CHAPITRE 21 : Red tears under the silver moon

 

  Exténué, Light jeta un ultime regard à son adversaire. Tous les deux gisaient contre le sol, à bout de force. Une flaque de sang se formait lentement sous le ventre de Nefertem.
  Doucement, le cadet des Lumen tourna la tête vers son épée. Il aurait tant voulu la tenir contre lui, avant de rejoindre les ténèbres à jamais...
  Mais sa lame brisée avait retrouvé son aspect initial. Tout comme son propre corps. Le jeune homme ordonna à sa main de se mouvoir, de saisir le manche de son arme. Mais son bras resta obstinément immobile. Autour de lui, tout était en train de s'assombrir, de disparaître...
  Il aurait voulu dire tellement de choses... Délicatement, ses lèvres s'entrouvrirent :

Au revoir Aya. Il aurait tant aimé que ces simples mots s'échappent de sa bouche et que le vent les porte jusqu'à la jeune femme...
  Mais seul un mince filet de sang s'évada de ses lèvres et ruissela le long de son visage. Ses yeux noisette se fermèrent lentement.
  Ray contempla ce spectacle avec effroi.

- Lève-toi, cria-t-il à son coéquipier, allez debout !

  Un fin sourire se dessina sur les lèvres de Light. Il n'arrivait même plus à comprendre les paroles du maître de la foudre, mais cela n’avait pas d'importance, de toute manière. Il sentit juste une main se poser sur son épaule. Et puis... Plus rien.
  Ray secouait son rival, lui intimait de se réveiller, de se relever... Mais rien n'y faisait. Des larmes dévalèrent ses joues... Il ne pouvait pas... Il venait à peine de faire sa connaissance, il ne pouvait pas mourir, pas si tôt ! Pas déjà ! C’était ridicule, aucun personnage important ne mourrait dès sa première apparition, dans un roman !
  Soudain, un bruit attira l’attention de l’adolescent qui se retourna brusquement. Nefertem se tenait debout, face à lui. Son bras droit enserrait la plaie saignante de son ventre.
  Quelques-unes des étincelles rouges qui dansaient autour de lui se dirigèrent soudain vers la blessure et fusionnèrent avec elle, jusqu'à la refermer complètement. Cette opération ne dura qu'une poignée de secondes. Dans les airs, il restait presque autant de particules flamboyantes qui flottaient doucement. Ray se releva et serra les poings.

- J'ai été imprudent, reconnut Nefertem. Je n'aurais jamais pensé que son sortilège augmenterait à ce point ses forces. Au final, ce fut lui, le plus surprenant. Il a failli m'avoir. Sa lame avait commencé à pénétrer ma chair lorsque sa technique a pris fin. S'il avait réussi à tenir une seconde de plus, je serai peut-être mort.

  Mais Ray ne répondait rien. Son souffle s'était accéléré ses paupières restèrent closes sur son visage baissé. Son aura augmentait. Sensiblement, de seconde en seconde. Son front devenait de plus en plus lumineux et la foudre commençait à grésiller autour de son corps.

- Tiens donc, tu es capable d'utiliser à nouveau ce sortilège ? Serait-ce un effet de la colère ?
- Tais-toi... Je ne supporte plus tes paroles... Le simple fait d'entendre ta voix rebute chaque pore de ma peau...

  Il tendit son bras dans la direction de son adversaire. Les rayons qui tourbillonnaient autour de lui se rassemblèrent au creux de sa main. Dans son esprit, la barrière de verre semblait sur le point d'éclater, étouffée par les veines rouges qui la striaient.

- Light l'avait dit. Il ne quittera pas ce monde seul. Meurs... Meurs !

  Mais soudain la foudre qu'il rassemblait s'éparpilla. Ray ploya et posa un genou au sol tandis qu'il se mordait les lèvres pour ne pas crier. Le symbole sur le front le brûlait, le déchirait de l'intérieur... Ce symbole maudit, ultime rempart qui le séparait du pouvoir absolu... Comme il aurait voulu le briser, le détruire, l'anéantir définitivement...
  Calmement, Nefertem le regarda se redresser en nage. Une fois de plus, l’aura du Tisseur avait soudainement baissé. Mais à présent, tout était terminé. Elle ne se relèverait plus.

- C'est la Marque, commenta calmement l'adepte de la Confrérie. Il semblerait qu’elle refuse d’obéir à ta volonté, que quelque chose la retient. C'est pourquoi tu es si faible, maître de la foudre.
- Tu savais qui j'étais depuis le début ? Pourtant il doit y avoir pas mal de Tisseurs qui ont le même pouvoir que moi...
- Ce n’était pas bien difficile de deviner. Valentina et Danra m'ont parlé de toi. Ils t'ont décrit comme un adolescent aux pouvoirs ridicules ne méritant absolument pas son titre et qui, sous le masque d'une assurance exacerbée, renfermait en réalité une âme craintive et apeurée, perpétuellement en quête de pouvoir et de reconnaissance.
- Pas très élogieux, comme portrait... Ce symbole sur ton front, tu penses donc que c'est le même que celui que je possède ?
- Tout à fait. La marque de l'Epée est réservée aux élus, ceux qui ont été choisis par Excalibur pour accomplir sa divine volonté.
- Oh, malgré tout ce que tes copains m'envoient à la gueule, ils me considèrent comme un élu divin ? C'est flatteur, vraiment !
- Il arrive néanmoins que certains ne soient intéressés que par leurs propres intérêts et que même avec le soutien de la Marque, ils restent trop faibles pour servir Excalibur.
- Ce qui est mon cas ?
- Les ordres qui m'ont été donnés sont clairs : « Si tu croises le maître de la foudre, teste-le. Et s'il est incapable de rester en vie, cela signifie qu’il est inutile que nous nous encombrions de sa présence. »
- Ce qui veut dire que je n'aurai pas droit à un quelconque traitement de faveur, pour ce combat ?
- Ce combat est terminé. Tu es à ce point indigne du don qui t'a été fait que la Marque elle-même refuse de t'offrir son soutien, ce que j’aurais pourtant cru impossible. Il est maintenant temps d'en finir.

