- C'est ici.
- Etrangement, je m'en serais douté...
Lago del espejo... Cet endroit portait bien son nom, songea Light. Au creux de la forêt se trouvait un lac magnifique et immense. Ses eaux, douces et bleues, reflétaient les rayons de la lune tel le plus pur des miroirs : la surface du lac était habitée par des milliers d'étincelles argentées, qui dansaient et disparaissaient avant de renaître un peu plus loin. Devant un tel spectacle, le Tisseur ne put que se taire et admirer.
Au centre du lac se tenait un îlot sur lequel on avait érigé une mystérieuse construction. Un cercle de pierre, de trois mètres de haut, se dressait fièrement au centre des eaux endormies. Des symboles y étaient gravés, mais Light était trop loin pour pouvoir les discerner en détail. De toute manière, il serait sans doute bien incapable de pouvoir les déchiffrer...
Un chemin de terre reliait la rive à l'îlot. L'emprunter ne semblait pas très difficile, mais Light se doutait qu'il devait y avoir anguille sous roche quelque part... Se tournant vers Ojo de Luna, il lui demanda :
- Alors, qu'est-ce que je dois faire pour partir d'ici ?
- L'Oracle a simplement dit que l'ange "créerait un passage pour atteindre sa destinée". J'espère donc que tu sauras quoi faire, la prédiction ne le précise pas.
Un passage ? Light reporta son regard sur la construction mystérieuse. Devait-il essayait de créer un passage à l'intérieur de ce cercle de pierre, comme il le faisait lorsqu'il voulait aller sur Terre ? Ou bien est-ce que le "passage" désignait autre chose ? Pour le savoir, il allait devoir essayer...
- Je vais aller sur l'îlot et j'aviserai ensuite.
- Tu ne pourras pas l'atteindre.
- Pardon ?
- Essaye, tu comprendras par toi-même.
Light hocha la tête et fit apparaître son épée, l'air décidé. Lentement, il posa un pied sur le chemin de terre. Puis un autre. Et il commença à avancer.
Les trois premiers mètres se déroulèrent sans incident. Le chemin était solide, il n'avait qu'à avancer tout droit, le jeune homme ne voyait décidément pas quel était le problème.
Et soudain, l'eau fut agitée par un étrange remous. Light banda ses muscles et, préparé comme il l'était, trancha net le tentacule noir qui surgit des flots. Mais aussitôt, deux autres se jetèrent sur lui.
- Mais qu'est-ce que...?
En quelques secondes à peine, le Tisseur comprit qu'il était perdu. Pour chaque tentacule qu'il tranchait, deux autres apparaissaient et l'attaquaient. Il n'avait pas la place d'éviter leurs assauts à moins de tomber dans l'eau, ce qui lui paraissait pire encore : une créature immense devait se cacher à l'intérieur, pour posséder autant de bras. Si jamais elle venait à mettre la main sur lui, il était persuadé qu'il finirait dans son estomac en moins de deux, ce qui ne l'enchantait guère...
Rapidement, le Tisseur fut submergé. Les tentacules étaient trop nombreux, à tel point qu'ils l'encerclaient et bloquaient même la lumière de la nuit. Light se retrouva dans une prison de chair sans même avoir cessé un instant de découper ces membres ennemis.
A cet instant précis, des dizaines de traits argentés recouvrirent les tentacules meurtriers. Aussitôt, tous tombèrent dans l'eau, tranchés en plusieurs morceaux.
Light se retourna. Ojo de Luna se tenait derrière lui. Son sceptre brillait d'une réconfortante lueur argentée.
- Retire-toi vite, je ne pourrais pas les contenir indéfiniment.
Et il s'écarta pour laisser le jeune homme regagner la rive. Son bras, immobile pour l'oeil humain, tranchait instantanément tout tentacule qui jaillissait des eaux. Lorsque Light eut posé un pied sur la terre ferme, l'indigène recula et le rejoignit rapidement.
Le Tisseur tomba à genoux pour reprendre son souffle. Son ami le laissa faire, rengainant sa lance.
- Tu comprends, à présent ? Tu dois maîtriser le chatoiement de la lune. Sans quoi, tu ne pourras traverser le lac. Ni vaincre celui qui a enlevé notre soleil.
Une journée entière s'était écoulée depuis la rencontre d'Aya avec l'Iskasil Mayor puis l'Arcanien. Serenia, après avoir entendu son histoire, avait réussi à lui obtenir une séance avec le conseil des Siharas pour qu'elle lui expose les dangers qu’encourait la ville. Lorsque, le lendemain, elle la conduisit au temple d'Halteran, lieu de réunion du conseil, la jeune femme ne put en croire ses yeux...
