mais ils n'étaient pas assez nombreux. Juste avant que le premier cercle doré ne touche Nefertem, ce dernier disparut.

- Enceintes des quatre primordiaux, commença à murmurer Light, par la Terre rêveuse, par le vent tumultueux, par les flammes déchaînées, par l'eau paisible, Né et résiste...

  Lorsque Nefertem réapparut, ce fut dans le dos du jeune Tisseur. Ce dernier ne prit même pas la peine de se retourner, trop absorbé dans son incantation. Il se contenta de se décaler d'un pas sur le côté tandis que ses auréoles dorées changeaient de direction pour se précipiter à nouveau sur leur cible. Nefertem disparut une seconde fois pour réapparaître au sommet du temple mystérieux. Il tendit alors la paume de sa main dans la direction des cercles d'énergie. Une boule rouge grandit et lâcha une salve de minces rayons énergétiques avant que les auréoles n’aient eu le temps de l'atteindre...

- Par le Nord qui fait croître, continua Light, par le Sud qui apaise, par l'Est qui fait naître et par l'Ouest qui intrigue...

  Nefertem réapparut à cet instant devant le cadet des Lumen, sa main droite redevenue flamboyante. Le jeune Tisseur plongea ses yeux dans les siens avant d'articuler :

- Stoppe et protège.

  Au même instant, quatre remparts d'un blanc lumineux se figèrent autour de l’adepte de la Confrérie, l'enfermant dans une indestructible prison d'énergie. Du tranchant de sa main, Nefertem essaya de les trancher, mais en vain. Il leva la tête : sa seule issue, c'était de s'élancer dans le ciel étoilé qu'il apercevait au-dessus de lui. De faire un bond de plus de trois mètres de haut. C'était possible grâce à la célérité, il le savait.
  De l'autre côté des remparts, Light posa sa main sur l'un des murs lumineux afin d'achever son incantation :

- Et par l'Ether, la quintessence de nos existences, Meurs, meurs et anéantis.

  Les remparts devinrent plus lumineux. Puis ils explosèrent. Mais déjà, la sombre silhouette de Nefertem se dessinait dans les cieux, au-dessus de leur tête.
  Light et Ray se regardèrent. Ce dernier hocha la tête. Puis il envoya son Maryoku.

*


  Sanga sentit ses cheveux se hérisser, comme saturés d'électricité statique. Il tourna la tête : au loin, il aperçut une puissante explosion qui envahissait les cieux. Il reconnut des éclairs en son sein, il s'agissait sans doute de l'œuvre de Ray.
  L'adolescent se retourna vers Daedra, avant de lui demander :

- Pourquoi est-ce qu'on ne rejoint pas nos amis ? Ils ont l'air d'être en grosse difficulté...
- Parce que je sens une troisième aura, dans cette direction.
- Encore plus inquiétante que les autres ?
- Je n'en sais rien... Son propriétaire n'utilise aucun sort, alors c'est difficile d'en juger, mais oui, peut-être qu'elle est encore pire.

  Le jeune maître de la terre n'ajouta rien. Qu'aurait-il pu demander de plus ? Ils continuèrent leur marche en silence. C'était qu'il y avait de plus prudent à faire.
  Tout se déroula très rapidement. Soudain, Daedra fit apparaître son épée. Sa lame en heurta une seconde et toutes deux se bloquèrent mutuellement…

*


  Kin tendit le bras et sa main se referma sur le manche de l’épée énergétique qui fusait sur lui, juste avant qu’elle ne se fige dans son front. Sa poigne herculéenne suffisait à bloquer la lame meurtrière, qui frémissait doucement, comme pour protester contre le traitement qu’elle recevait. Kin serra un peu plus fort et l’épée d’énergie se brisa dans un souffle enflammé. Le jeune homme inspira longuement pour reprendre haleine et regarda devant lui.
  Aya et Ice se débrouillaient bien. Ils donnaient l’impression d’exécuter une chorégraphie parfaitement étudiée, évitant ou repoussant avec adresse toutes les lames de leur adversaire. Aucune ne parvenait à s’approcher d’eux.
  Enishi, en échange, peinait bien plus pour bloquer les attaques de son adversaire. Il se contentait de donner des coups d’épée désordonnés, si bien qu’au bout de quelques minutes, il se retrouva à bout de souffle. Kin soupira et se baissa pour éviter une nouvelle arme, qu’il brisa alors du tranchant de la main.
  Denwen assistait à cet assaut en baillant. Il s’ennuyait. Aucun de ses ennemis n’avait un pouvoir suffisant pour s’opposer à lui : dans le meilleur des cas, ils parvenaient simplement à se protéger, rien de plus. Il se sentait presque offensé d’avoir à affronter des adversaires aussi pitoyables : le chef n’aurait pas pu lui donner enfin une mission à sa mesure, au lieu de l’envoyer perpétuellement remplir les corvées dont personne ne voulait ?
  Le paladin soupira : il en avait assez. Soudain, toutes les épées s’immobilisèrent et revinrent flotter autour de lui. Surprise, Aya se retourna vers lui :