  Il se contenta de tendre un index meurtrier dans sa direction. Les étincelles qui dansaient autour de lui commencèrent à toutes se réunir devant son doigt.

- Tu avais raison sur un point, tout à l'heure, lâcha Nefertem. Ton ami ne quittera pas ce monde seul.

  Ray contempla, impuissant, le faisceau lumineux, plus large que lui, se dirigeait à toute vitesse vers son propre corps. Il ne pourrait pas l'éviter. Il était en nage et ne parvenait plus à bouger le moindre muscle. Cette barrière... Tout était la faute de cette barrière, c'était elle qui le paralysait, elle qui l'empêchait de devenir plus fort…
  Il ferma les yeux, conscient de son échec, conscient qu'il avait eu la possibilité d'ouvrir des milliers de porte qui l’auraient mené jusqu’aux secrets les plus grands et les plus obscurs, mais qu'il n'avait pas eu le temps d'entrouvrir la première d'entre elles.
  Il attendit que le rayon létal heurte son corps et fauche sa vie. Il était prêt. Il avait toujours su qu'il mourrait tôt ou tard contre un adversaire trop fort pour lui, il avait simplement espéré chaque jour que cela ne se produirait que le lendemain.
  Il attendit, mais rien ne vint. Alors, il se risqua doucement à ouvrir un œil.
  Daedra se tenait devant lui, épée en main, un léger sourire flottant sur les lèvres :

- Désolé, je suis un peu en retard, mais la cavalerie est enfin arrivée.

*


  Près de la falaise, le temps semblait avoir figé son cours immuable. Tous les regards étaient posés sur le corps immobile d'Enishi, qui se vidait de son sang. Personne ne savait quoi dire ni quoi faire, tant leur stupéfaction à tous était grande.
  Finalement, Denwen rappela sa lame de vent d'un geste du poignet, avant de déclarer :

- J'aurais jamais cru que ce boulet serait capable de donner sa vie pour protéger l'un de ses amis...
- La... La ferme, connard...

  Enishi cracha un peu de sang devant lui. Il avait à peine la force de parler. Il savait qu'il ne devrait pas le faire parce que ça ne ferait qu'accélérer l'heure de sa fin, mais de toute manière, tout était déjà terminé. Sans lui, ses amis n'avaient aucune chance de gagner. Ils allaient tous mourir dans quelques instants, alors avant que ce soit le cas... Avant que ce soit le cas, il devait dévoiler à tous la stratégie perfide de son adversaire :

- Il... Il m'a bien eu, l'enfoiré... J'ai... J'ai tout de suite compris que quand il a regardé Ice, c'était... C'était une feinte, qu'il allait attaquer Aya... Alors je me suis devant lui pour être sûr de ne pas... De ne pas me prendre un coup et de venger Aya, seulement... Seulement il a feinté de faire une feinte pour ensuite véritablement attaquer Ice... Ce gars... Ce gars est un monstre...
- En fait, il aurait mieux de la fermer, au moins on aurait tous cru qu'il était mort honorablement pour sauver son ami, mais non, il était tellement con qu'il a cru être lâchement à l'abri en se mettant là.
- Ta gueule, connard...
- Bon, je t'achève et on n'en parle plus, d'accord ?

  Sa lame invisible s'étira à nouveau, visant la tête d'Enishi, mais soudain changea de direction et devint flamme, projetant sa lumière éclatante sur l'ombre qui filait vers lui. Aya serra les poings : elle avait espéré profiter de l'inattention de son adversaire pour l'attaquer à nouveau, mais il était plus vif qu'elle ne l'aurait cru. Elle roula sur le côté pour éviter le fouet enflammé.
  Denwen, au contraire, paraissait plus réjoui que jamais et son sourire s’allongea un peu plus :

- Non, qu'est-ce que vous croyez ? Que vous avez encore un quelconque espoir ? Vous êtes vraiment aussi cons que ça ou vous le faîtes exprès ? Vos sortilèges sont soit trop faibles, soit trop faciles à déjouer, mais vous espérez quand même pouvoir vaincre mon invincible épée ? Vous m'attaqueriez avec des cure-dents que ça serait pas plus difficile de vous affronter ! Faut revenir à la réalité les gars, on a pas du tout le même niveau ! D'ailleurs ce combat m'ennuie beaucoup trop, je crois qu'il est temps d'en finir.
- Tu te répètes, lui lança Aya, tu as déjà dit ça y'a cinq minutes et pourtant, nous sommes toujours là !
- Tu as raison, ma bonté me perdra...

  Et il abattit son fouet, qui s'élança vers... Ice. Ce dernier écarquilla brusquement les yeux, stupéfait d'être pris pour cible, et dressa son épée devant lui pour se protéger.
  Seulement la langue de feu, au lieu de frapper l’arme du pauvre Tisseur, bifurqua soudain et contourna le jeune homme pour venir l’attaquer dans le dos. Le maître de l'eau n'eut que le temps de se baisser et de rouler sur le côté, mais déjà, les flammes formaient un cercle meurtrier autour de lui, lui interdisant ainsi toute retraite.
  Un tentacule se dressa au-dessus de cette barrière ardente, tel un serpent qui observerait une dernière fois sa proie avant de s'élancer. Ice grimaça : il n'y avait pas assez d'eau autour de lui pour envoyer un Maryoku. Il était bel et bien pris au piège...
  Aya invoqua un serpent géant qui se précipita sur la barrière de flammes pour la briser. Mais à peine essaya-t-il de s'approcher qu'un autre tentacule émergea et le mordit, transformant le reptile aux écailles violettes en un gigantesque brasier.
  Puis la barrière se referma sur Ice.

