Il y a bien longtemps...
Alors que nos mondes n'étaient qu'un jardin naissant, l'Empereur foula de ses pieds la terre du Nexus.
De son souffle, il fit naître la magie. De ses rêves apparurent les anges et les elfes, de ses cauchemars s'échappèrent les démons et les dragons.
Lorsqu'il disparut, il laissa aux hommes un ultime présent : la divine Excalibur, source de pouvoir et de vie.
Mais la démence de ses enfants fut telle qu'il leur retira ce don, cachant la céleste épée à l’abri de leurs mains avides. Puis il prédit que seul le plus méritant des êtres obtiendrait le droit de porter cette lame si convoitée.
Alors il retourna dans le néant, les châtiant une dernière fois : Puisque les hommes avaient tant désiré cette épée, ils seraient à jamais incapables de se servir de leurs pouvoirs sans leur propre lame.
La nuit était tombée sur la petite ville de Lever et la plupart des gens dormaient, à présent. Les commerces étaient tous fermés, seuls quelques couples en quête d'intimité et quelques jeunes enjoués se baladaient encore dans les rues.
Un peu plus loin, aux portes de la ville, dans un vieil orphelinat, quelques enfants s'endormaient les uns après les autres. Mais pas Ray. A travers la fenêtre, la bienveillante lumière de la lune éclairait à présent sa chambre. L'enfant, âgé de 11 ans à peine, était couché sur son lit mais n'arrivait pas à dormir. Trop de pensées jaillissaient dans son esprit pour cela.
Cela faisait pile une semaine qu'il avait passé l'épreuve qui lui avait permis de devenir un Tisseur de néant. Un futur guerrier, qui assurerait la sécurité des deux mondes : Du sien, mais aussi du Nexus, ce monde parallèle dans lequel la magie était aussi courante que l'électricité chez lui.
La porte de sa chambre s'ouvrit et une jeune femme de 26 ans entra. Ray sourit et se redressa immédiatement. Il aimait voir le sourire de Laïna, ce sourire qui dévoilait ses dents parfaites, blanches comme les roses qu'il y avait dans le jardin de l'orphelinat. La jeune femme remit en place une longue mèche dorée d'un geste de la main, puis s'avança vers le lit de Ray et s'assit devant lui.
- Et bien petit bonhomme, tu ne dors pas encore ?
- J'ai pas sommeil, il s'est passé tellement de choses que...
- Tut tut, tu as besoin de te reposer, dès demain je commence votre entraînement et vous allez souffrir, toi et tes trois compagnons !
- Trois ? Je connais Ice, il a mon âge et il est dans cet orphelinat lui aussi, mais les deux autres...
- Enishi et Sanga. Ils ont 11 ans eux aussi et tu feras leur connaissance demain, dans ce cas. Je vais commencer par vous apprendre le Shintaisen, mais ça va être très dur, alors il te faut dormir !
- C'est quoi, le Shintaisen ?
- C'est une technique qui te permet de concentrer la magie dans ton corps, pour courir plus vite, frapper plus fort...
- Cool !
- Alors si tu veux pouvoir le faire, dodo !
- Au fait, pourquoi ils sont dorés, tes yeux ? D'habitude, ils ont la même couleur que le ciel...
- C'est un sortilège. Tu sais que les gens qui ne possèdent pas la magie en eux sont incapables de la voir ? Et bien de cette manière, je suis invisible à tout le monde dans cet orphelinat, à part toi et Ice, parce que normalement je n'ai pas le droit d'être ici !
- Oh, tu es un bandit, en fait !
- Hé, s'exclama Laïna en riant, n'exagérons pas, quand même ! Bon allez, maintenant, dodo, d'accord ?
- D'accord, d'accord. Au fait, j'ai 11 ans tu sais, tu n'es pas obligé de me parler comme si j'en avais quatre, c'est aux gosses qui sont en maternelle qu'on dit "Dodo".
Laïna éclata à nouveau de rire tandis qu'elle se redressait. Son rire était magique, il enveloppait chaque être autour d'elle et réchauffait son âme de l'intérieur.
Ray se retourna et ferma les yeux. Bercé par la lune et par le rire de Laïna, il ne tarda pas à plonger dans un profond sommeil.
Il était perdu dans le brouillard. Il avait beau regarder autour de lui, il ne voyait personne. Ou plutôt si, au loin, son propre reflet, qui l'appelait. Ray courut dans sa direction, mais son reflet fut plus rapide et, d'un bond, pénétra à l'intérieur de son corps.
L'enfant regarda ses mains, surpris. Il se sentait mieux que jamais. Des pétales de rose, blancs et rose, tâchés de sang, tombaient autour de lui, ce qui lui donnait envie de pleurer même s'il ne savait pas pourquoi.
Et puis soudain, une puissante averse se mit à tomber et chassa son reflet de son corps. Ray frissonna : Il ne comprenait rien à ce qui se passait, mais il était trempé, effrayé. Faible...
L'enfant avança un peu, mais il avait si mal à la tête qu'il tomba à genoux. Ses jambes se redressèrent soudain et commencèrent à reculer, alors que Ray ne lui avait rien demandé. Effrayé, l'enfant ne tarda pas à s'apercevoir qu'il commençait à perdre le contrôle de son propre corps !
Une puissance lumière s'échappa des cieux et l'absorba. Lorsque l'enfant eut atteint les nuages, il retomba soudain, dans la cour d'un château immense et effrayant. Ray prit son courage à deux mains et se décida à s'avancer, maintenant qu'il était à nouveau le seul maître de son corps.
Ses poings frêles repoussèrent les dragons qui voulaient le dévorer, brisèrent les miroirs qui essayaient d'arrêter sa progression. Soudain, le ciel devint plus lourd et un terrible orage se déclara, mais l’enfant réussit à le vaincre et à progresser, encore et encore, ce qui lui arracha un sentiment de satisfaction, mais aussi, au fond de lui, de la peine.
Ray continua d'avancer, coûte que coûte, jusqu'à ce qu'il se trouve au sommet de la plus haute tour. Un voile de ténèbres l'enveloppa alors, la terre tangua, son esprit se déchira, mais l'enfant tint bon et le voile se retira tandis que le château tombait en ruine.
Ray tomba en hurlant et s'enfonça dans un lac infini. Autour de lui, l'eau était claire et chaude, mais ce n'était pas son élément, il ne voulait pas rester à l'intérieur, alors il lutta et s'en extirpa.
Ce fut à ce moment qu'il La vit. Une épée sublime et lumineuse, qui flottait doucement au-dessus des eaux. L'enfant tendit une main dans sa direction, mais elle disparut immédiatement, dévorée par une force invisible et impalpable.
Ray sentit la fureur l'envahir. Ni le hurlement d'un loup, au loin, ni le sifflement d'un serpent ne purent le ralentir. Il nagea jusqu'à atteindre la berge. Ignorant la terre qui tremblait sous ses pieds, qui se fissurait et qui laissait s'échapper des faisceaux lumineux meurtriers.
L'épée se trouvait un peu plus loin, flottant au-dessus du sol. Ray l'attrapa de ses mains et soupira de plaisir : Ca y est, elle était enfin à lui.
A cet instant, une vague le submergea et l'enfant se réveilla en sueur.
1. Mathieu Le 04/03/2009 à 23:33
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