CHAPITRE 7 : Moon

 

- Recule, Népri. Fuis, le plus loin possible.
- Mais...
- Je ne me laisserai pas humilier une seconde fois. Je vais libérer mes pouvoirs. Alors va-t-en, éloigne-toi le plus possible, parce que sinon, je risquerais de te toucher.

  Le jeune garçon hocha la tête. Ce n'était pas à lui que les Iskasils semblaient en vouloir. La magie de Bast les attirait comme des mouches, ils ne prêtaient plus attention à rien d’autre.
  Le Tisseur repoussa ses adversaires et bondit en arrière. Puis il ferma les yeux et banda ses muscles. Soudain, une lumière bleue irradia du corps du puissant combattant, d’abord légère mais de plus en plus aveuglante. Puis la terre se mit à trembler…

  Népri s'arrêta et se retourna. Il n'avait encore jamais vu ça. Les murs vacillaient et se déchiraient, la lumière commençait à devenir si puissante qu'elle l'éblouissait...

- RHAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAA !

  Il le sentait. Le pouvoir qui irradiait de son propre corps. Le sceau était sur le point de se rompre. Il aurait préféré éviter de le faire, mais il n'avait pas le choix. Il ne pouvait pas perdre, pas une seconde fois.
  Et au moment où il allait relâcher la magie qui lui restait, une main fine se posa sur son épaule.

- Pas maintenant, Bast. Inutile de dévoiler ton pouvoir pour si peu.

  Le jeune homme reconnut cette voix. Il hocha la tête et lui fit confiance. Il avait brûlé énormément de magie, son sceau était sur le point de craquer, il le savait. Mais il se concentra et rejeta tout ce qu'il avait accumulé sans le briser.
  Et une lumière bleue engloutit les cieux d’Irania. Lorsqu'elle se dissipa, Bast se tenait à quatre pattes, épuisé et en nage.

- J'espère que tu sais ce que tu fais, murmura-t-il, parce que je ne pourrai pas t'aider, Aya.

  La jeune femme hocha la tête. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres roses. Elle portait un long manteau marron avec une capuche qui lui masquait le visage.
  Les squelettes rouges les regardèrent un moment. Ils semblaient hésiter entre ces deux proies. Mais Bast avait gaspillé toute sa magie, alors que la nouvelle arrivée disposait de grandes réserves. Ce fut vers elle que tous s'élancèrent.
  Aya sourit. Elle ne fit pas un pas, pas un mouvement. Son ombre s'étira et fusionna avec chacune des leurs. Les Iskasils n'étaient pas assez intelligents pour s'en apercevoir. Lorsque des épées surgirent et les tranchèrent tous, ils furent si surpris qu'ils n'eurent pas le temps de réagir. Une quarantaine de brasiers s'alluma immédiatement.

- Fais attention, ils sont immortels, ils ressuscitent de leurs cendres !
- Je sais. Mais ne t'en fais pas, je sais aussi comment en finir avec eux.

  Elle tendit la main et son épée s'y logea. Alors que les premiers Iskasils commençaient à retrouver leur apparence originelle, elle s'élança.
  Sa lame tourbillonna si vite qu'elle en demeura invisible aux yeux des simples humains. Le regard de Népri ne put la suivre. Ce n'était pas plus un morceau d'acier, le soleil qui s'y reflétait dessus en faisait un éclair étincelant qui tranchait ses ennemis les uns après les autres, en une danse hypnotique et indistincte. Les squelettes avaient à peine le temps de se relever qu'ils s'enflammaient à nouveau. Et Aya, elle, tournoyait et virevoltait sur elle-même, plus prestement encore que le vent.
  Devant un tel spectacle, Bast et Népri ne purent qu'écarquiller les yeux. Le Tisseur ne comprenait pas quand est-ce que son amie avait acquis une telle dextérité. Une troupe entière de mort-vivants immortels n'étaient même pas capable de l'effleurer !
  Et finalement, elle s'arrêta, le sourire aux lèvres. Pas une goutte de sueur ne dévala son visage. Les flammes qu'étaient devenus les Iskasils s'envolèrent soudain et se réunirent dans les airs, formant une gigantesque boule de feu qui emplissait toute la ruelle. Mais la jeune femme ne parut pas étonnée.

- C'est fini, se contenta-t-elle de murmurer.

  Elle leva son épée. Tandis que la boule de feu se précipitait sur elle, son ombre s'étira et fusionna avec celle du brasier ardent. Et soudain, ce dernier s'arrêta, stoppé dans sa course. Il venait d'être tranché en deux par une force invisible. Mais les flammes n'eurent pas le temps de toucher le sol : à leur tour, elles furent fendues et découpées, jusqu'à ce qu'il ne reste plus la moindre étincelle.
  Aya sourit et se retourna vers Bast :

- Dans cet état, ils ne pourront pas revenir. Allez viens, il nous reste encore beaucoup de choses à faire !

*


  Light ouvrit les yeux. Non pas que son sommeil touchait à sa fin, il aurait bien aimé se reposer quelques jours de plus pour récupérer de ses précédents combats, mais lorsqu'un seau d'eau se déverse sur votre tête, vous n'avez généralement pas d'autre choix que de vous réveiller en sursaut. Et ce fut ce que fit Light.
  Il se trouvait dans une forêt. La lune brillait au-dessus de sa tête, toujours aussi lumineuse. Faisait-il toujours aussi nuit, dans ce pays ?

- Debout, lui ordonna l'indigène en jetant son seau vide. Et combats.
- Je sais, pas besoin de me le répéter...