- Déjà à bout de force ?
- Tu m’étonnes, avec tous les efforts que j’ai déployés ! Tu t’imagines pas à quel point ça fatigue, de remuer sans cesse la main… Alors bon, j’ai décidé qu’il était temps d’en finir. Remarquez, je suis sympa, je pourrais vous achever de façon super humiliante en continuant de combattre comme ça jusqu’à ce que vous soyez à bout de force, mais je vais plutôt vous envoyer mon attaque ultime en pleine gueule.

  Et, de ses deux mains, il claqua des doigts. La lumière autour d’eux diminua alors, comme absorbée par une force mystérieuse. L’air commença à se troubler, créant un vortex qui grandit de seconde en seconde, jusqu’à atteindre la taille d’une maison.
  Denwen sourit. Et à cet instant, des centaines d’épées énergétiques traversèrent ce mystérieux passage, encore et encore, dans une procession qui semblait sans fin…

- Le cimetière des 1000 épées. Pas la peine d’avoir aussi peur, je ne montre cette technique qu’à ceux que je compte exterminer de mes propres mains.
- Vrai… Vraiment ?
- Non, j’déconne. En fait, elles vont toutes vous attaquer en même temps. Adieu tout le monde !

  Les quatre Tisseurs regardèrent les épées qui flottaient au-dessus de leurs têtes, sans bouger. Elles étaient si nombreuses qu’ils ne pouvaient les compter. Aya tomba à genoux.
  Et soudain, elles s’élancèrent. Enishi hurla. Même lui, il avait conscience qu’il ne pourrait jamais survivre à une telle attaque. Son cri emplit l’air autour d’eux, s’empara de tout l’espace libre dans lequel il pouvait s’engouffrait. Il dura longtemps, longtemps…
  Jusqu’à ce que soudain, toutes les épées d’énergie se retrouvent tranchées en deux. L’adolescent se figea alors et regarda Denwen, qui paraissait en proie à la stupéfaction la plus complète. Ce dernier examina chacun des Tisseurs, comme s’il espérait pouvoir trouver la réponse à ce mystère sur le visage de l’un d’eux.
  Et lorsque ses yeux verts se posèrent sur Aya, il comprit. La jeune femme était agenouillée, à bout de souffle. La sueur faisait délicatement luire son visage, sous la lumière de la lune. Elle lui adressa un léger sourire ironique. Puis le paladin vomit un flot de sang.
  Son abdomen était percée et une longue tâche rouge se répandait le long de sa robe. Son regard se baissa jusqu’à ce qu’il aperçoive, contre le sol, l’ombre d’une épée figée dans son ventre. Pourtant, il n’y avait aucune lame au-dessus de lui…

- Toi… Toi, articula-t-il, qu’est-ce que tu viens de faire ?
- De profiter de ton inattention. Juste parce que tu as lancé quelques épées, tu as cru que tout était terminé ? Voilà un jeune homme bien arrogant ! Mes ombres ne servent pas seulement à invoquer des serpents, elles peuvent également s’attaquer à d’autres ombres. Lorsque tu as fait apparaître toutes ces épées, j’ai immédiatement compris que tu n’aurais pas assez de magie pour les rendre aussi résistantes que les précédentes, elles étaient beaucoup trop nombreuses, donc tu as mis en elles juste assez d’énergie pour qu’elles puissent nous blesser, rien de plus. Autrement dit, elles étaient totalement vulnérables à la morsure de mon ombre...
- Je… Je… Rha bordel, tu vas me le payer !