*


  Ray, immobile, contemplait l'épée de Daedra. Il n'en avait encore jamais vu de pareille : sa lame était d'une blancheur égale à celle de Light, son manche d'un bleu azuré étincelant. Toutefois à son extrémité se trouvait, non pas un pommeau, mais une autre lame, identique à la première.
  Daedra soutenait cette puissante épée de sa seule main droite. D'un mouvement vif, il envoya un Maryoku devant lui, que Nefertem trancha sans difficulté.

- Plutôt résistant, le bonhomme...
- Il a été capable d'endurer les Maryokus de Light sans brocher et depuis que cette marque brille sur son front, il semble encore plus puissant...
- J'ai senti une aura extraordinaire, durant un court instant. Light a utilisé les larmes du firmament, n'est-ce pas ?
- Oui, et c'est à cause de ça qu'il est...
- Ce sort ne tue pas celui qui le lance. Il prélève ses forces jusqu'à leur extrême limite, mais il ne le tue pas. Par contre, son corps doit être saturé de magie, il ne pourra pas envoyer un simple Maryoku avant plusieurs jours, lorsqu'il reprendra connaissance.
- Qu'est-ce que je peux faire ?
- Prends-le avec toi et éloignez-vous. Je ne pourrai pas affronter ce monstre tout en vous protégeant. Partez le plus loin possible, mettez-vous à l'abri.

  Ray hocha la tête et passa les bras de Light autour de son cou, avant de s'éloigner lentement. Nefertem ne fit pas un geste pour le retenir. Il se contentait de fixer Daedra, calmement.

- Tu n'essayes même pas de les arrêter ?
- Ce sont des lâches. Ceux qui s'inquiètent de leur vie, sur un champ de bataille, ne méritent même pas de mourir.
- Personnellement, je me passerai d'un tel honneur !
- A quoi bon craindre la mort ? Notre vie n'est qu'un cycle infini, tôt ou tard nos corps tomberont en poussière et nourriront des insectes, qui à leur tour nourriront des animaux plus gros qui eux-mêmes nourriront d'autres prédateurs. On ne meurt jamais, on se contente de changer.
- Dans ce cas vas-y, je te laisse la chance de changer le premier !
- Montre-moi si tu es capable d'avance l'heure de ma métamorphose.

  Nefertem ouvrit alors la main : Les poussières lumineuses qui flottaient autour de lui se rassemblèrent pour former sept billes d'un rouge étincelant.
  Daedra fronça les sourcils tandis que ces sphères minuscules volaient vers lui et commençaient à l'entourer.
  Et soudain, Nefertem referma la main. Au même instant, chacune des billes cracha un épais rayon lumineux. Daedra écarquilla les yeux et, dans un mouvement aussi fluide que vif, bloqua chacun des rayons de ses lames, avant d'envoyer un nouveau Maryoku sur son adversaire et de rouler sur le côté.
  L'homme en noir détruisit le croissant d'énergie du tranchant de la main, mais déjà, le combattant d'élite était à ses côtés : sa lame s'abattit sur l'avant-bras de Nefertem, sans parvenir à pénétrer sa chair.

- Tu arrives même à résister à la morsure d'une épée ? Chapeau !
- Trop lent. Tu es beaucoup trop lent.

  Daedra écarquilla soudain les yeux et bondit sur le côté. Cinq pieux énergétiques, d'un rouge sang, se figèrent là où il se trouvait un instant plus tôt, avant de se désagréger et de reprendre sur leur danse silencieuse autour de leur propriétaire.
  Le combattant d'élite soupira : il aurait voulu éviter d'en arriver là si rapidement. Mais il savait qu'il ne pourrait rien faire contre un tel adversaire s’il se contentait des moyens conventionnels. Il lui fallait absolument créer une ouverture et s'y engouffrer. Et pour cela, il allait devoir employer des sortilèges qui sortaient de l'ordinaire...
  Le jeune homme raffermit sa garde et plongea ses yeux dans ceux de son adversaire. Soudain, son corps se mit à trembler, agiter de légers frissons, à peine perceptible. Un long cri guttural s'échappa de sa gorge. Même l’air autour de lui semblait frémir...
  Et puis sa peau toute entière prit une étrange couleur rouge, lumineuse. Même ses cheveux s'adaptèrent, étincelant d'une teinte rougeoyante. La puissance qui se dégageait de son aura venait quant à elle de monter en flèche...

- La rage du Bersecker !

  Puis Daedra se jeta contre son adversaire. Nefertem, surpris par une sauvagerie si subite, repoussa la lame du combattant d’élite d'un geste sec, mais il sentit la douleur se répercuter dans tout son corps, alors que déjà, la seconde lame s'approchait de son torse. L'homme en noir se pencha en arrière pour l'éviter et contre-attaqua immédiatement en envoyant un mince rayon d'énergie sur son ennemi, qui traversa sa hanche sans déclencher la moindre réaction. Au contraire même, les attaques du Tisseur redoublèrent d'intensité. Au bout de quelques secondes supplémentaires, Nefertem dut battre en retraite et bondir en arrière, mais Daedra ne lui laissa pas la moindre chance et envoya un croissant d'énergie rouge devant lui. Une partie des poussières lumineuses qui flottaient se rassemblèrent et formèrent une sphère gigantesque, qui cracha un rayon énergétique de la taille d'un homme. Le Maryoku fut brisé mais Daedra parvint à bloquer de sa lame le reste du faisceau meurtrier. Il grogna, réunit ses forces et le projeta vers les cieux étoilés, avant de s'élancer à nouveau sur Nefertem. Ce dernier tendit son index dans la direction de son adversaire : quelques-unes des particules rouges se rassemblèrent devant et envoyèrent un fin rayon d’énergie, qui effleura l'épaule de Daedra, lui arrachant une partie de sa peau, sans que ce dernier ne ralentisse sa course. Sa lame s'abattit alors sur Nefertem, qui l’emprisonna de sa main droite pour arrêter sa course meurtrière. Quelques gouttes de sang ruisselèrent alors le long de la lame immaculée. L'homme en noir écarquilla les yeux et bondit en arrière, mais déjà Daedra se jetait à nouveau sur lui et son épée mordit son torse, y laissant une profonde entaille qui traversait sa poitrine de long en large. Lorsque les pieds de Nefertem touchèrent à nouveau le sol, ce dernier essaya de reprendre son souffle avant de s'apercevoir que son adversaire levait sa lame vers les étoiles. Le Tisseur rassembla toutes ses forces et envoya un Maryoku gigantesque devant lui.
  Sa peau reprit sa couleur naturelle. Son souffle s'accéléra et ses muscles se relâchèrent. Mais toute la force prodigieuse qu'il avait rassemblée se dirigeait à présent vers l’adepte de la Confrérie.
  Les particules lumineuses se rassemblèrent et formèrent à nouveau un cocon protecteur autour de Nefertem. La collision entre les deux corps énergétiques fut si rude que la terre trembla sous le choc.
  Une première goutte de sang tomba et heurta silencieusement le sol. Puis d'autres vinrent la rejoindre, encore et encore. Nefertem essuya la plaie qui coulait sur son front. Son bouclier avait cédé. Il avait réussi à contenir la majeure partie de l'attaque, mais il avait cédé...
  Quelques-unes unes des particules qui flottaient encore autour de l'homme en noir plongèrent vers ses plaies pour les refermer, jusqu'à ce qu'il ne reste plus une seule goutte de sang sur son corps.
  Daedra se redressa. Il avait espéré que son attaque aurait plus d'effet, mais elle avait au moins eu le mérite de prouver que son adversaire n'était pas invincible. Jovialement, il lui lança :