  Difficilement, Light se releva. Son corps le faisait atrocement souffrir. Depuis sa première défaite contre l'inconnu à la peau d’ivoire, il avait eu cinq fois occasions de prendre sa revanche. Sans succès. Mais cette fois, il espérait bien le vaincre et éviter d'être à nouveau réveillé en sursaut. Il ne supporterait pas un tel traitement très longtemps, c'était déjà un miracle que ses blessures cicatrisent si vite, alors de là à pouvoir se battre quotidiennement, sans même avoir le temps de récupérer...
  Il ne put continuer ses lamentations silencieuses plus longtemps : l'indigène bondit sur lui. L'épée du Tisseur apparut dans sa main et écarta la pointe de la lance, avant de riposter en essayant, en vain, de trancher la tête de son adversaire : ce dernier se baissa et la lame ne rencontra que le vide.
  Light n'en pouvait déjà plus. Ses yeux devinrent dorés, mais il savait qu'il allait rapidement devoir adopter une meilleure stratégie. Dans son état, la puissance qu'il pouvait réunir de cette manière n'était pas suffisante pour lui permettre de vaincre son adversaire, ses six défaites précédentes le lui avaient prouvé. Seulement, son corps était à bout de force, incapable de supporter le poids de son aura angélique plus de quelques secondes. Aussi ne pouvait-il se permettre de l’invoquer dans l’état actuel des choses…
  Tout en bloquant les attaques de son adversaire, Light se dit qu'il était temps pour lui de trouver un plan. Et, tandis que la lance de l'indigène érafla sa joue, laissant une coulée de gouttes écarlates dévaler sa pointe, il eut une idée.
  Son aura se relâcha. Ses yeux étaient encore dorés, mais sa puissance, elle, était à zéro. Au niveau d'un simple humain. L'indigène haussa un sourcil interrogateur :

- Est-ce un signe de capitulation ?
- Au contraire, cela signifie que je vais gagner. Bien, on y va sérieusement ?

  Son adversaire poussa un cri sauvage et se rua sur lui. Light ferma les yeux. Il avait un peu peur, au fond. Mais il savait qu'il n'avait pas d'autre choix, que son corps ne serait pas capable de supporter une autre tactique.
  Le fer de la lance de son adversaire s'approcha dangereusement de son visage. Tellement rapidement que sa pointe sifflait dans les airs. Trop rapidement pour que quelqu'un, avec un Shintaisen aussi médiocre, ne puisse l'éviter.
  Au moment où elle allait rencontrer le crâne du jeune homme, il se baissa et contre-attaqua. Son aura avait soudainement augmenté. Son adversaire fut si étonné qu'il ne recula pas assez vite et la lame du Tisseur entailla légèrement son abdomen. Mais il se reprit rapidement, surtout que l'aura de Light avait retrouvé un niveau extrêmement bas, et raffermit sa prise sur son arme. Il leva sa lance, qui cracha un rayon argenté devant elle. La lame de Light se releva et le frappa à une telle vitesse qu'il fut dévié et frappa un arbre, à quelques mètres d'eux.
  Le jeune homme transpirait mais souriait. Son aura diminua à nouveau. S'il maintenait un niveau aussi bas, il savait que son corps supporterait quelques augmentations spontanées de puissance, par à coups. Il lui fallait juste espérer que ce serait suffisant.
  Mais son adversaire ne lui laissa pas le temps d'en juger : il pointa son arme vers le ciel et rassembla ses forces. Light savait ce que cela signifiait : il se préparait à exécuter sa technique mystérieuse. Il raffermit sa garde et le fixa avec attention : il devait se tenir prêt. Ses six défaites lui avaient permis de récolter quelques informations sur ce sortilège et il fallait qu’il sache les mettre à profit.
  Trois rayons argentés le tirèrent de ses pensées en frappant ses bras et son torse : un flot de sang s'échappa de ces blessures.

  Réfléchir, tu dois réfléchir, Light... Bon sang, mets tes expériences antérieures à profit... Ces six défaites doivent me servir, il faut que je trouve quelque chose, que je...

  Il s'interrompit alors et regarda son corps, les yeux tremblants. Des dizaines de rayons argentés le criblaient de coups. Lorsqu'ils disparurent, le jeune homme ouvrit la bouche, cracha un peu sang, puis s'effondra. Ses mains s'ouvrirent et libérèrent son épée, qui toucha le sol un instant avant lui.
  Lorsque son corps heurta l'herbe humide, son adversaire lui lança avec froideur :

- Inutile de feindre l'inconscience. Tu es encore en état de te battre. Récupère ton arme et combats.
- La... La ferme... Prépare-toi plutôt, parce que ma riposte va... va être... Argh !

  Trois traits argentés le frappèrent à nouveau. Il serra les poings et empêcha des larmes de dévaler ses joues. Réfléchir, il devait réfléchir...

- Relève-toi. Maintenant.
- Nord, Est, Sud, Ouest...
- Que murmures-tu ?
- Par les quatre éléments, Né et résiste...

  Lentement, Light se releva, continuant son incantation à voix basse, tandis qu'une lumière blanche et protectrice commençait à l'entourer. Utiliser deux sortilèges aussi complexes en même temps était difficile et son corps ne supporterait pas très longtemps son aura angélique, mais il n'avait pas d'autre choix...

- Par les quatre cieux...