Aya s'arrêta dès les premières marches de la grande salle franchies pour regarder autour d'elle : même le manoir ancestral des Lumen n'affichait pas une telle opulence ! Le palais des Siharas était en réalité un gigantesque temple de marbre. A l'intérieur, des statues aux proportions démesurées et entièrement construites en or pur toisaient les minuscules passants. Les rayons dorés du soleil pénétraient dans les pièces grâce à des vitraux taillés à partir de rubis, de saphirs ou d'émeraudes. Des guirlandes serpentaient toutes les salles, sur lesquelles on avait accroché les diamants les plus purs que la jeune femme n'ait jamais observé. Des fontaines jaillissait une eau si claire et si douce qu'elle semblait être directement puisée des profondeurs de la Terre.
Aya se serait cru dans un livre. Mais un tel luxe, loin de l'éblouir, éveillait en elle une certaine lassitude : pourquoi, de tous temps et de tous lieux, les hommes jugeaient-ils nécessaire d'étaler ainsi aux yeux de tous leur fortune et leur puissance, rappelant sans cesse aux pauvres visiteurs la misère de leur propre condition ? La Tisseuse secoua la tête pour chasser ces idées et rejoignit sa nouvelle amie, qui l'attendait devant une porte colossale.
- C'est ici, lui indiqua-t-elle en pointant son doigt vers la porte. C'est ici que siège le conseil des Siharas.
Aya hocha la tête. Cet organisme devait sans doute avoir le même poids politique que le conseil des sages chez eux. Elle devait absolument leur expliquer la situation, il fallait qu'ils sachent que dans un mois, leur ville serait rasée.
La jeune femme prit une profonde inspiration et frappa doucement contre la porte de pierre. Celle-ci s'ouvrit alors, lentement, comme pour donner plus de poids à son arrivée. Sans hésiter, la Tisseuse s'avança dans la pièce silencieuse et s'arrêta en son centre, regardant discrètement autour d'elle tandis que la porte se refermait.
Elle se trouvait dans une salle circulaire, observée par une quarantaine de conseillers, tous vêtus d'une simple loge blanche, comme si la candeur de leurs habits suffisait à faire oublier le faste de leur temple. Ils étaient disposés en cercle autour d'elle, assis sur trois rangées de tribunes.
- J'ouvre la septième séance de l'année 1340. Objet : Témoignage d'une étrangère recommandée par une Sihara.
Aya ne sursauta pas lorsque cette voix s'éleva, bien qu'elle lui sembla familière. Elle se tourna lentement vers l'homme qui venait de parler, assis sur une chaire surélevée et à l'écart des autres tribunes. Sans doute était-ce le président de la séance.
Lorsque son regard se posa sur son visage, elle se figea et écarquilla les yeux. Mais personne ne fit attention à son trouble, au contraire, un vieil homme bedonnant ajouta un élément à la descrïption faite tantôt :
- Une apprentie Sihara, attention.
- Une apprentie Sihara, en effet, je rectifie immédiatement cette erreur. Bien, mademoiselle, nous vous écoutons. Qu'avez-vous à soumettre à cette cour ?
Un sourire légèrement moqueur s'étira le long de ses lèvres fines. Ces longs cheveux blonds, ce regard hautain et narquois... Même s'il ne portait pas ses lunettes et son gant métallique, Aya le reconnut immédiatement.
L'Arcanien lui faisait face.
Avant de pouvoir se mettre en marche, Aya et Bast avaient dû attendre que Népri ait terminé de vendre les produits de ses parents et qu'il soit à nouveau en sécurité dans sa maison. Puis, lorsque cette dernière formalité fut accomplie, ils partirent enfin rejoindre la tour des mirages.
Tandis qu'ils passaient de chemins déserts en ruelles ombragées, le soleil étincelait déjà dans le ciel. Il était sept heures du matin.
- La tour se trouve au détour de ce chemin. Regarde, on aperçoit sa cime, on dirait qu'elle gratte les cieux...
- Il va falloir qu'on l'escalade ?
- Non, ça sera inutile, je vais utiliser mes serpents pour que nous atteignons le sommet de la tour. Le sceptre se trouve au dernier étage.
- Combien de temps a-t-on ?
- La cérémonie ne commence qu'à midi, personne ne viendra récupérer l'artéfact avant 11h, dans le pire des cas. Ca nous laissera amplement le temps d'entrer, de récupérer le sceptre et de repartir.
- Hum, c'est entendu.
Bast inspira une dernière fois puis ils tournèrent dans la direction de la tour et la contemplèrent de toute sa hauteur. Pendant quelques secondes à peine.