- Alors, ça fait quoi de s'apercevoir que sa défense n'est pas si imprenable que ça ?
- C'était un sortilège redoutable que tu viens d'employer. Non seulement il décuple toutes tes capacités physiques, mais il te rend également insensible à la douleur.
- Tu as tout compris du premier coup, bien joué !
- Mais tu n'as pas réussi à m'achever. Ce qui signifie qu'à présent, la douleur des blessures que je t'ai infligées se répercute dans tout ton corps, en plus de la fatigue qui te paralyse déjà. Un bref instant, l'avantage fut dans ton camp, je te le concède, mais maintenant, c'est terminé.
- Tu parles beaucoup, pour un gars si inexpressif ! Il me semble que tu me catalogues mourant bien vite, je suis encore capable de bouger, tu sais ?
- Je vois de qui le cadet des Lumen tient cette attitude effrontée.
- N'exagérons rien, Light est tout de même bien au-dessus de moi en matière de fanfaronnades !

  Nefertem soupira et tendit la paume de sa main face à son adversaire. Aussitôt, les particules qui l'entouraient se rassemblèrent à nouveau, jusqu'à former une boule d'énergie rouge.
  Daedra sourit. Une aura blanche et bleue s'éleva autour de son corps, comme un gigantesque brasier qui s'éveillerait soudain.
  Nefertem envoya une salve de rayons énergétiques. L'épée et le corps de Daedra s’animèrent alors.
  Le Tisseur semblait danser et virevolter, ses lames tournoyaient et paraient chaque rayon à une telle vitesse qu'on aurait pu croire que ce spectacle féerique n'était qu'une gigantesque chorégraphie montée de toute pièce. Le combattant d'élite paraissait incapable d'arrêter sa danse et, vif comme l'éclair, bloquait chacun des sortilèges de son adversaire tout en se reprochant de lui, jusqu'à ce que son épée s'abatte pour de bon.
  Le bras de Nefertem se dressa et empêcha la lame de son adversaire de continuer sa course. La pluie de rayons énergétiques s'arrêta alors et l’homme en noir plongea son regard dans celui du Tisseur. Une goutte de sang coula le long de la lame blanche de ce dernier, qui lui lança malicieusement :

- C'est tout ? Et bien, tu n'es pas très rapide !
- Ton aura a disparu dès que tu t'es immobilisé. N'aurais-tu donc aucun autre pouvoir que celui d'augmenter ta force ?
- Disons que je suis plutôt spécialisé dans le maniement des armes. Et toi, qu'attends-tu pour dégainer la tienne ? Ca t'éviterait de saigner chaque fois que je t'effleure, tu sais !
- Nous aurions tous deux beaucoup trop à perdre si je devais tirer mon sabre de son fourreau. Tu es habile, je dois le reconnaître. Mais contre moi, cela ne sera pas suffisant.

  Et à cet instant, il disparut. D'un mouvement fluide et rapide, Daedra se baissa tout en se retournant. Un rayon énergétique fila au-dessus de sa tête, tandis que son adversaire restait immobile, quelques mètres derrière lui, son index tendu dans sa direction.
  A nouveau, les particules rouges qui flottaient autour de lui s'unirent pour former de longs pieux fins et acérés, qui s'élancèrent vers le combattant d'élite.
  Daedra inspira longuement. Et soudain, son épée se réveilla : elle se mit à tournoyer sur elle-même à une telle vitesse que ses deux lames donnaient l'impression de ne plus être qu'une, réunies en un disque immaculé et meurtrier, qui broya impitoyablement tous les projectiles qui s'approchèrent de lui, avant de terminer sa course au-dessus de l'épaule de Daedra, dans une pose des plus impressionnantes qui permit également au Tisseur de reprendre un instant son souffle.
  Son mouvement reprit alors et s'accéléra un peu plus, les deux lames envoyant devant elles un disque d'énergie, d'un bleu translucide, qui fila à toute vitesse sur Nefertem. Ce dernier n'eut que le temps de se protéger le visage à l'aide de son avant-bras : le terrible sortilège heurta sa peau et y laissa une marque rouge. Aussitôt, Daedra stoppa son mouvement et sa respiration se fit plus hachée.

- C'était un Maryoku, lui demanda Nefertem, n'est-ce pas ?
- Bien deviné ! En faisant tourner mon épée à une vitesse très élevée, je transmets ce mouvement à mes Maryokus, ce qui les rend plus rapides et plus tranchants. Alors, tu ne penses toujours pas avoir besoin de ton sabre ?
- Toujours pas.