  A nouveau, les rayons argentés frappèrent son torse. Normalement, il aurait dû retomber contre le sol, mais il concentrait dans tout son corps un Shintaisen si puissant que sa résistance en était décuplée et que sa peau endurait ce sort plus facilement que ne l'aurait fait un armure en acier.

- Stoppe... Stoppe et protège !

  Et soudain, tandis que les traits argentés criblaient son corps, un bouclier lumineux apparut devant lui. A l'intérieur était figée le manche de sa lance de son adversaire, qui pourtant reposait immobile le long de son corps, une seconde plus tôt. Light sourit. La pluie de coups s'était arrêtée. Il avait vu juste.

- Bingo, murmura-t-il. Les traits argentés, ce n'était que la lumière qui entoure ta lance, n'est-ce pas ?
- Tu es plus intelligent que je l'aurais cru. Peut-être que l'Oracle disait vrai.
- L'Oracle ? Qui est-ce ? Et qu'est-ce que ça à voir avec moi ?
- Tu le sauras si l'une des attaques touchent mon visage.
- Évidemment, ça aurait été trop simple, autrement...

  Le jeune homme serra un peu plus la poignée de son épée. Son adversaire était immobilisé et son propre corps arrivait encore à supporter son aura, même s'il répliquait déjà par d'alarmants cris de douleur. Il fallait en profiter. Il fléchit les jambes et s'élança.
  La lune se refléta un instant sur sa lame. Mais lorsque cette dernière s'abattit sur son adversaire, elle ne rencontra que le néant. L'indigène avait lâché son arme et bondi en arrière. Light voulut essayer d'attaquer à nouveau, mais son corps le lâcha et, s'immobilisant, il cracha du sang tandis que son aura disparaissait. L'indigène en profita pour serrer son poing, qui percuta violemment le visage du Tisseur. Ce dernier chancela et tomba à terre. A cet instant, son bouclier se brisa et la lance percuta le sol.
  Calmement, l'homme à la peau d’ivoire s'avança et récupéra son arme. Light était immobilisé par la douleur, elle résonnait dans tout son corps et le paralysait. Des larmes dévalaient ses joues, il serrait les lèvres pour ne pas crier. Ses yeux étaient redevenus normaux, il avait trop mal pour maintenir le moindre sortilège.
  L'indigène leva sa lance, à la manière d'une épée. Calmement, il commenta la situation de son adversaire :

- Tu as perdu.

  Mais avant qu'il ne puisse l'abattre, Light leva sa main vers lui et, au prix d'un frisson de douleur qui s'échappa de son corps, lança un ultime sortilège sur son adversaire.
  L'homme à la peau d'ivoire se jeta sur le côté pour éviter l'auréole dorée, tranchante comme une lame d’acier. Le sortilège explosa alors faiblement quelques mètres plus loin, libérant quelques étincelles autour de lui.

- Merde, articula Light tandis que sa main retombait par terre.

  L'indigène ne fit aucun commentaire. Lentement, il avança vers Light et leva sa lance. Un instant, la lune éclata sur son fer, comme pour inviter le Tisseur à la rejoindre. Puis elle s'abattit. Et frappa le sol.
  Light, profitant de la surprise de son adversaire, acheva sa roulade et à nouveau, dans un geste prompt, tendit sa main vers lui. Les étincelles dorées de son précédent sortilèges se rassemblèrent et recréèrent un anneau d'or qui vola vers l'homme à la peau d'ivoire. Ce dernier, sous le coup de la surprise, ne put esquiver convenablement et l'auréole érafla sa joue, lui volant une goutte de sang.

- Gagné, commenta Light.

  Ce fut le dernier mot qu'il prononça avant de s'évanouir, vaincu par la douleur.

*


  Epuisée, Aya se laissa tomber contre le sable chaud lorsqu'elle atteignit enfin l'entrée de la ville qu'elle avait vue au loin. Elle avait cru que quelques minutes lui seraient suffisantes pour atteindre cette ville, mais en réalité, il lui avait fallu plusieurs heures. Plusieurs heures, passées à marcher dans un désert ardent…
  La jeune femme resta ainsi, couchée sur ce matelas brûlant, durant quelques minutes, puis elle se décida à se relever. Essuyant quelques grains de sables qui s'étaient coincés sur sa robe, elle regarda autour d'elle.
  La ville ressemblait à un bloc de roche déposé au beau milieu du désert. Tout était en pierre, même les maisons, quoique quelques-unes unes semblaient être faites de bois, sans doute celles des résidents les moins fortunés...
  Alors que le soleil était encore haut dans le ciel, peu de passants marchaient dans ces rues presque désertes. Mais leur accoutrement suffit à faire comprendre à Aya qu'elle ne passerait pas inaperçue : ils étaient tous vêtus d'une sorte de toge blanche, dont la texture lui semblait inconnue. Avec sa robe noire, elle serait comme une panthère perdue parmi un troupeau d'agneaux. Aisément repérable donc, alors qu'elle aurait aimé pouvoir enquêter incognito pour en savoir plus sur cette ville et la boule de feu qui allait le détruire dans un mois à peine...
  Une voix féminine l'extirpa de ses pensées :

- Vous, vous devez venir de loin, je me trompe ?

  Aya se releva d'un bond et observa l'inconnue qui venait de lui adresser la parole. C'était une femme assez grande, à la peau mât et aux longs cheveux bruns noués de manière à former une tresse épaisse qui coulait le long de son épaule. Ses yeux noisette semblaient amusés et curieux. Un sourire se dessina sur les lèvres de la Tisseuse.