  Il tendit violemment la main dans la direction d’Aya : aussitôt, les épées qui l’entouraient frémirent et se jetèrent sur la jeune femme. Mais l’ombre de cette dernière s’étira et un serpent gigantesque bondit sous ses pieds, l’entraînant vers les cieux. Simplement posée sur sa tête, la Tisseuse regarda les lames énergétiques se figer dans le corps du reptile : sa créature était à ce point disproportionnée que les épées meurtrières ressemblaient à de vulgaire simples cure-dents en comparaison.
  Mais aussitôt qu’elle eut quitté la terre ferme, l’ombre qui était plantée dans le ventre de Denwen disparut. Ce dernier serra son bras gauche autour de la plaie, pour essayer de stopper l’hémorragie. Ces Tisseurs... Ces Tisseurs s’étaient joués de lui et ils allaient le payer !
  De nouvelles épées énergétiques apparurent autour de lui. Avec toute la rage dont il était capable, il les envoya sur ses deux autres adversaires.

Les deux autres… ? Mais… Mais où est passé celui aux cheveux bleus ?!

  Il sentit alors une ombre gigantesque le recouvrir. Lentement, il tourna la tête.
  Ice était perché sur un serpent tout aussi démesuré que celui de sa coéquipière. A l’instant où son adversaire se retourna vers lui, il bondit. Son cri traversa alors les airs :

- LEVIATHAAAAAAAAN !

*


  Ray essayait toujours de reprendre son souffle. Il n'avait encore jamais envoyé de Maryoku aussi puissant, même celui qu'il avait lancé contre Siete aurait paru ridicule, à côté de celui-ci...

- Ca... Ca y est, demanda-t-il à Light, il est mort ?
- Je n'en sais rien... Ton Maryoku a saturé l'air de magie, je n'arrive pas à distinguer quoi que ce soit de précis.

  Ils attendirent quelques instants que la fumée disparaisse, que le vent dissipe ce sinistre voile.
  Au début, ils n'en crurent pas leurs yeux. Mais à mesure que le manteau opaque se retirait, ils durent se rendre à l’évidence : à quelques mètres d'eux se tenait un œuf gigantesque, qui brillait d'une effrayante lueur rouge, rouge comme le sang qui peignait les batailles les plus féroces...
  Et puis soudain, l'œuf explosa en plusieurs centaines de particules d'énergie, de la même teinte vermeille. Une fois de plus, Nefertem n’avait subi aucun dommage. Ce bouclier l'avait protégé du Maryoku titanesque de Ray.
  Et sur son front brillait d'une étrange lueur rouge un mystérieux symbole, représentant une étoile à cinq branches inversée et enfermée à l'intérieur d'un cercle. Même ses yeux bleus étaient devenus pourpres.

- La marque de l'Epée, murmura Light.

  Nefertem tourna son regard dans sa direction. Autour de lui planaient doucement des myriades d'étincelles rouges et flamboyantes...

- Je tiens à vous féliciter, commença Nefertem. Vous m'avez obligé à employer la Marque, et c'est un exploit dont peu peuvent s'enorgueillir. Mais maintenant, vous devez comprendre que c'est la fin. Tous deux, vous avez combattu vaillamment. Vous avez réussi à me surprendre à plusieurs reprises, à faire couler mon sang et à me forcer à vous dévoiler la véritable nature de mon pouvoir. Pour des Tisseurs si jeunes et si inexpérimentés, c'est un exploit. En particulier toi, Light, tu as fait preuve d'un grand courage et d'une grande détermination, même si c'est ton allié qui a été le plus étonnant. Une nouvelle fois, je vous félicite tous deux. Et je vous dis adieu.

  Il n'esquissa pas le moindre geste. Soudainement, plusieurs étincelles rouges se réunirent et formèrent des pieux aussi fins qu'acérés, qui se précipitèrent sur Light.
  Le jeune Tisseur fléchit les genoux pour bondir en arrière. Mais c'était déjà trop tard pour lui. Des dizaines d’aiguilles le transpercèrent et se figèrent dans son corps. Le cadet des Lumen écarquilla les yeux, ouvrit la bouche pour essayer de parler mais seul un flot de sang s'en échappa.
  Il s'effondra. Les pics se désintégrèrent alors et leurs étincelles rejoignirent toutes celles qui dansaient autour de Nefertem.
  Ray raffermit sa garde. Il avait peur. Il tremblait de peur. Son corps tout entier tremblait de peur.