  Et il disparut à nouveau. Aussitôt, l'aura flamboyante de Daedra se raviva et son corps commença à virevolter alors que son épée brisait les minces rayons que lui envoyait son adversaire.
  Dès que Nefertem s'aperçut que l'épée tournoyante du Tisseur n'était plus qu'à quelques centimètres de son adversaire, sa main s'élança et saisit l'une des lames immaculées. La danse mystérieuse de Daedra s’arrêta immédiatement et son regard s'assombrit, accompagné d'une gravité inhabituelle chez lui :

- Arrêtons ce petit jeu, maintenant. Dégaine ton arme.
- Je te l'ai déjà dit, nous aurions tous deux bien trop à perdre si je m'exécutais. Mieux vaut qu'elle reste dans son fourreau.
- Si tu refuses de me combattre sérieusement, je t'y forcerai.
- Ne sois pas absurde. Tu es un guerrier très doué, c'est indéniable. Mais si je sors mon sabre, je peux t'assurer que cela ne fera qu'abréger le sursis que je t'accorde. A l'instant même où tu t'es opposé à moi, tu as scellé ton destin. Ce "petit jeu", comme tu dis, je te l'offre pour que tu puisses profiter pleinement des derniers moments de ta vie, car ton esprit est la seule chose qui ne se métamorphosera pas lorsque ton corps tombera. Fais bon usage de ces ultimes instants, à la place de me supplier bêtement de t'achever si vite.
- Parce que tu es persuadé de me vaincre ? Pour l'instant, tu n'en mènes pas large, il me semble !
- Tu as déjà du mal à reprendre ta respiration, tu n'as pas encore récupéré de ton premier sortilège. Mais ce n'est qu'un détail parmi tant d'autres. La seule chose qui importe, c'est que ton pouvoir est inférieur au moins. Tu ne pourras pas gagner.
- Et bien, je te propose de mettre ta théorie à l'épreuve, dans ce cas !

  Nefertem lâcha l'épée de Daedra et bondit en arrière. Le Tisseur recommença alors à tourner le poignet, faisant osciller ses lames jusqu'à ce qu'elles ne deviennent qu'un disque d'une blancheur immaculée. Trois Maryokus circulaires s'élancèrent alors sur l'adepte de la Confrérie.
  Qui disparut à cet instant. Sans même se retourner, Daedra tendit sa lame vers l'arrière : elle bloqua la main de son adversaire, devenue flamboyante. Nefertem s'élança alors dans les airs pour éviter la riposte de son adversaire.
  Ce dernier se contenta de pointer son épée dans sa direction, inclinée à l'horizontale.

- Soufflez, demanda-t-il, soufflez, ô mes lames.

  Et les deux lames se transformèrent alors en une vague d'énergie qui percuta Nefertem avec toute la violence dont elles étaient capables.

*


  Denwen sourit et rappela ses flammes à lui. La barrière se déroula de manière à reformer un simple fouet. Puis le paladin observa le résultat de son attaque dévastatrice.
  Il n'y avait rien. Pas la moindre trace de sa proie. Sidéré, l’adepte de la Confrérie regarda autour de lui.
  Ice se tenait à quelques mètres de là, le souffle court, apparemment tout aussi surpris d'être encore en vie. Et soudain, une voix amusée s'éleva dans le dos du paladin :

- Pas mal ton attaque, mais un peu lente, quand même !

  Immédiatement, le jeune homme se retourna. Derrière lui se tenait un homme d'une quarantaine d’années, vêtu d'une horrible tenue verte, aux cheveux poivre et sel broussailleux et à la barbe mal rasée. Ce dernier se contenta de lever son épée dans la direction du paladin :

- Bon, je n'ai plus beaucoup de temps devant moi, alors si on en finissait tout de suite ?
- C’est toi qui vient de le sauver ?
- Bah oui, c'était pas difficile, je n'ai eu qu'à briser ta barrière d'un coup d’épée, pénétrer à l'intérieur, prendre le garçon et en ressortir.
- T'es qui toi, pour faire ça ? Un autre Tisseur ?
- A la retraite, un Tisseur à la retraite, nuance. Mais bon, apparemment, le Conseil ne peut pas encore se passer de moi !
- Pas de chance pour toi, je déteste les vieux frimeurs, alors je vais t'éclater immédiatement.
- Hé, je ne suis pas vieux ! Je n'ai que 41 ans !

  Mais Denwen ne répondit rien. Son fouet claqua et s'élança dans la direction de son nouvel adversaire. Ce dernier soupira et se décala tranquillement d'un pas sur le côté un instant juste avant d'être touché. La langue de feu bifurqua soudain pour se précipiter à nouveau vers lui, mais le Tisseur la trancha d'un simple coup d'épée, envoyant au passage un Maryoku qui détruisit la moitié de l'arme du paladin.
  Furieux, Denwen changea l'élément de son épée qui devint vent, lançant narquoisement à son adversaire :

- Et une lame de vent, t’arriveras peut-être à la parer ? Prends donc ça !

  Dorol se contenta de tendre son épée devant lui : la lame invisible fut stoppée par la sienne et toutes deux se bloquèrent mutuellement, ce qui ne sembla pas demander beaucoup d'effort à l'ancien Tisseur puisqu'il bailla de manière fort exagérée.

- Co... Comment t'as fait ça ?
- Facile. Même si le vent est invisible, mais tu le maîtrises avec quoi, à ton avis ? Il me suffit de savoir où se trouve ta magie pour pouvoir localiser ta lame et la parer avec la mienne. C'est simple comme bonjour, enfin !
- Impossible... Personne... Personne ne peut sentir une aussi faible quantité de magie quand il y a autant d'auras à côté qui parasitent la perception !
- Faut bien croire que si, surtout que je suis pas franchement un spécialiste en la matière. Bon, maintenant, si on passait aux choses sérieuses ?