- Assez oui. A vrai dire, je ne sais même pas où nous sommes !
- Dans ce cas, bienvenue à Irania, la capitale d'Islandar ! Vous devez avoir soif, si vous avez fait un long voyage ?

  Aya ne put que hocher la tête : sa traversée dans le désert l'avait complètement déshydratée.
  A sa grande surprise, une petite lumière brilla devant le doigt de la jeune femme et elle se mit à tracer un étrange symbole dans les airs. La lumière, comme une craie sur un tableau, imprima le sceau ainsi dessiné devant elle. Alors, la jeune femme termina son sortilège en prononçant simplement le mot :

- Su.

  Et comme s'il s'agissait d'une fontaine suspendue dans le vide, de l'eau se mit à couler du symbole tracé dans les airs. D'abord surprise, Aya la porta ensuite à sa bouche : elle était délicieusement fraîche !

- Vous n'êtes pas facilement impressionnable, vous, commenta la jeune femme. D'habitude, chaque fois que je fais ça, les gens écarquillent les yeux et me demandent si je suis une envoyée d'Halteran. Vous avez beaucoup de Siharas, dans votre contrée ?
- Je ne sais pas ce qu'est un Sihara, mais disons que nous avons beaucoup de personnes capables de faire des choses assez extraordinaires, en effet.
- Vous devez vraiment venir de très loin, alors ! Chez nous, Sihara veut dire "Celui qui peint les cieux", ce sont tous ceux qui sont capables d'utiliser les lettres divines afin de modifier la réalité de notre monde. Mais j'avoue n'être encore qu'une apprentie dans ce domaine !

  Aya lui tendit la main :

- Je me présente : Je suis Aya. Et je ne suis aussi qu'une apprentie, dans mon propre domaine.

  La jeune femme lui sourit et serra sa main.

- Je suis Serenia. Enchantée de vous rencontrer.

  A cet instant précis, un hurlement animal emplit l'espace autour d'eux. Aya fronça les sourcils et regarda sa nouvelle amie, qui en guise d'explication murmura :

- Le Tulmar commence aujourd'hui, ça doit être un Iskasil...
- Tulmar ? Iskasil ?
- Je t'expliquerai plus tard, il vaut mieux courir avant qu'il ne nous trouve ! Les Iskasils se nourrissent de magie, une Sihara doit être un met de choix, pour eux !

  Aya hocha la tête et la suivit dans sa fuite. Mais les rues qu'elles empruntaient étaient de plus en plus étroites, si bien que rapidement, leur course se ralentit et les cris se rapprochèrent. Lorsqu'elles furent bloquées par une impasse, Serenia serra les poings et se retourna. Il était trop tard pour espérer le distancer...
  L'Iskasil arriva en rampant, accroché contre le mur de droite. Il ressemblait à une araignée, dans cette posture effrayante. Il regarda les deux femmes et se mit à pousser un nouveau hurlement.

- C'est ça, un Iskasil ?
- Oui. Je vais essayer de le retenir, même si mes pouvoirs ne sont pas vraiment offensifs... Essaye de t'enfuir pendant que...

  Elle ne put terminer sa phrase : une épée était apparue dans les mains de la Tisseuse qui, déjà, s'élançait sur le squelette rouge. Ce dernier décida alors de bondir sur elle.
  La lame violette trancha en deux son adversaire, avec une facilité déconcertante. Aya se retourna, surprise, et regarda le tas d'os qui prit feu.

- C'est de ça, dont tu avais peur ?
- Partons et vite ! Les Iskasils prennent toujours feu quand ils meurent et reviennent à la vie quelques secondes après ! Comme le Tulmar ne fait que commencer, peut-être qu'on aura le temps de...

  Mais elle fut coupée lorsque le brasier s'anima et reprit une forme humaine. Alors que déjà, Aya serrait la poignée de son épée un peu plus fort et se préparer à attaquer de nouveau, les flammes se mirent à crépiter violemment, puis grandirent et s'attisèrent, modifiant la forme que devait reprendre Iskasil.
  Aya fronça les sourcils.

- C'est normal, ça ?

  Serenia ne répondit pas tout de suite, comme hypnotisée par le spectacle de ses flammes qui crépitaient et étincelaient... Et lorsque ces dernières disparurent, les deux femmes purent admirer la nouvelle apparence de l'Iskasil.
  C'était toujours un squelette rouge, mais son corps avait grandi. Deux ossatures d'ailes avaient poussé dans son dos, une queue se balançait derrière lui et une corne ornait son front. Aya ne tarda pas à s'apercevoir que son aura était également plus puissante. Que se passait-il donc ?

- Un Iskasil Mayor, murmura Serenia. Si tôt dans le Tulmar, c'est à peine croyable...
- Pourquoi est-ce que cette chose a autant évolué ?
- Et bien... Il arrive parfois, sans que l'on sache pourquoi, qu'au moment de renaître, un Iskasil absorbe trop de magie. Il ne peut plus retrouver sa forme originelle et adopte une nouvelle apparence. Les Iskasils Mayores sont plus forts, plus rapides et plus intelligents…
- Ok, voilà ce qu'on va faire : je vais battre cette créature une nouvelle fois. Dès qu'il s'embrase, on court le plus vite possible pour s'enfuir, compris ?
- Magie ! Beaucoup de magie !

  Les deux femmes serrèrent leurs poings. L'Iskasil avait parlé. Sa voix était rauque, inhumaine, mais il avait parlé.

- Magie ! Beaucoup de magie, beaucoup... Beaucoup de magie, à... dévorer !

