Bast regardait la créature qui lui faisait face, effrayé par la puissance projetée par son aura gigantesque.
Le monstre ressemblait bien plus à un humain que ses formes précédentes. Il était toujours aussi grand, mais une peau rugueuse, presque écailleuse, recouvrait son corps, du même rouge que les os des Iskasils. Son front était surmonté de trois cornes, ses deux longues ailes restaient immobiles dans son dos et sa queue se balançait lentement.
La créature regarda la paume de sa main, puis la ferma et éclata de rire. Un rire hystérique et effrayant, tel celui d'une hyène... Puis soudain, il reporta sur Bast son cruel regard :
- Pas de chance pour toi, petit magicien ! Affronter un Iskasil Seytanar, si jeune... Mais sois heureux, tu seras l'une des rares personnes à avoir le privilège de contempler le résultat d'une parfaite union de Mayores. Essaye simplement de ne pas mourir trop vite !
Et le monstre se jeta sur lui. Bast arrêta sa charge en lui attrapant les poignets, mais son adversaire ouvrit la bouche et cracha un jet de flammes sur lui. Le jeune Tisseur dut le lâcher pour se jeter en arrière. Tandis que le feu heurta les dalles de roche, l'Iskasil retint le Tisseur par le col. Sa main libre s'enflamma, Bast lui trancha le poignet du plat de la main avant qu'il ne puisse le brûler et recula d'un bond.
Il n'eut pas le temps de jauger son adversaire : ce dernier se précipita sur lui tandis que son corps tout entier devenait flammes. Bast écarquilla les yeux et roula sur le côté. Les flammes l'effleurèrent, parcourent encore quelques mètres, emportées par leur élan, puis se retournèrent brusquement et chargèrent à nouveau le Tisseur.
Le jeune homme se releva et pivota sur le côté pour éviter à nouveau les flammes. Mais au dernier moment, une main rouge surgit du brasier et se planta dans l'estomac du Tisseur, qui frémit sous la douleur. Lorsque la boule de feu s'éloigna et emporta cette main avec elle, qui fusionna avec le reste des flammes, Bast tomba à genoux. Mais déjà, son adversaire le chargeait à nouveau ! Le jeune homme dut se mordre les lèvres, ignorer la douleur et se plaquer contre le mur d'une maison près de lui. Les flammes léchèrent son corps sans le brûler, avant de reprendre la forme d'un Iskasil un peu plus loin.
Le monstre sourit à Bast puis s'élança dans sa direction, poing armé et enflammé. Le jeune homme le regarda, enserrant sa blessure de son bras gauche.
Il serra le poing. L'Iskasil n'était plus qu'à un souffle de lui. Il sentait déjà la chaleur des flammes qui, dans un instant, allaient le carboniser. Un instant, il eut l'impression que la Mort l'emportait dans ses bras brûlants.
Et puis une phrase, lumineuse, jaillit dans son esprit.
Si l'on apprend à absorber la magie qui nous entoure, on peut gagner une puissance incroyable !
Son poing fracassa le crâne du monstre. Au moment de l'impact, il y eut un éclair bleu, puis la créature tomba en arrière.
Le temps que sa tête se régénère, Bast observa son poing. Il la sentait également. Cette magie qui l'entourait, qui était attirée par son propre pouvoir.
L'Iskasil bondit sur ses pieds et se rua sur son adversaire mais Bast attrapa à nouveau ses poignets et les serra si forts qu'ils se brisèrent. Surprise, la créature sauta en arrière et le dévisagea tandis que ses moignons s'enflammaient.
- Le Tulmar ? Tu le maîtrises aussi ? Non, c'est encore trop faible, trop primaire... Tu ne sais pas le maîtriser, mais tu arrives à absorber une minuscule partie de sa force.
- Et est-ce que tu veux voir quelque chose d'encore plus impressionnant ?
- Tu vas enfin te décider à employer tes pouvoirs ?
- Prépare-toi, parce que c'est un privilège que peu de gens ont eu la chance de contempler.
- Ah ah ! Est-ce que tu crois m'impressionner en...
Il se tut. Bast serrait les dents, bandait ses muscles. Une épaisse lumière commençait déjà à s'échapper de son corps.
Soudain, ses yeux se rouvrirent et se posèrent sur l'Iskasil. Ils étaient devenus noirs. Son iris était jaune, sa pupille un simple trait horizontal, reptilien.
- Et essaye simplement de ne pas mourir trop vite, ajouta Bast.
L'Iskasil demeura interdit, partagé entre sa raison qui s'effrayait de la puissance qui montait dans le corps de son adversaire, et ses instincts primaires, ravis par une telle quantité de nourriture dans un seul corps.
La terre commença à trembler, les murs à se fissurer. L'espace autour d'eux devint bleu. Le monstre était presque aveuglé par la lumière qui essayait de fuir le corps du Tisseur.