Arrêtez, ordonna-t-il à ses bras, arrêtez de trembler ! Ce n'est pas vrai, je n'ai pas peur, je n'ai pas peur !

  Il dévisagea Nefertem. Ce dernier restait impassible, impénétrable. Il tendit simplement un doigt dans la direction de l'adolescent. Toutes les particules lumineuses commencèrent alors à se rassembler devant son index...

Je n'ai pas peur, continua de répéter l’adolescent dans son esprit, je n'ai pas peur vous m'entendez ! Alors arrêtez de trembler, ARRÊTEZ DE TREMBLER !

  Mais son corps refusait d’obéir et Ray se trouvait immobilisé. A la manière d'une souris devant un serpent qui s'élançait sur elle, il ne pouvait que contempler, impuissant et fasciné, cette éclatante lumière rouge qui se formait devant le doigt de Nefertem...
  Et soudain, un rire moqueur transperça l'air :

- Et bien, tu... tu faiblis, Nef... Nefertem ? Si c'est... Si c’est tout ce dont tu es... Tu es capable avec la véritable fo... Forme de ton pouvoir tu... Tu devrais abandonner dès maintenant...

  Light avait parlé. A chaque syllabe qu'il avait prononcée, ses lèvres avaient vomi un flot de sang. Il était incapable de se relever, incapable de bouger, mais pourtant il ne cessait de narguer son adversaire...
  Les étincelles se séparèrent et reprirent leur danse silencieuse autour de Nefertem, trop occupé à contempler ce jeune homme défait pour songer à attaquer le maître de la foudre.

- Tu n'arrêtes jamais de parler, n'est-ce pas ? Tu devrais, pourtant. Tu es mortellement blessé. Tu n'en as que pour quelques minutes, dans le meilleur des cas. Alors tais-toi et profite de ces ultimes instants. Ce seront tes derniers, ne les gaspille pas à fanfaronner bêtement.
- Re... Regarde bien. Si je dois mourir, avant j’aimerais... J'aimerais te montrer quelque chose.

  Il ferma les yeux. Et soudain, un vif éclat entoura son corps, diffusant autour de lui la plus pure et la plus éclatante des lumières.
  La lame de Light la trancha en deux pour la dissiper. Le jeune homme se tenait debout, face à son adversaire. Mais il avait bien changé. Il portait une armure argentée étincelante, sa peau était devenue dorée comme le miel, ses cheveux semblaient faits de lumière pure. Et dans ses yeux ne brillait plus que la plus intense détermination.

- Les larmes du firmament, articula-t-il en guise d'explication.
- C'est un sortilège vraiment impressionnant, je suis ravi de pouvoir le contempler de mes propres yeux, je n'aurais jamais cru ça possible... Tu dois être réellement doué, pour avoir su maîtriser une telle technique si jeune !
- Il suffit de ne faire qu'un avec la magie, pas de chercher à la dompter. Mais tu ne peux pas comprendre.
- Toutefois, tu n'aurais pas dû faire cela. Tu n'as plus assez de force, tu ne tiendras pas le coup.

  Light brandit sa lame dans la direction de son adversaire. Elle était faite d'énergie pure à présent, et brillait d'une rassurante lumière blanche.

- Quitte à mourir, autant ne pas être seul à quitter ce monde, tu ne crois pas ?

  Et il s'élança. Au moment où son corps redevint visible aux yeux de Ray, sa lame s'abattit sur Nefertem. Mais elle n'eut pas le temps de le blesser car il disparut à son tour.
  Light tourna la tête et regarda un arbre, quelques mètres plus loin. Une fraction de seconde plus tard, Nefertem réapparut à cet endroit.
  Suivi de la lame du cadet des Lumen qui se figea dans le tronc, à un centimètre à peine de sa gorge. S'il n'avait pas eu le réflexe de pencher la tête, Nefertem serait mort. Mais ses yeux n’exprimaient ni peur ni soulagement. Il disparut à nouveau pour réapparaître dans les airs.
  Le long de son épaule coulait un mince filet de sang. La lame candide de Light était tâchée de ce même liquide vermeille. Le mouvement du Tisseur avait été si rapide qu'il en était presque devenu invisible aux yeux de Nefertem. Ce dernier ferma les paupières et appela à lui toutes les étincelles qui dansaient, afin que son corps puisse les absorber. Sa peau commença alors à devenir rouge et écailleuse...
  Light apparut juste devant lui, tenant son épée à deux mains.