  Ses lèvres squelettiques s'ornèrent d'un sourire et il se mit à hurler. Aya raffermit sa garde. Il arrivait...
  Bien plus rapidement que la fois précédente, l'Iskasil se jeta sur elle. La Tisseuse voulut couper sa tête, mais il se baissa et ses mains heurtèrent son torse, la poussant si violemment qu'elle heurta le mur derrière elle.
  Profitant que son adversaire soit à moitié assommée, l'Iskasil arracha sa main gauche qui, instantanément, se transforma en une puissante boule de feu. La jeune femme ne put que rouler sur le côté pour éviter le projectile qui l'aurait sans doute carbonisée. Elle riposta d'un Maryoku, mais le squelette n'eut aucun mal à l'éviter en bondissant dans les airs. Ce qu'en revanche, il n'avait pas prévu, c'était que l'ombre d'Aya ne s'étire et qu'un immense serpent aux écailles violettes n'en sorte. Mais d'un battement d'aile, il réussit à se propulser sur sa gauche et donc à éviter la charge du reptile monstrueux, qui disparut dans une fumée noire après l'avoir manqué.
  Aya serra les dents. Elle ne s'était pas attendue à ce que ces ailes soient fonctionnelles, ni à ce que ce squelette ait autant de réflexe...
  Ce dernier lui adressa un sourire moqueur et plongea sur elle. Son corps tout entier prenait feu. La jeune femme écarquilla les yeux et roula sur le côté, évitant d'être brûlée vive, malheureusement le souffle de l'explosion la toucha et l'envoya contre un autre mur.
  Elle cracha un peu de sang mais ne tarda pas à se relever et à observer les flammes qui, une fois de plus, reprenaient forme humaine. Ce n'était pas tout à fait à ça qu'elle s'attendait, mais effectivement, elles avaient un répit de plusieurs secondes.

- Partons vite, Serenia !

*


  Doucement, Light ouvrit les yeux. Le matelas moelleux qu'il sentait sous son corps le convainquit qu'au moins, il n'était plus dans la forêt, ce qui constituait déjà un bon point. Un instant, il se prit à espérer qu'il était de retour chez lui et que tout ceci n'avait été qu'un mauvais rêve, mais la vision de la tente qui l'abritait suffit à le ramener à la réalité. Les quelques rayons qui parvenaient à la percer lui indiquait que la nuit régnait encore au-dehors. Elle devait être longue, songea-t-il, car chaque fois qu'il s'était éveillé, la lune brillait haut dans le ciel.
  Prudemment, le jeune homme essaya de se redresser et s'aperçut, avec surprise, qu'il y arrivait sans difficulté. Son corps se tut, cela devait donc signifier qu'il avait récupéré une grande partie de ses forces. Avec délice, Light apprécia de pouvoir poser ses pieds sur la terre humide sans avoir à subir les protestations de ses muscles.
  A cet instant précis, les pans de la tente s'écartèrent et laissèrent entrer l'indigène contre lequel il s'était battu tant de fois. Immédiatement, le Tisseur appela son épée et se mit en garde, mais l'homme le rassura d'un geste de la main.

- Notre combat est terminé. Tu as réussi le test que les anciens t'ont imposé, tu as compris le fonctionnement de mon sortilège et tu m'as blessé, nous n'avons donc plus à nous affronter.
- Dans ce cas, vous allez pouvoir répondre à mes questions, comme promis ? J'aimerais bien savoir qui est cette oracle dont vous avez parlé !
- Tu as bonne mémoire, l'Ange.
- L'Ange ? J'ai un nom comme tout le monde vous savez, je m'appelle Light.
- C'est ainsi que l'Oracle t’a nommé, lorsqu'elle est venue voir mon peuple.

  C'était également le surnom que lui avait donné la vieille femme, dans les marais. Est-ce que cette toquée avait un lien avec ce qui lui arrivait en ce moment ?

- Quand est-elle venue, cette Oracle ?
- Lorsque le soleil brillait encore dans le ciel et que sa lumière baignait nos corps et nourrissait nos plantes.
- C'est à dire ?
- Il y a près de trois siècles.

  La vieille des marais était certes âgée, mais sans doute pas à ce point, aussi Light se promit-il d'éclaircir ce mystère un peu plus tard.

- Et que vous a-t-elle dit, votre oracle ?
- Que bientôt, très bientôt, notre monde serait privé des flammes d'Halteran, mais qu'un jour viendrait où l'Ange se présentera et que, armé du pouvoir de la lune, il apaiserait la fureur du démon et nous rendrait à nouveau la divine lumière.
- D'un, je ne sais pas qui est Halteran.
- C'était le dieu du feu et du soleil, qui nous a quittés voilà trois siècles.
- Et de deux, aucun de mes pouvoirs n'a de lien avec la lune.
- C'est pour cela que je vais t'enseigner le sortilège que tu as appris à parer.
- C'était pour ça, toutes ces batailles ?
- Entre autre. Tu as déjà compris son fonctionnement. Une semaine s'est déjà écoulée, alors nous devons faire vite, mais je t'apprendrai à utiliser le chatoiement de la lune.
- Pourquoi sommes-nous pressés ?
- Parce que le Tulmar se terminera dans trois semaines et qu'après, il sera trop tard. Tu as trois semaines pour apprendre à t'en servir et à ouvrir la porte.
- Le Tulmar ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Et de quelle porte parlez-vous ?
- Chaque chose en son temps. D'abord, je vais t'amener al lago del espejo, pour que tu comprennes à quel point il est important pour toi de maîtriser le Tulmar et le chatoiement de la lune.
- Mais...
- Suis-moi.