Et puis un rire dément le secoua. C'était trop bon, beaucoup trop bon, une proie aussi exceptionnelle, il avait peine à y croire !
Un frisson le parcourut. Il regarda sa main, intrigué. Elle s'enflamma et s'envola, attirée par une force supérieure. Bientôt, son bras tout entier subit le même sort.
La créature se retourna, stupéfaite. Des flammes s'envolaient de toute la ville et se réunissaient dans une impressionnante boule de feu, au sommet d'une colline.
Bast, stupéfait, stoppa sa transformation. L'Iskasil se retourna vers lui. Seul son visage était encore intact. Il aurait tant voulu se délecter de cette proie...
En quelques instants, il ne resta du monstre que quelques étincelles, attirées par la boule de feu. Epuisé et vaincu par le désespoir, Bast murmura :
- La cérémonie vient de commencer...
- Est-ce que tu as terminé ?
- Encore un instant !
- Crois-tu que le démon va attendre ? C'est aujourd'hui le dernier jour du Tulmar. Le démon peut arriver n'importe quand.
- Je le sais, je le sais. Ne vous en faîtes pas, je n'échouerai pas. D'ailleurs, j'ai fini.
Les pans de la tente s'écartèrent et Light en sortit, vêtu d'une longue toge blanche.
- C'est vraiment obligatoire, comme tenue ?
- Chez nous, porter cet habit est la plus grande distinction que puisse recevoir un guerrier.
- Excusez-moi, maître. C’est un honneur.
- Tu sais ce qu'il te reste à faire, n'est-ce pas ?
- Je le pense. Ne vous en faîtes, maintenant que je maîtrise parfaitement le chatoiement de la lune, je n'aurai aucun mal à atteindre l'îlot.
- Fais attention, Light. J'ai fait de mon mieux pour t'apprendre à maîtriser ce sortilège et le Tulmar en un minimum de temps, tu possèdes sans aucun doute la théorie, mais tu manques encore d’expérience. N'essaye pas d'utiliser le chatoiement de la lune pendant plus de dix secondes en moins de dix minutes. Les muscles de ton bras ne le supporteraient pas.
- Je ferai de mon mieux.
- Alors, va. Que la lune guide tes pas.
Light commença à s'éloigner mais, au bout de quelques pas, s'arrêta et se tourna vers son mentor, avant de s'incliner respectueusement.
- Je serai digne de votre confiance. Je vous en fais le serment.
Les yeux de l'indigène à la peau d'ivoire se posèrent sur la lune éclatante tandis que le jeune homme reprenait sa route.
- Maintenant, murmura-t-il pour lui-même, notre destin repose entre tes mains...
Tandis que le grand prête levait le sceptre du soleil, le désespoir s'abattit sur Aya. Une dernière fois, elle hurla pour tenter de le retenir. Mais en vain. L'orbe rouge étincela sous les rayons du soleil. Et s'illumina.
Les flammes vinrent de tous les quartiers. Des jets de feu, qui se réunissaient au-dessus de la tête du grand prêtre. Les gens, d'abord émerveillés, commencèrent à applaudir. Leurs congratulations couvrirent la voix de la Tisseuse.
Celle-ci se laissa tomber contre le sol, accablée. Personne ne l'avait écouté. Et maintenant, tout allait se terminer...
La boule de feu devint immense. Son ombre recouvrit tout l'autel, une surface de marbre posée au sommet de la dune, à l'abri du vent. Au bout de quelques minutes, plus une étincelle ne vint la grossir. Les applaudissements redoublèrent. Aya resta immobile.
Le grand prêtre sourit à la foule. Et puis soudain, la boule de feu cracha un jet de flammes, qui heurta le sable.
Les gens écarquillèrent les yeux. Le grand prêtre, surpris, se retourna. La boule de feu devenait instable. Un visage se forma parmi les flammes, le visage d'un squelette qui hurlait de douleur. Le vieil homme n'eut pas le temps de comprendre ce qui se passait : un éclair blanc s'échappa de son corps et vint grossir la boule de feu. Le cadavre, inerte, du grand prêtre retomba contre le sol.
Ce fut la panique. Les gens se mirent à crier et à s'enfuir, se poussant mutuellement pour essayer de s'échapper un peu plus vite.
Seule Aya resta immobile, vaincue par le désespoir...
- Merde, commenta le vert, on dirait que tu t'es gouré !
- Ne dis pas d'absurdité ! Je n'ai pas pu faire d'erreur, c'est impossible.
- Tu vois bien que ça ne passe pas comme prévu, on ferait mieux de décamper, c'était la Tisseuse qui avait raison.
- Non, non, non ! J'avais tout prévu, tout calculé, j'avais même laissé une marge d'erreur dans le cas improbable où il y aurait un léger décalage entre mes calculs et la réalité, c'est impossible, tout bonnement impossible !