- C'est fini, maintenant, lança-t-il à l'homme à noir.

  Puis sa lame plongea et frappa directement au cœur. Nefertem réunit toutes ses forces pour rendre sa peau plus solide que jamais.
  Haut dans les cieux, Ray assista à la plus formidable explosion qu'il n'eut jamais vue.

*


  Sanga leva pour contempler cet étrange spectacle. Un instant, il crut que l'aurore se levait, car le ciel tout entier fut éclairé par une éblouissante lumière blanche. Mais rapidement, celle-ci se dissipa et l'adolescent en vint à la conclusion qu'il devait s'agir là d'un sortilège titanesque. Il préférait ne pas savoir qui en était l'auteur...
  A côté de lui, Daedra abaissa sa lame et lança à l'inconnu qui leur faisait face :

- Vous ne faîtes pas partis de la Confrérie.
- Toi non plus j'imagine, d'après tes habits.

  Le combattant d'élite fronça les sourcils : il n'aimait guère qu'un inconnu se permette de le tutoyer. Mais dans une telle situation, il ne pouvait pas s'en formaliser. Surtout que l'homme qui lui faisait face devait être d'une quinzaine d'années son aîné, à en juger par l'abondance de cheveux blancs dans sa coiffure broussailleuse. Il portait également une barbe de quelques jours sur son menton et avait revêtu une étrange combinaison verte avec une ceinture et des bottes jaunes. Ses goûts vestimentaires semblaient des plus douteux…

- Qui êtes-vous, demanda Daedra, et que faites-vous ici ?
- Je suis un simple Tisseur à la retraite qui a compris plus vite que les autres l'erreur monumentale des vi... Du conseil des sages.
- Je ne vous permettrai pas de parler ainsi de mes supérieurs !
- Ca veut dire que tu es d'accord avec eux et que tu n'as pas besoin d'aide ? Moi ça me va, j'ai pas franchement envie de rester ici trop longtemps, alors si je peux repartir maintenant, parfait !

  L'homme en vert lui adressa un sourire amusé. Daedra regarda autour de lui. Il les sentait, les deux affrontements qui avaient lieu en ce moment même. Et il ressentait la puissance de tous ses protagonistes. Il n'y arriverait jamais seul, il ne pourrait pas vaincre les deux membres de la Confrérie sans aide.

- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Mais je viens de te l’expliquer ! Débarrasser l'île de deux de ces locataires. A vrai dire, je ne pensais pas même pas trouver l'unique combattant d'élite présent sur mon chemin, je croyais que tu étais en train de te battre !
- Ca serait déjà le cas, si je n'avais pas senti votre aura ! J'ai cru que vous étiez un nouvel ennemi !
- C'est étonnant, ajouta Sanga, pourtant vous avez pu percevoir sa magie...
- En réalité, expliqua l'inconnu, il n'y a que dans les romans à deux sous où un Tisseur peut ressentir l'animosité d'un adversaire rien qu'à partir de son aura. Une aura, c'est une aura, point barre, sauf pour quelques gars ultrasensibles qui ont passé leur vie à améliorer leur perception magique et qui sont effectivement capable de savoir ce que tu as mangé à midi rien qu'en discernant ton aura à 20 mètres.
- Bon, coupa Daedra, nous avons assez perdu de temps comme ça. Si vous voulez nous aider, avec grand plaisir, de toute manière même si vous étiez un ennemi travesti, nous ne pourrions pas vous arrêter, donc faîtes ce que vous voulez, moi je vais aller par-là.
- Dans ce cas, j'irai dans l’autre direction.
- Mais Sanga vous accompagnera. Je tiens tout de même à ce que l'un d'entre nous garde un œil sur vous.
- Si vous voulez, ça m'est égal.
- Au fait, est-ce que je peux connaître votre nom ?
- Dorol.

  Dorol. Ce nom légendaire résonna dans les oreilles de Daedra. Dorol... Le Dorol ? Non, ce n'était pas possible, un tel guerrier ne se serait jamais abaissé à...
  Il s'aperçut soudain qu'il était seul. Ses deux alliés étaient partis rejoindre le théâtre du premier affrontement. Daedra secoua la tête et s'élança : il avait perdu assez de temps comme ça.