  Et l'homme à la peau d'ivoire se retourna, écartant les pans de la tente. Juste avant de se mettre en marche, il lança au jeune homme :

- Au fait, je ne t'ai pas dit mon nom. On m'appelle Ojo de Luna.

*


  Aya et Serenia se laissèrent tomber contre un mur pour reprendre leur souffle. Les deux femmes haletaient à présenter, mais elles avaient réussi à semer l'Iskasil.
  Lorsqu'elles eurent toutes les deux réussies à récupérer leur souffle, Aya tourna la tête vers son amie :

- Qu'est-ce que... Qu'est-ce que de telles créatures font dans une ville aussi grande ?
- C'est le Tulmar... Tant que durera le Tulmar, les Iskasils apparaîtront et renaîtront.
- Ce n'est pas la première fois que tu me parles de ce... Tulmar. De quoi s'agit-il ?
- Tous les vingt ans recommence le Tulmar. C'est une période d'un mois, pendant laquelle, sans que l'on sache pourquoi, de la magie pure envahit notre air.
- Et les Iskasils utilisent cette magie pour se régénérer.
- Exactement. A la place de respirer, ils absorbent un peu de la magie présente dans l'air grâce au Tulmar.
- Et chaque jour, cette quantité de magie augmente ?
- Oui, jusqu'au dernier jour du mois. Là, elle disparaît subitement et tout redevient normal.
- Les Iskasils disparaissent à ce moment ?
- Non, malheureusement, il faut que...

  Soudain, Serenia s'immobilisa sans finir sa phrase. Lentement, elle tourna la tête vers sa gauche, avant de murmurer faiblement :

- Il... Il nous a retrouvé...

  Aya serra les dents, bondit sur ses pieds et fit apparaître son épée dans sa main. L'Iskasil volait grâce à ses ailes squelettiques et se rapprochait d'elles. Un Maryoku commença à entourer la lame de la jeune femme, qu'elle envoya contre son adversaire. Malheureusement, à une telle distance, celui-ci n'eut aucun mal à plonger sur le côté et à l'éviter. Il retomba sur ses pieds à quelques mètres de ses proies.

- Magie... Beaucoup de magie... Je dois... Manger !

  Et il se précipita sur Aya, qui ne put que bondir sur sa droite pour éviter cette charge furieuse. Mais l'Iskasil avait anticipé cette réaction et, tandis qu'emporté par son élan, il passait à côté de la Tisseuse, sa main se tendit vers elle et prit feu, envoyant un jet de flammes à bout portant.
  Aya écarquilla : elle n'avait pas le temps d'esquiver à nouveau, pas le temps d'utiliser son ombre. Alors qu'elle sentait déjà la chaleur de ce feu maudit chatouiller son visage, celles-ci s'envolèrent soudain, comme attirées par une force invisible. Aya, Serenia et l'Iskasil se retournèrent.
  Debout sur le toit de l'une des maisons se tenait une silhouette inconnue. L'homme portait un long manteau rouge et sa chevelure blonde était agitée par le vent. Les carreaux de ses lunettes reflétaient la lumière du soleil et sur ses longues lèvres était peint un sourire amusé, presque narquois.
  Sa main droite, tendue vers l'Iskasil, était recouverte d'un gant métallique, et en son centre se tenait un étrange cercle lumineux, rouge. Le jet de flammes se dirigea dessus et fut absorbé sans perdre une étincelle.

- Merveilleux, murmura l'inconnu, c'est merveilleux. Un Iskasil Mayor alors que le Tulmar n'en est qu'à son troisième jour ! Nos calculs se sont révélés exacts, parfaitement exacts. Personne ne pourra plus décemment douter de mon génie, à présent.

  L'Iskasil, d'abord déconcerté par tant de proies potentielles, finit par fixer son regard sur l'inconnu au manteau rouge et se mit à crier « Magie ! Beaucoup de magie ! » tout en s'envolant dans sa direction.
  Le reste se déroula en un éclair. Soudain, le manche d'un sabre sans lame apparut au centre du gant métallique. L'homme au manteau rouge referma sa main et y concentra un peu de magie, créant ainsi une lame d'énergie pure, qui trancha le squelette rouge dans son élan. Ses deux moitiés prirent feu, mais elles furent également absorbées par le gant mystérieux.
  Avec un sourire encore plus joyeux, l'inconnu fit disparaître son arme et passa une main dans ses cheveux pour se recoiffer. Puis son regard se fixa sur Aya.

- Ca alors, une Tisseuse, ici ! Comment as-tu fait pour arriver ici, femme ?
- Vous connaissez les tisseurs de néant ?
- Si je les connais ?

  Cette fois, l'homme au manteau éclata de rire. Et la jeune femme sentit dans ce rire un sarcasme mordant, à tel point que sa main serra un peu plus la poignée de son épée. Mais elle n'eut pas à reposer sa question, au bout de plusieurs longues secondes, son interlocuteur finit par consentir à y répondre :

- Bien sûr, que je connais les Tisseurs ! Je sais tout sur tout ! L'univers tout entier, ses mystères et ses ombres n'ont aucun secret pour moi, ou presque !
- Qui êtes-vous ?

  Il y avait de l'antipathie dans la voix d'Aya, à présent. Cet homme lui avait sans doute évité un fastidieux combat, mais il n'était sûrement pas un allié pour autant...