Car en face d’eux se tenait une armée d'Iskasils Mayores. Et l'Arcanien flottait dans les airs, derrière elle.
La porte de marbre se referma derrière l'Arcanien aux cheveux blonds. Le jeune homme avançait d'un pas tranquille dans son bureau. Il posa sa main sur ses lunettes. Il en était très fier, de ses lunettes. C'était lui qui les avait créés. Sans aucun doute l'une de ses plus belles inventions, avec l’annihilateur de magie. Ce design sobre et merveilleusement classieux, ces carreaux rectangulaires, cette armature légère mais résistante, d'une superbe couleur rouge... Tout en elles respirait la perfection. Et intégrer le détecteur de masses énergétiques à l'intérieur était une idée de génie.
Un sourire admiratif sur les lèvres, il les posa avec mille précautions sur son nez. Au même instant, le rideau s'agita dans son dos. L’Arcanien soupira et lança d'un ton las :
- Tu es obligé de te cacher derrière ces rideaux ? C'est grotesque.
- C'est toi qui râle, si j'active l’invisibilité.
- L'occulteur, s'il te plait. Je déteste ce mot, "invisibilité". C'est si... Vulgaire ! Et puis il ne s’agit pas d’une simple invisibilité, l’occulteur supprime également toute émission de chaleur et d’énergie de ton corps, vois-tu.
- Rhalala... Et si tu me parlais plutôt de l'avancement de la mission ?
Les rideaux s'écartèrent alors et un homme massif en sortit. Il devait avoir une trentaine d'année, peut-être plus. Son corps était si grand et musclé que même un ours adulte aurait eu peur de tenir la comparaison. Son visage, aux traits grossiers, était marqué par de nombreuses cicatrices qui témoignaient des batailles qu'il avait livrées. Son crâne était chauve à l'exception d'une queue de cheval, verte, qui descendait jusqu'à ses omoplates. Il portait un long manteau vert et sa main gauche était équipée d'un gant métallique...
- J'ai retrouvé la Tisseuse d'hier. Figure-toi qu'elle est venue parler aux Siharas. Elle prétend qu'elle a vu une boule de feu géante détruire la ville, dans un mois.
- Qu'est-ce que t'en penses ?
- C'est ennuyeux. Elle n'avait pas l'air de plaisanter, mais j'ai analysé ses pouvoirs, hier. Il est certain que modifier la réalité temporelle n'en fait pas partie.
Un sourire brutal s'étira lentement sur les longues lèvres de l'Arcanien au manteau vert.
- On la tue ?
- Non, pas pour l'instant. Si ce qu'elle dit est vrai, cela serait très gênant, pour notre plan. Nous avons besoin des Iskasils. Seulement, il ne faudrait pas que les prêtres s'inquiètent et qu'ils décident d'annuler la cérémonie. J'ai été obligé de prendre quelques mesures...
- Ha ha ! Lesquelles ?
Un sourire, à la fois empli d'amusement et de cruauté, se peint le long des lèvres de l'Arcanien aux cheveux blonds...
Aya était enchaînée contre un mur humide. Serenia, tout aussi immobilisée, se tenait la tête entre les genoux. Elle n'avait pas dit un mot depuis qu'ils l'avaient amenée ici.
La Tisseuse soupira et décida de rompre le silence. Elles étaient seules, dans leur cellule, elles pouvaient parler librement.
- Je suis désolée, Serenia. Sincèrement désolée... Je ne pensais pas que les évènements allaient prendre cette tournure...
L'apprentie Sihara releva la tête. Ou plutôt, l'ex apprentie Sihara...
- Tu n'as pas à t'excuser. Je n'aurais jamais pu croire qu'un Arcanien était au pouvoir... Mais qu'est-ce qu'on va faire, maintenant ?
- ... Je ne sais pas...
La pièce retomba alors dans le silence. Pendant plusieurs minutes, aucune des deux femmes n'ajouta un mot. Mais finalement, Serenia se décida à réanimer la conversation :
- Est-ce que tu es sûre de ce que tu as vu, Aya ? Est-ce que tu es sûre que ces flammes vont réellement apparaître ?
- J'en suis certaine. Serenia, j'ai été éblouie par leur éclat, j'ai senti leur chaleur me traverser ! Dans un mois, peut-être même moins, cette ville toute entière disparaîtra !
- Dans ce cas... Dans ce cas, nous sommes les seules à pouvoir faire quelque chose...
- Pas temps que nous serons dans cette cellule. Ces chaînes absorbent la magie, je ne peux même pas faire apparaître mon épée...
- Et moi, je ne peux pas employer les symboles sacrés...