*


  Le souffle du leviathan avait creusé un profond cratère, désintégrant tout ce qui lui avait fait face. Denwen avait disparu sans même laisser une seule goutte de sang. Ses épées s'écroulèrent par terre. Le maître de l'eau se redressa en grimaçant et attrapa la main que lui tendait Aya.
  Lorsque, avec son aide, il se fut hissé sur le rebord du cratère, il se laissa tomber contre le sol et ferma les yeux, exténué. Cette chimère était décidément trop violente pour lui, il avait l'impression que son corps tout entier criait de douleur...

- Impressionnant, commenta Kin.
- Tu l'as complètement désintégré...
- Heureusement que tu as pu détourner son attention tout ce temps... Et que Kin a pu retenir Enishi.
- Vous m'auriez laissé faire, ça ferait vingt plombes qu'il serait six pieds sous terre, ce naze !
- Mais oui Enishi, mais oui...

  Aya et Kin se figèrent soudain. Ils sentirent l'aura de Denwen avant que la terre, au fond du cratère, ne s'écarte et que le paladin s’en échappe d'un bond. Le jeune homme retomba souplement sur ses jambes, un sourire moqueur peint sur le visage. Sa blessure au ventre s'était refermée et il brillait sur son front un étrange symbole, représentant une étoile à cinq branches enfermée dans un cercle, qui luisait à présent du même rouge que ses yeux...
  Mais surtout, il tenait à la main une extraordinaire épée : son manche était fait d'énergie pure, mais il resplendissait d'une lueur écarlate et non azurée comme toutes les autres épées que le paladin avait invoquées jusqu'à présent. Et alors qu’il n’avait su créer que des lames énergétiques, celle-ci semblait avoir été taillée dans la roche...

- Comment...
- Comment est-ce que j'ai fait pour survivre ? Cette chimère était assez balèze, il faut le reconnaître. Avec ça, tu aurais sans doute eu de quoi vaincre un fantassin ou un protecteur. Mais pas un paladin, pas quelqu'un d'aussi puissant que moi. Même si tu étais capable de reproduire dix fois, vingt fois cette attaque, elle n'aurait aucune utilité. Excalibur m'a choisi, vous comprenez ? Même en unissant tous vos pouvoirs, même en employant toute votre force jusqu’à sa dernière parcelle, votre puissance ne pourra jamais égaler celle qu'Excalibur a révélé en moi. Cette marque sur mon front est la preuve du don qui m'a été offert ! Jamais des insectes comme vous n'auront la moindre chance, face à la divine volonté de l'Epée ! Tous ceux qui s'opposeront à Elle seront impitoyablement exterminés !

  Ice frissonna. Il n'était pas capable de percevoir la magie qui l'entourait. Pourtant, il arrivait confusément à ressentir l'extraordinaire pouvoir de son adversaire. Ce dernier ne mentait pas : la marque sur son front venait belle et bien d’accroître ses forces...
  Soudain, la lame de Denwen s'embrasa. Avant que Ice n'eut eu le temps de réaliser ce qui se passait, un fouet ardent s'agita dans sa direction.
  Au dernier moment, les flammes bifurquèrent et se dirigèrent vers la main de Kin, qui les fit disparaître d'un geste. Le maître de l'eau se tourna vers lui :

- Tu te sens capable d'absorber toutes ses attaques ?
- Non, j'ai dépensé beaucoup trop d'énergie tout à l'heure, je pourrai peut-être en stopper quelques-unes unes occasionnellement, mais rien de plus...
- Hey, s'écria Enishi, moi je peux !
- Je suis hors course, reprit Ice, je ne pourrai plus continuer à combattre...
- Vous en faîtes pas les gars, moi je peux !
- Je peux toujours essayer, mais seule, sincèrement, je ne pense pas pouvoir y arriver...
- T'es pas seule, je suis là, moi !
- Qu'est-ce qu'on peut faire ?
- Et si vous me laissiez faire, bordel ?!
- Il faut absolument trouver un plan...
- Qu'est-ce que vous croyez, coupa Denwen, que je vais gentiment attendre que vous soyez prêts ? Je pense qu'il est temps de mettre fin à ce combat, et le plus rapidement sera le mieux !