- Mon nom ne vous servirait à rien ! Mais si vous tenez tant à ce que votre petite cervelle conserve un souvenir de ma présence, sachez simplement que je suis le septième rouge des Arcaniens.

  Aya n'avait jamais entendu parlé ni des Arcaniens, ni de ce "septième rouge", ce qui augmenta un peu plus sa colère. Un simple regard du côté de Serenia lui suffit pour comprendre que son amie n'en savait pas plus qu'elle.
  Sur ces modestes présentations, l'Arcanien tourna le dos aux deux femmes et se prépara à repartir. Mais le cri de la Tisseuse le stoppa :

- Attends ! Qu'est-ce que tu as fait à cet Iskasil ?!

  L'homme soupira, exaspéré par toutes ces questions, mais consentit à tourner son visage pour lui répondre :

- Je l'ai amené dans un lieu plus sûr.
- Plus sûr pour nous, ou pour lui ?
- Pff, ce genre de remarque est totalement inutile. Un Iskasil Mayor ne représente pas le moindre danger pour nous, et même vous, vous devriez pouvoir vous en débarrasser, c'est dire.
- Alors, pourquoi ne pas le détruire ?
- Parce que la "régénération instantanée", la "résurrection immédiate" et "l'évolution spontanée" sont des phénomènes rarissimes. Nous allions étudier cet Iskasil, avec tous ceux qui nous avons récolté au fil des siècles, jusqu'à réussir à isoler les facteurs qui permettent de telles capacités et à les reproduire sur d'autres espèces, plus dignes de recevoir de tels talents.
- Comme des Arcaniens, par exemple ?!
- Ce n'est pas à exclure, effectivement. Mais l'évolution de la race humaine n'est pas notre première priorité. L'homme est, de par sa nature, trop faible, trop versatile pour obtenir de tels dons.
- Qu'est-ce que vous voulez, alors ?
- Ce que nous voulons ? Mais c'est évidemment, voyons ! Repousser les limites de l'inconnu, façonner, de nos propres mains, ce qui ni les dieux ni la Nature n'ont jamais pu créer. L'être ultime ! Nous formerons de nos propres mains une espèce dont la puissance est au-delà de toute frontière, dont les possibilités seront infinies ! Et les capacités des Iskasils y contribueront, comme tant d'autres capacités de tant d'autres espèces.

  Aya serra les poings. Elle aurait voulu croire qu'elle était tombée sur un fou, mais ce gant qui recouvrait sa main lui prouvait le contraire... Ce gant, qui avait absorbé un Iskasil à lui tout seul...
  L'Arcanien agita un doigt réprobateur dans la direction de la Tisseuse.

- Pas un fou, jeune fille, un génie, même si je vous concède que la frontière est bien mince. Et maintenant, si vous me le permettez, je vais prendre congé. Il me reste encore beaucoup de travail, il serait dommage que je perde trop de temps à papoter avec vous. Le Tulmar n'attend pas !
- Vous ne croyez tout de même pas que je vais vous laisser partir après ce que vous venez de me dire ?!

  Soudain, l'Arcanien s'immobilisa et lentement, très lentement, il se tourna vers la Tisseuse. Cette dernière sentit une telle menace dans le regard de cet inconnu qu'elle se remit en garde immédiatement. Mais étrangement, ce dernier continua à lui parler, d’un froid et hautain :

- Et que comptez-vous faire ? Me retenir peut-être ? Ne me faîtes pas rire ! Si j'en juge par la puissance de votre Maryoku et du Shintaisen que vous produisez en ce moment même, il me faudrait environ une minute et trente secondes pour vous faire mordre la poussière. En admettant que vous puissiez multiplier par trois ou quatre la puissance que vous dégagez actuellement, ce qui est déjà peu probable étant donné que la tension de vos muscles, en y allant sérieusement, je pourrai vous vaincre en moins de quatre minutes. Quant à l'autre fille qui prépare un sort en cachette, ce n'est même pas la peine de l'inclure dans mes calculs, c'est de toute évidence une débutante, elle ne vous sera d'aucun secours.

  A cet instant précis, l'Arcanien bondit dans les airs et baissa sa main gantée vers le toit où il se tenait une seconde auparavant. Une boule d'énergie y fut propulsée et heurta le serpent aux écailles violettes qui venait juste d'apparaître. Aya écarquilla les yeux, stupéfaite : l'ombre qu'elle avait allongé avait pourtant été invisible, se camouflant parmi les ombres environnantes pour atteindre son adversaire. Alors, comment cet homme au manteau rouge avait-il pu esquiver et contre-attaquer avant même que la créature qu'elle avait invoqué n'apparaisse ?
  Agilement, l'Arcanien retomba sur un autre toit et lui lança un sourire plein de morgue, réajustant l’emplacement de ses lunettes du bout des doigts.

- Tss. Pathétique tentative pour me toucher pathétiquement à l'aide d'un sortilège pathétique. C'était inutile, stupide et pathétique. Et de toute manière, même si les crocs de ce serpent avaient pu m'atteindre, ils n'auraient pas réussi à traverser mon corps, l'écart entre nos forces était trop élevé. A moins que vous espériez que mon attention soit détournée assez longtemps pour pouvoir enchaîner avec un Maryoku qui, lui non plus, n'aurait pas pu me trancher ? Pff, tout ceci m'ennuie. A présent, j'ai pu analyser ton sortilège, il sera impossible que tu puisses ne serait-ce qu'approcher l'une de tes ombres de la mienne. Non, décidément, je n'ai plus rien à faire ici.