  Dorol sourit et, soudain, disparut. Denwen écarquilla les yeux et transforma son épée pour en faire une lame de roche, prêt à parer la prochaine attaque.
  Mais elle ne vint pas. Son adversaire était agenouillé aux côtés de Kin, qui avait déjà perdu connaissance. Une boule d'énergie, violette, brillait dans sa main, qu'il appliqua sur le torse du jeune Tisseur.
  Aussitôt, le corps du jeune homme perdit toute couleur et toute vie pour ne devenir qu'une statue en noir et blanc. Même son sang avait cessé de s’échapper de ses plaies. L'ancien Tisseur se redressa :

- Bon, ça devrait tenir quelques heures.
- Hé, mais qu'est-ce que tu fous ?! On est en train de se battre, je te rappelle, t'as pas à te préoccuper de la santé des autres sur un champ de bataille !
- Pour qu'on se batte, il faudrait déjà que t’arrives ne serait-ce qu’à me menacer légèrement, pour l'instant c'est pas franchement le cas...

  Une grimace furieuse défigura le visage de Denwen, qui envoya la lame de son sabre aqueux droit sur son adversaire. Mais ce dernier disparut avant d'être touché et réapparut aux côtés d'Enishi, utilisant sur lui le même sortilège avant de se relever à nouveau et de lancer aux deux autres Tisseurs :

- Pour leurs corps, le temps vient de se geler, ils ne pourront pas mourir d'une hémorragie avant que cesse mon sortilège. Mais je ne suis pas un spécialiste de l'art des sceaux, donc je ne peux pas les soigner, ce sera à vous de trouver une solution.
- ARRÊTE DE TE FOUTRE DE MOOOOOOOOOOOOOI !

  Le fouet ardent de Denwen sembla à cet instant devenir fou : il tourbillonna et frappa sans raison, comme agité par une démence absolue, fauchant tout ce qui dressait devant lui dans l'espoir de toucher l'ancien Tisseur.
  Mais ce dernier disparaissait et réapparaissait sans cesse plus loin, insaisissable. Ni les cris de colère du paladin ni la frénésie de ses attaques ne semblaient pouvoir l'atteindre. Il se déplaçait tellement vite qu'il semblait être partout à la fois, à tel point que même Praek aurait paru lent face à lui. Ni Aya ni Ice n'arrivaient à en croire leurs yeux. Encore moins Denwen.
  Lorsque ce dernier fut à bout de souffle, son fouet s'immobilisa et retomba contre le sol. A cet instant, la lame de Dorol se figea dans sa poitrine.
  Le temps sembla s'arrêter. Cet ennemi invincible, contre lequel les Tisseurs avaient en vain multiplié toutes les attaques et les stratégies possible, venait d'être vaincu. Une simple attaque avait suffi pour que tombe cet adversaire qui leur avait si longtemps semblé invulnérable...
  Denwen regarda cette lame figée dans sa poitrine, les yeux exorbités. Il ouvrit la bouche pour parler, mais seul un flot de sang réussit à s'en échapper. La marque sur son front disparut alors, immédiatement accompagnée de son épée élémentaire. Dorol retira lentement son arme du corps de son adversaire défait. Ce dernier s'écrasa contre le sol sans un mot.

- Même pas drôle, se contenta d'ajouter l'ancien Tisseur.

  Aya et Ice ne pouvaient que le fixer silencieusement, trop sidérés pour ajouter un mot. Ce duel avait si court, si facile pour leur nouvel allié...

- Bon, déclara Dorol, faisons vite, je n'ai plus que quelques minutes devant moi... Et merde, pourquoi est-ce qu'il m'a fallu autant de temps pour vous retrouver ? Enfin tant pis, ce qui est fait est...

  Il s'interrompit soudain et se retourna vers Denwen. Ce dernier venait de se redresser et de tirer son épée de son fourreau. Aya et Ice auraient cru qu'il s'agissait d'une arme spéciale, mais non, elle était en tout point semblables aux autres : une épée d'énergie, d'un bleu translucide.
  Avec les maigres forces qu'il lui restait, le paladin se rua en chancelant sur son adversaire, dressant son arme vers le ciel étoilé. Dorol soupira et disparut à nouveau.
  Il réapparut devant les deux Tisseurs et rangea son arme dans son fourreau. Denwen lâcha son épée mais, emporté par son élan, continua sa course et tomba du haut de la falaise. Durant la chute, son corps se sépara en deux, tranché au niveau des hanches. Ses deux moitiés heurtèrent brutalement la surface des eaux et disparurent rapidement, englouties par la mâchoire avide de Poséidon...
  Dorol soupira puis regarda les deux jeunes gens :

- Bon, me faut faire vite. Je m'appelle Dorol, je suis un ancien Tisseur et je suis venu ici parce que je savais que vous ne feriez pas le poids contre les dangers de cette île. Voilà pour les présentations. Le seul problème, c'est que pour atterrir sur Nyx, j'ai dû utiliser un ancien artéfact qui me permet de me téléporter où je veux, mais qui me ramène à mon point de départ au bout de 24h. Evidemment, ça fait grosso modo 23 heures et 59 minutes que je suis ici, donc ma venue n'aura pas servi à grand chose, si ce n'est battre ce gamin mal élevé. Je ne pourrai pas revenir sur cette île ensuite, mais je vais tout de même prévenir les vi... Le conseil des sages que la Confrérie est sur place et qu'elle a envoyé deux paladins. Avec ça, vous devriez avoir des renforts dans environ une semaine. Lourdeurs administratives, tout ça... Mais bon, c’est toujours mieux que rien.

  Aya et Ice hochèrent la tête, digérant cette masse d'information le plus rapidement qu'ils le pouvaient.

- Maintenant, puisque vous êtes en état de combattre, l'un d'entre vous pourra amener vos deux amis en sécurité pendant que l’autre ira prêter main forte à Daedra.
- Seul, j'ai bien peur qu'il ne serve pas à grand chose, si son adversaire est d’un niveau au moins égal à celui de Denwen...
- Je pense que je pourrai toujours lui donner un coup de main.