  Il agita alors son épée. Sa lame, transformée en un véritable fouet embrasé, se réveilla et se mit à claquer, sa langue de feu frappa tout ce qui l'entourait. Ice leva son arme pour essayer de parer un coup, mais il ne put bloquer intégralement cette terrible attaque et des étincelles brûlèrent sa peau. Une fraction de seconde plus tard, ce fut Aya qui dut invoquer un serpent pour se protéger, avant qu'Enishi ne saute précipitamment en arrière.
  Denwen sourit et rappela son fouet, qui se mit alors à tourbillonner au-dessus de sa tête, en un mouvement aussi spectaculaire qu'hypnotique. Puis il s'abattit à nouveau et Kin poussa un hurlement un douleur : la langue enflammée traversa son épaule, brûlant ses habits. Il dut employer tout le détachement dont il était capable afin de se concentrer assez efficacement pour faire disparaître les flammes qui le rongeaient.
  Aya en profita pour étirer à nouveau son ombre, qui fila comme un serpent sur son adversaire. Ce dernier écarquilla les yeux : il n’avait plus le temps d’esquiver, à présent.
  Et soudain, un Maryoku d’Enishi percuta la pointe de l’ombre. Les flammes projetèrent une gerbe d’étincelles, qui fort heureusement ne suffirent  pas à embraser l’herbe humide.

- Merde, s’écria Enishi, je l’ai raté ! Me regardez pas comme ça, c’est pas passé loin !

  Mais ce ne fut pas le surprenant. L’ombre d’Aya s’était figée. Sa course s’était brusquement arrêtée. Et un sourire moqueur s’étira sur les lèvres de Denwen, qui venait soudain de comprendre :

- La lumière ! La lumière produite par les flammes de ce débile a fait disparaître ton ombre ! Si je veux paralyser ton sortilège, il me suffit d’agiter mes flammes au-dessus !

  Aya écarquilla les yeux mais ne répondit rien : Elle eut juste le temps de rouler sur le côté pour éviter un nouveau coup de fouet. La chaleur de l'arme de son adversaire courut le long de son visage. Une seconde de plus aurait suffi pour qu'elle soit mortellement touchée...
  Quant à Enishi, il profita de cette ouverture pour envoyer un second Maryoku devant lui, mais les flammes de son adversaire absorbèrent les siennes avant de croître un peu plus. Kin le fusilla du regard, avant de parer un nouveau coup : il n’avait malheureusement pas le temps de mettre sa menace à exécution...
  Au même instant, trois tentacules surgirent de la langue de feu immobilisée par la lame de Kin. Le premier se jeta sur le jeune Tisseur, qui ne put que se baisser et rouler sur le côté pour l'éviter. Les deux autres visèrent Aya et Ice.
  Mais le maître de l'eau avait eu le temps nécessaire pour préparer son attaque. Il brandit sa lame vers les cieux : l'eau qui trempait l'herbe se rassembla en une boule compacte au sommet de sa pointe, bientôt accompagnée d'une partie des flots de l'océan.

- Neptune, je crois que je peux te remercier pour m'avoir montré ce sortilège... Le chant de l'Hydre !

  La boule d'eau explosa alors, projetant de puissantes gerbes autour d'elles, suffisantes pour faucher n'importe quel homme. Mais lorsqu'elles percutèrent les flammes, au lieu de les éteindre, elles s'étendirent, transformant le fouet ardent en un gigantesque sabre aqueux. Un sourire prédateur s'étira sur les lèvres de Denwen :

- Pas mal, ton petit sortilège, mais tu ne dois pas encore le maîtriser complètement, non ? T'as brûlé beaucoup de magie pour pas grand-chose, au final !
- Changement de plan, cria Ice, il semble capable de manier n'importe quel élément, avec sa nouvelle épée !
- C'est inhérent à tous les Tisseurs de hurler des évidences comme s'ils venaient d'avoir une révélation soudaine ou c'est juste pour que l'autre crétin aux cheveux rouges puisse comprendre ?
- L'autre crétin aux cheveux rouges, il t'emmerde, connard !
- Oh, quel langage grossier ! Je crois qu'il faudrait, voyons voir... Eteindre tes ardeurs !