Elles se turent à nouveau. Toutes les deux savaient ce qui allait se passer : elles allaient rester enfermées dans cette prison, croupir dans cet endroit humide jusqu'à ce que la boule de feu ne les tue, elles aussi...
Quelques dizaines de mètres plus loin, le jeune garde qui avait conduit ces prisonnières dans leur cellule sortait de la prison d’un pas pressé, tracassé par les mystérieuses révélations de la Tisseuse.
Aya dégaina son épée. Bast serra ses poings. Les Iskasils se mirent à sourire et, en coeur, se commencèrent à crier :
- Magie ! Magie !
- Manger ! Manger !
- SILENCE !
Dès que le cri de leur maître fusa dans les airs, les squelettes rouges sursautèrent et se turent. L'Arcanien sourit aux deux Tisseurs.
- Une nouvelle fois, Aya, tu essayes de te mettre en travers de mes projets. C'est fâcheux, très fâcheux. Jusqu'à présent, je me suis montré compréhensif, mais il va bien falloir que je passe aux choses sérieuses. Je ne te laisserai pas dérober le sceptre du soleil. Vois-tu, j'ai avancé la cérémonie. Elle va commencer dans quelques minutes à peine !
- Tu es donc au courant de notre plan...
- Ha ha ha ! A l'instant même où ces mots ont franchi tes lèvres, ils sont parvenus à mes oreilles. Je suis aussi au courant pour ton ami. J'ai déjà analysé ses sorts. Enfin, si on peut appeler "sorts" ses pathétiques coups de poing... Ce qui m'étonne, c'est qu'il existe un Tisseur qui ne porte pas d'épée. C'est contraire à toutes les règles. Et en plus, la lumière bleue qu'il a créé est manifestement une forme d'extériorisation de magie, ce qui est censé être impossible à un Tisseur, s'il ne possède pas d'épée, mais il est certain qu’il ne se contentait pas de la cacher. C'est étonnant, très étonnant... S'il ressort de ce combat dans un état à peu près correct, je l'étudierai sans doute.
Bast serra les poings. L'Arcanien lui adressa un sourire cruel, puis il claqua des doigts.
- Allez-y, mes petits. Dévorez-les !
Et il disparut. Les Iskasils se jetèrent sur Aya et Bast.
Le jeune garde referma la porte derrière lui et s’inclina devant ses hôtes.
- Merci de m’avoir reçu si rapidement.
- Ce n’est rien, répondit l’homme, alors, qu’est-ce qui t’amène ? Tu as découvert quelque chose d’intéressant, dans les prisons ?
- Pas quelque chose, quelqu’un oui. Une jeune femme, qui prétend revenir du futur. Elle a été arrêtée avec une apprentie Sihara, qui a également été renvoyée, parce qu’elle affirme qu’à la fin du Tulmar, une énorme boule de feu ravagera toute la région.
- Hum…
L’homme réfléchit un instant. Sa femme reposa la plante qu’elle était en train d’abreuver et se tourna vers leur nouvel interlocuteur :
- Est-ce que cette fille possède des pouvoirs ?
- Elle a été capable de faire apparaître une épée devant les Siharas, j’ai consulté les registres. Sans la moindre incantation. Le greffier avait l’air d’être particulièrement surpris…
- Les Siharas sont stupides de l’avoir jetée en prison !
- Nous n’avons pas encore assez de contacts pour libérer deux prisonnières, fit remarquer son mari, notre organisation est encore trop jeune pour ça.
Sa femme hocha la tête et se mit à réfléchir à son tour. Puis elle se tourna vers le jeune homme :
- Comment t’appelles-tu ?
- Ashkinaï.
- Ashkinaï, nous te chargeons de surveiller discrètement ces prisonnières. Si tu remarques quelque chose de suspect, préviens-nous immédiatement, nous arriverons à la minute même, est-ce bien compris ?
- Parfaitement, madame.
Il s’inclina respectueusement. Au même instant, la porte s’ouvrit bruyamment et un jeune garçon entra dans la pièce. Il fut d’abord surpris de voir un homme en train de faire la révérence devant ses parents, mais il haussa les épaules.
Son père, en échange, lui jeta un regard courroucé :
- Népri, je t’ai déjà dit de ne pas entrer ici sans frapper !
- Pardon, papa… C’est juste pour te dire que j’ai terminé de trier les boîtes…
Le jeune garçon se retira sur la pointe des pieds. Dès qu’il se fut éloigné, la femme reprit la parole :
- Bien, maintenant, explique-nous tout ce que tu sais sur cette femme.