  Sanga surgit de derrière un buisson et regarda ses deux camarades. Dorol lui avait demandé de s'éloigner un peu du champ de bataille le temps du combat, mais à présent, il allait pouvoir aider ses amis.
  Aya hocha la tête et se tourna vers Ice :

- Vas-y avec lui. Moi, je m'occupe d'amener Kin et Enishi en lieu sûr.

  Les deux autres adolescents se regardèrent, hochèrent la tête, puis s'élancèrent vers le théâtre du second affrontement. Dorol soupira de soulagement, ravi d’avoir pu accomplir sa mission, puis disparut dans un éclat lumineux.

*


  La fumée se dissipa lentement. Nefertem se tenait droit et immobile au milieu de ce voile éphémère, qui déjà avait presque disparu.
  L'adepte de la Confrérie ne portait pas la trace d'une quelconque blessure. Sa peau rouge, lumineuse et écailleuse, était intacte. Daedra le regarda en fronçant les sourcils tandis que ses lames se régénéraient :

- Supporter une telle attaque sans broncher, ce n'est vraiment pas à la portée de tout le monde.
- Je t'avais pourtant prévenu. Tu n'as aucun espoir de victoire. Tout ce que tu feras à partir de maintenant ne servira qu'à rallonger de quelques instants ton existence. Rien de plus.

  Le Tisseur raffermit sa garde. Les paroles de son adversaire commençaient à pénétrer dans son esprit et à dévorer lentement l'assurance qui y régnait. Déjà, une partie de lui désirait en terminer avec ce combat désespéré et le suppliait de se rendre.
  Son épée se dressa face à son adversaire. S'il perdait, ses élèves mouraient. Il n'avait pas le droit d'abandonner. Aussi terrifiant que ce soit son adversaire, il n'avait pas le droit d'abandonner.
  A nouveau, son corps tout entier devint rouge. Le combattant d'élite sentit la rage envahir chaque parcelle de son esprit. La véritable rage, celle que même les plus sauvages des animaux sont incapables de ressentir, celle qui révélait ce qu'il y avait de plus bas et de plus monstrueux en l'homme.
  Et cette force abominable était son allié, là où l'homme en noir n'avait que les particules rouges qui s'échappaient de son corps et reprenaient leur danse silencieuse.
  Daedra se rua sur son ennemi et multiplia les coups d'épée. De ses deux doigts, Nefertem les para les uns après les autres, calquant sa vitesse sur celle de son adversaire. Et soudainement, il décida de riposter, lâchant un rayon qui s’engouffra dans le torse du combattant d'élite, perçant une longue fente dans son corps.
  Ce dernier n'y prêta pas la moindre attention. Au contraire, il profita de cet instant pour abattre sa lame : elle s'enfonça de plusieurs centimètres dans l'épaule de Nefertem, avant que ce dernier ne disparaisse.
  Daedra se retourna et quelques gouttes de sang coulèrent le long de sa nuque. L'homme en noir avait profité de sa vitesse décuplée par la célérité pour l'attaquer. Mais la blessure n'était pas profonde, différemment à celle de l'adepte de la Confrérie.
  Dès que les yeux du Tisseur se posèrent sur la silhouette sombre de son adversaire, il s'élança, concentrant toutes ses forces dans sa lame. La rage du Bersecker n'était pas un sortilège ordinaire, il ne se contentait pas d'augmenter sa puissance et de le rendre insensible à la douleur, il lui donnait également la possibilité d'évacuer tout le pouvoir qu'il avait accumulé en un seul coup. De brûler, en un bref instant, toute sa puissance pour porter à son adversaire une attaque dont la force destructrice resterait à jamais incommensurable.
  Nefertem tourna la tête vers le combattant d'élite. Il arrivait sur lui beaucoup trop rapidement pour lui laisser le temps de concentrer à nouveau les particules lumineuses sous son épiderme et la célérité était un sortilège beaucoup trop épuisant pour le répéter une seconde fois en un si court intervalle.
  Si une telle attaque atteignait l’adepte de la Confrérie, même lui, il serait incapable d'y survivre. Jamais le Shintaisen ne pourrait lui permettre de parer un coup aussi meurtrier.
  Daedra hurla et sa lame s'abaissa sur l'homme en noir. A cet instant, son corps rejeta tout : le pouvoir de son sortilège, la fatigue qu'il avait accumulée, la volonté inébranlable qui l'agitait. Et tout cette incroyable puissance fut absorbée par l'épée du combattant d'élite, qui fondit sur son ennemi.
  Une lame dorée l'arrêta.
  Stupéfait, à bout de souffle, Daedra contempla le long sabre de son adversaire qui venait finalement de s'éveiller. Nefertem resserra sa prise sur son arme et soupira :

- Puisque tu tenais tant à voir mon arme, admire-la donc. Mais fais vite, car elle prendra ta vie sans tarder.

  Et l'homme en noir repoussa son adversaire. Un instant, Daedra crut voir la silhouette d'un dragon gigantesque se dessiner autour de son adversaire. Mais il n'eut pas le temps de s'en assurer, car son corps s'éleva dans les cieux avant de heurter violemment un tronc d'arbre, qu'il traversa dans un hurlement de douleur. Lorsque le Tisseur s'écrasa contre le sol, il cria à nouveau tout en crachant un peu de sang au-dessus de lui.
  Il n'eut pas le temps de se relever. La silhouette sombre et imposante de Nefertem apparut soudain face à lui, masquant la lumière de la lune. Lentement, ses lèvres s'ouvrirent et déclarèrent :

- C'est terminé, maintenant. Ton dernier sortilège a poussé ton corps dans ses derniers retranchements. Et même si ce n'était pas le cas, même si par miracle tu parvenais à nouveau à te redresser et à te tenir face à moi, tu n'aurais plus aucune chance. Par ta faute, mon sabre vient de s'éveiller. Et pour cela, il demande réparation.