  Et la lame aqueuse du paladin s’étira soudain, s'élançant sur le pauvre maître du feu. Ce dernier écarquilla les yeux, incapable de réagir, paralysé par la surprise et la terreur.
  Ce fut Kin qui le sauva. Promptement, il se jeta vers le sabre aqueux, tandis que son poing s'enflammait, et d'un coup puissant, rompit le cours de l'eau, forçant Denwen à rappeler son arme pour la régénérer, ce qui l’agaça prodigieusement :

- Bon d'accord, puisque c'est comme ça, fini de jouer. Vous pouvez peut-être stopper une lame enflammée ou aqueuse, mais pensez-vous être capable de stopper... Une lame de vent ?

  Kin écarquilla soudain les yeux : il sentit quelque chose s'enfoncer dans son ventre et broyer ses organes. Il vomit du sang devant lui en hurlant de douleur, tandis que le sourire du paladin s’étirait un peu plus :

- Ah, quelle douce musique que le cri d'agonie d'un Tisseur ! Je n'ai jamais rien entendu de plus mélodieux, et vous ? Accepteriez-vous de me régaler à nouveau de ce son délicieux ?

  Les trois autres Tisseurs baissèrent leurs yeux sur la lame de leur adversaire. Ou plutôt, sur ce qui aurait été sa lame, si elle avait été visible...

- Le vent, c'est vraiment un élément génial ! Heureusement qu'aucun de vous quatre ne le maîtrise, parce que ça, ça aurait été galère à affronter ! Alors que là, je peux tous vous tuer sans que vous sachiez d'où viendra l'attaque !
- Vas-y, essaye pour voir ! Mais je te promets que je t'éclaterai la gueule avant que ta lame de ténèbres ne me touche !
- Je viens de dire que j'utilise le vent, crétin...
- Si t'utilisais le vent, pourquoi on verrait pas des tourbillons gris, hein ? Dans les mangas, c'est toujours ce qui arrive ! Alors que si t'utilises une lame de ténèbres, dans la nuit, normal qu'on puisse rien voir ! Qu'est-ce que tu croyais, que t'allais pouvoir feinter un cerveau comme le mien ? J'ai tout de suite vu clair dans ton petit manège, haha !
- Je laisse tomber, c'est définitivement un cas, ce mec...
- Ca, tu l'as dit ! Je suis un cas génial, comme on en voit trop peu !

  Denwen soupira et reporta son attention sur Aya et Ice :

- Bon, maintenant, je vous propose de jouer à un petit jeu... Je vais vous laisser m'attaquer, tous les deux. Tous les trois même, si le crétin aux cheveux rouges essaye aussi, mais franchement, je crois pas que ça va changer grand-chose. Et moi, je ne viserai qu'un seul d'entre vous, ce qui signifie que l'autre aura une chance, une seule, de me toucher. Le seul problème, c'est qu'évidemment, son partenaire sera sûr de mourir. Alors, qu'en dîtes-vous ? Essayer de m'attaquer, tout en ayant l'estomac noué parce que vous n'aurez qu'une chance sur deux de survivre à cet assaut, ça ne vous paraît pas amusant ?
- Tu es complètement taré...
- Si telle est la volonté de l'Epée ! Et ça rime, en plus ! Bon, allez-y, à vous l'honneur !

  Son sourire s'agrandit un peu plus. Aya et Ice brandirent leurs armes et s'élancèrent. La stratégie de leur adversaire fonctionnait, ils avaient peur, tous les deux. Leur attention fixée sur la garde du paladin, ils étaient effrayés par cette lame invisible qui allait faucher l'un d'eux, sans qu’ils ne puissent deviner lequel quittera ce monde le premier...
  Denwen sembla hésiter un instant. Puis son regard se figea sur Ice. Ses lèvres s'ouvrirent alors et lancèrent avec une jovialité enfantine :

- Ce sera toi !

  Le maître de l'eau ralentit sa course et écarquilla les yeux. La lame de vent se jeta sur lui, invisible, imparable.
  Un flot de sang se répandit sur l'herbe. Il ruissela lentement avant d’être absorbé par la terre, mais laissa une tâche triste et vermeille sur le sol...
  Enishi, immobilisé devant son ami, contemplait sa propre blessure. Il écarquilla les yeux, essaya de prononcer quelques mots, mais sous l'effet de la surprise et de la douleur, ses lèvres restèrent muettes.
  Puis le maître du feu s'effondra.

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Dernière mise à jour de cette page le 09/08/2008
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