  Et pour la seconde fois, l'Arcanien se retourna, les ignorant totalement. Alors qu'il faisait quelques pas en avant, Aya leva son épée, mais Serenia attrapa son poignet. D’un regard, elle réussit à lui faire comprendre que ce serait inutile d’essayer de prolonger le combat.
  Aya serra les poings, mais elle fit disparaître son arme. Elle agissait comme Light lorsqu’elle s’énervait, ce n’était vraiment pas un bon… Un dernier coup d'oeil à l'emplacement où se trouvait, quelques secondes plus tôt, l'Arcanien, suffit à lui faire comprendre que toute manière, c'était terminé. L'homme au manteau rouge avait disparu.
  Serenia lâcha son poignet et toutes les deux, elles reprirent leur marche dans les rues désertes d'Irania, plus graves que jamais.

*


  Adossés à un mur, Aya et Bast regardaient en silence Népri marchander. La nuit était tombée à présent, mais le jeune garçon était arrivé assez tôt pour trouver une place convenable. Sans doute ses parents et lui pourraient subsister quelques jours encore avec les profits qu'il réaliserait tout au long de la nuit.

- Tu es sûre que nous ne risquons plus rien ?
- Certaine. Les Iskasils n'attaquent pas de nuit. En réalité, si les rayons de la lune touchent leur corps, ils s'embrasent et ne peuvent pas se reformer avant d'être éclairé par le soleil.
- Ce qui explique pourquoi la ville est bien plus animée de nuit que de jour...
- Oui, ici, tout le monde a peur des Iskasils, les gens ne veulent pas courir de risque de sortir avant que le soleil ne soit couché.

  Soudain, Bast tourna son visage vers elle, l'air grave. Il s'était enfin décidé à poser la question qui le tracassait depuis qu'il avait retrouvé son amie :

- Comment as-tu fait, Aya ? Comment as-tu fait pour devenir si forte ? Pour savoir toutes ces choses ?
- Ca fait un mois que je suis ici. Et il s'en est passé, des choses, depuis mon arrivée...
- Un mois, ce n'est pas suffisant, j'ai bien vu ta vitesse, tout à l'heure, contre les Iskasils. Ou au contraire, non, je n'ai pas pu la voir. Ta lame bougeait si vite qu'on aurait dit une simple illusion !
- C'est grâce au Tulmar. Les Siharas, enfin les rebelles, m'ont appris à le maîtriser.
- Le Tulmar ? Népri y a déjà fait allusion, mais il n'a pas eu le temps de m'expliquer ce que c'était...
- C'est une période de l'année où la magie envahit Irania. C'est à cause de ça que les Iskasils trouvent la force d'apparaître et de se régénérer, mais c'est également grâce à ça que j'ai pu devenir si rapide... Si l'on apprend à absorber la magie qui nous entoure, on peut gagner une puissance incroyable !
- Si seulement je pouvais le faire, moi aussi...

  Bast serra son poing et le regarda. Ce poing, si inutile à présent... Ce poing qui n'avait pas pu blesser Danra, ce poing qui n'avait pas pu vaincre les Iskasils...
  Aya surprit son regard et essaya de le réconforter à l'aide d'un petit sourire :

- Tu pourrais y arriver, tu sais. N'importe qui peut le faire, du moment qu'il a un minimum de magie en lui... Seulement, je n'ai pas le temps de te l'apprendre.
- Pourquoi ? Nous sommes pressés ? Tu as trouvé le moyen de nous ramener chez nous ?
- Malheureusement, je ne sais toujours pas pourquoi nous sommes ici, ni même où se trouve cet endroit par rapporte à notre pays natal. Mais je sais une chose : demain, à midi, cette ville toute entière sera détruite.
- Quoi ?!
- Demain, à midi, lorsque le grand prêtre voudra faire disparaître les Iskasils, il sera à l'origine d'un véritable massacre.
- Mais comment...
- Comment, je ne sais pas. Enfin, plutôt, je ne suis pas sûre. Mais je sais que ça va arriver, Bast. J'ai senti les flammes de sa boule de feu lécher ma peau... Le Tulmar ne dure qu'un mois, Bast. Est-ce que tu sais ce qui se passe, si le Tulmar se termine alors que les Iskasils sont encore présents ?
- Non, je n'en sais rien...
- Ils mutent. La plupart disparaîtront car ils n'auront pas assez de magie pour survivre, mais les autres survivront et s’adapteront. Au cours des siècles, c'est arrivé quatre fois. Ils deviennent des démons assoiffés de sang et se répandent partout, envahissent même les autres pays... C'est pour ça qu'à chaque fois que le Tulmar arrive à son apogée, un grand prêtre est chargé d'utiliser toute cette formidable magie afin de rassembler tous les Iskasils de la ville et de les envoyer dans une autre dimension.
- Mais tu penses que cette fois, cela va échouer ?
- Je ne le pense pas, je le sais. Mais ça n'échouera pas comment les fois précédentes, non, cette fois, cet échec ravagera toute la région. Et si c'est le cas, nous allons mourir Bast, nous et tous les habitants de cette ville.
- Qu'est-ce que tu comptes faire, alors ?

  La jeune femme soupira et sortit une longue dague de sa poche. D'abord surpris, Bast l'accepta quand elle la lui remit entre les mains.

- Nous allons dérober au grand prêtre le plus précieux de ses trésors. Nous allons voler le sceptre du soleil.

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Dernière mise à jour de cette rubrique le 12/08/2008
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