  Un instant, la lune argentée se refléta sur la lame dorée du membre de la Confrérie. Elle s'abattit alors et percuta l'épée du combattant d'élite, qui fut rapidement entourée par un brasier blanc et bleu. Doucement, Daedra se releva. Et ses lames commencèrent à tournoyer, et son corps à virevolter.
  Avant d'être stoppé par un éclair doré accompagné d'un long hurlement guttural qui n'avait rien d'humain. Le sabre de Nefertem venait, non pas de trancher sa hanche, mais de l’arracher. Daedra cracha du sang devant lui alors que son aura disparaissait subitement.

- Tu as déjà fait ce sortilège. Il est puissant, je le reconnais, mais tu m'as déjà montré son talon d'Achille. Quel genre de vétéran prétends-tu être pour oser employer à nouveau contre moi une technique dont je connais déjà la faille ?

  Daedra ne répondit rien. Il souffrait et employait toutes ses forces à ne pas tomber, à ne pas s'évanouir. Il n'aurait jamais dû employer deux fois la rage du Bersecker en si peu de temps, il en avait parfaitement conscience, mais c'était le seul sortilège qui avait un tant soit peu d'efficacité contre son adversaire.
  Subitement, les particules lumineuses autour de Nefertem se figèrent, puis convergèrent toutes vers sa lame, qui les absorba goulûment, avant de luire à son tour d’une effrayante lueur rouge. Daedra écarquilla les yeux tandis que l'homme en noir laissait s’échapper un nouveau soupir :

- Je t'avais prévenu. A l'instant même où je dégainai mon sabre, ton destin fut fixé. Il n'y a plus d'échappatoire, plus de miracle possible. Même si un nouvel allié venait d'apporter son soutien, cela ne ferait que repousser ton inéluctable extinction. Je ne peux plus revenir en arrière. Tu m'as forcé à libérer mon sabre, il doit te dévorer. Il n'y a pas d'autre solution.

  Daedra abaissa ses paupières. La douleur parcourait son corps tout entier, il arrivait à peine à rester conscient. Il perdait trop de sang, beaucoup trop de sang, de sa plaie béante à la hanche. Un demi-cercle de plus de dix centimètres de rayon, duquel sa vie s'échappait précipitamment. Le combattant d'élite ne voyait plus qu'une seule solution...
  Son corps devint rouge. Pour la troisième fois depuis le début de ce combat, la rage du Bersecker décupla ses forces et anéantit toute douleur en lui tandis qu’il se redressait.
  Nefertem soupira, las, et leva sa lame pour parer celle de son adversaire. En quelques secondes à peine, ils échangèrent des dizaines et des dizaines de coups avec une habilité et une rapidité surhumaine. Tout spectateur qui aurait assisté à cet assaut aurait cru que les protagonistes possédaient quinze bras, tant leur vitesse paraissait stupéfiante.
  Grâce à l'aide de son sortilège, la force de Daedra dépassait largement celle de Nefertem. Mais le sabre lumineux de ce dernier semblait capable d'absorber n'importe quel coup sans frémir. Les deux adversaires, d'un accord tacite, bondir en arrière et se jaugèrent à nouveau.

*


  Sanga et Ice couraient, ils brûlaient toutes leurs forces pour augmenter leur vitesse, encore et encore. Le bruit de l'affrontement titanesque qui opposait le combattant d'élite à un membre de la Confrérie résonnait jusqu'à leurs oreilles. Ils n'étaient plus très loin à présent, ils arrivaient même à percevoir des éclats lumineux au loin, derrière les arbres et les buissons.
  Ice trébucha et s'écroula contre le sol. Il n'avait pas encore récupéré toutes ses forces, après avoir invoqué la puissance du leviathan. Sanga se tourna dans sa direction pour l'aider à se relever, mais le maître de l'eau lui cria :

- Ne te préoccupe pas de moi ! Dépêche-toi de rejoindre Daedra, on y est presque ! J'arriverai dans un instant !

  Sanga hocha la tête et reprit sa course.

*


  La lame lumineuse de Nefertem brisa un Maryoku sans que cela ralentisse sa course et s'abattit sur Daedra, qui se pencha sur le côté pour éviter d'être fauché par un tel coup. Aussitôt, il riposta en visant le crâne de son adversaire, mais l’adepte de la Confrérie se baissa pour éviter la pointe de la lame meurtrière et rabattit son sabre vers son adversaire. Le Tisseur sauta en arrière pour l'éviter à nouveau : la lame rouge passa sous son corps tandis qu’il tournoyait dans les airs, mais ne put l'atteindre.
  Lorsque le combattant d'élite retomba sur la terre ferme, il s'aperçut que plusieurs rayons énergétiques se dirigeaient vers lui. Il bondit à nouveau dans les airs pour les éviter.
  Daedra n'en pouvait plus. Il était à bout de force. Sans le secours de la rage du Bersecker, il se serait évanoui depuis longtemps, il le savait pertinemment. La puissance de son ennemi était colossale, il n'en avait encore jamais affronté de semblable... Brusquement, il décida de lever sa lame blanche vers les cieux étoilés. Il n'avait plus le choix, à présent. Il ne tiendrait pas une minute de plus. Il lui fallait envoyer toute la puissance qu'il lui restait, toute la puissance qu'il avait réunie sur son adversaire. Maintenant.
  Nefertem pointa son lame dans sa direction et murmura à son sabre :

- Réveille-toi, sangre del dragón.

  Et sa lame se brisa pour que s’échappe le spectre d'un long et terrible dragon, qui s'élança contre Daedra, au moment précis où ce dernier envoyait devant lui un Maryoku qui renfermait la totalité de son pouvoir.
  Et Sanga courait, courait, courait pour rejoindre le combattant d'élite afin de lui porter secours. Un terrible éclair rouge peignit alors les cieux de sa lumière funeste.
  Et sous la lumière argentée de la lune commença à tomber une sinistre pluie vermeille...

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Dernière mise à jour de cette page le 09/08/2008
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