Light tomba à genoux, exténué. Son visage et son torse nu étaient couverts de sueur. Le souffle court, il laissa son épée s’écraser contre le sol.
L'un des indigènes s'approcha de lui avec un bol d'eau. Ojo de Luna l'en empêcha d'un geste.
- Debout.
- Mais je... Je n'en peux plus...
- Il ne te reste déjà plus que deux semaines et demies. Debout.
- Je... Je...
L'orbe du sceptre heurta violemment son menton. Ojo de Luna s'était précipité et se tenait tout près de lui, à présent.
- Est-ce que tu penses que tes ennemis attendront patiemment que tu sois prêt à les rencontrer ? Est-ce que tu penses que le démon qui a dérobé notre soleil va attendre que tu sois prêt à l'affronter ? Est-ce que tu penses que notre peuple, privé des lumières d’Halteran depuis des siècles, va attendre un nouveau héros pour lui rapporter ce qui lui a été volé après ton échec ? Debout !
Light soupira et ramassa sa lame. Ensuite, il ferma les yeux pour se concentrer plus efficacement.
Les paroles de son professeur surgirent dans son esprit, comme un écho à ses propres doutes. "Ferme tes sens, un à un. Laisse tes yeux ne voir que le néant, puis tes oreilles n'entendre que le silence. Ton nez ne doit sentir que l'air inodore, tes mains en échange ne perçoivent même plus le manche de ton épée. Lorsque, autour de toi, il n'y aura plus rien, tu percevras l'essentiel. Sens la magie qui t'entoure, approche-la et apprivoise-la. Laisse-la te rendre plus fort, plus rapide. Eloigne ta conscience, tu n'es plus le cadet des Lumens, tu n'es plus le sauveur de mon peuple, tu n'es plus un Tisseur. Tu n'es qu'une goutte de magie au milieu d'un océan infini. Ne cherche pas à le dompter, il te suffit de ne faire qu'un avec lui."
Et soudain, il la sentit. La magie. Couler à flot à l'intérieur de son corps. Ses muscles ne le tiraillaient plus, ses bras ne le faisaient plus souffrir. Au contraire, il se sentait en pleine extase. C'était si... Si fort, si fabuleux !
Doucement, une lumière blanche commença à irradier de tous les pores de sa peau. D'abord faible, puis de plus en plus brillante. Le Tisseur ouvrit les yeux, fébrile :
- Ca y est ! Ca y est, j'ai réussi ! Je sens la puissance du Tulmar couler en moi !
Il regarda ses mains. La lumière qui s'en échappait était si forte qu'il en était presque aveuglé. Son sourire s'agrandit.
- Je peux le faire, murmura-t-il, avec cette force, je peux vaincre n'importe qui ! Même Daedra ! Je me sens... Je me sens indestructible, invincible !
Il ferma et rouvrit la paume de sa main. Et puis soudain, il tressaillit et la lumière devint deux fois plus forte.
- Qu'est-ce que... Qu'est-ce qu'il se passe ?
Il trembla à nouveau et la lumière continua de gagner en intensité. Ojo de Luna recula d'un pas et se protégea le visage à l'aide de son bras. Le corps de Light tout entier commença à être agité de spasmes !
- Je... Non, je ne contrôle plus ! C'est trop fort !
- Relâche-la ! Arrête, tu ne dois pas la dominer, tu dois t’unir avec elle !
- Je... Je n'arrive plus ! Je ne peux plus relâcher la pression ! C'est... C'est en train de me dévorer !
Les yeux agrandis par la terreur, Light regarda les pans des tentes autour de lui trembler à cause de la puissance qu'il dégageait. Le sol lui-même commençait à se fissurer sous ses pieds !
Il posa un regard perdu sur son mentor. La lumière qui s'échappait de lui commençait à faire un tel bruit qu'il n’entendait plus les conseils de l'indigène à la peau d'ivoire.
- Faîtes quelque chose ! Je ne maîtrise plus rien ! Pitié, faîtes... Raaaaah !
Le jeune homme se plia en deux tandis que le village tout entier commençait à être ébloui. Une profonde entaille zébrait son ventre nu. Puis des longues coupures recouvrirent ses bras, ses jambes, son visage...
- Non, articula-t-il doucement, et du sang coula le long de ses lèvres. Non, je peux pas... Pas finir comme ça... Non... Non... NOOOOOOON !
La lumière s'échappa de son corps et dévasta le village. Sous cette énergie impitoyable, les tentes s'envolèrent, les ustensiles se renversèrent, hommes et femmes tombèrent à terre.
Light regarda ses mains, couvertes de sang. Puis il s'effondra, sombrant dans les méandres de l'inconscience.
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