- Personne n'est parfait. On reviendra dans un petit siècle et on recommencera, c'est tout, mais pour ça, faut déguerpir avant que ce truc surpuissant explose !
- Impossible, c'est impossible... Quelque chose a dû modifier mes calculs, oui c'est ça, tout n'a pas dû se dérouler comme les années précédentes...
L'Arcanien au manteau vert se leva et attrapa son partenaire par le col, avant de le secouer pour lui faire reprendre ses esprits :
- Tu t'es gouré, tu t'es gouré, point barre. Et maintenant, on dégage, ce truc est sur le point d'exploser ! Même nous, on ne pourra pas résister à une telle énergie si elle nous tombe sur la gueule, alors barrons-nous, tout de suite !
- Attends... Attends une seconde, la fille... Regarde, la fille s'apprête à faire quelque chose !
Aya avança d'un pas. Absorber le Tulmar, elle devait s'en emparer, stocker la moindre étincelle de son pouvoir dans chaque pore de sa peau.
Elle fit un autre pas et posa le pied sur une dalle de marbre. Instantanément, elle sentit son énergie s'envoler. La boule de feu ne se contentait pas d'absorber les Iskasils, elle prenait tout ce qui contenait un tant soit peu d'énergie autour d'elle, mais sa portée était trop faible pour qu'elle puisse se nourrir du Tulmar à quelques mètres d'elle.
La Tisseuse banda ses muscles. Les yeux fermés, elle cherchait à saisir la puissance la puissance du Tulmar et à s'en emparer, sans quoi la boule de feu la dévorerait toute entière, elle aussi, et elle finirait comme le grand prêtre...
Ce fut une lutte acharnée. A chaque seconde, elle avait l'impression de mourir et de renaître. Sa vie s'échappait et avait juste le temps d'être remplacée, avant qu'elle ne soit absorbée à nouveau. Mais la boule de feu finit par être rassasiée. Aya posa un genou à terre, le souffle court. Puis elle leva les yeux.
Les flammes rétrécissaient et prenaient forme humaine. Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la jeune femme. Elle était épuisée, mais elle avait eu raison. Cette boule de feu n'était qu'une forme de fusion, très avancée. La réunion de tous les Iskasils existant, en une seule entité...
C'était dans la prison qu'elle avait eu une idée. En voyant les Mayores se réunir et exploser, elle avait tout de suite pensé à ce qu'elle avait vu, dans le futur. Et elle avait eu raison. Ce qui l'effrayait, à présent, c'était de savoir à quoi allait ressembler la créature qui se formait sous ses yeux.
Les flammes touchèrent le sol. Aya écarquilla les yeux. Elle s'était attendue à tout, sauf à ça...
Light regardait droit devant lui. La lune étincelait sur la surface paisible des eaux. Un instant, la caresse du vent agita ses cheveux, puis le souffle d’Eole se tut.
Le Tisseur avança d'un pas et posa son pied sur le chemin de terre. Une réconfortante lueur argentée émanait à présent de sa lame. Le jeune homme fit un pas supplémentaire.
Un premier tentacule jaillit des flots. Il fut tranché en deux par une lumière argentée. Light avança à nouveau.
D'autres tentacules s'élancèrent sur lui. Tous retombèrent dans le lac avant de pouvoir le toucher. Paisiblement, il continuait à marcher, un pas après l'autre. Seule son inflexible résolution était à la hauteur de son calme olympien. Pas un tressaillement n'agitait son coeur.
Prodigieux spectacle que celui de ce jeune homme qui avançait sereinement, le regard fixé sur le cercle de pierre, les bras le long du corps, tandis que les dizaines de tentacules qui tentaient de l’assaillir retombaient immédiatement dans l'eau, tranchés en plusieurs morceaux, prison de chair qui s’écroulait…
Lorsque le pied du Tisseur se posa sur l'île, le monstre aquatique arrêta ses assauts et se rendormit au fond du lac. La lueur argentée autour de l'épée de Light disparut.
Sa lame se figea au centre du cercle. Inconsciemment, le jeune homme savait comment agir. Exactement de la même manière que s’il désirait aller sur Terre. Comme s'il était épaulé par une force invisible, il réussit à ouvrir un passage vers la dimension du démon.
L'espace s'effrita devant lui. A travers le cercle de pierre, on ne voit non plus le lac étincelant, mais un désert aride, battu par le vent.
Aya resta immobile, les yeux posés sur l'homme qui se tenait en face d'elle.
Il ne semblait guère plus âgé qu'elle. Sa peau avait la teinte délicieuse du miel, ses yeux brillaient d'un superbe éclat doré. Ses traits étaient délicats et gracieux, ses longs cheveux dévalaient son dos telle une cascade d'or fin. Il ne portait en guise de vêtement qu'une longue jupe noire. De mystérieuses arabesques de la même couleur étaient peintes sur son torse.
Il tendit la main dans la direction du cadavre du prêtre : le sceptre du soleil s'envola et se posa délicatement dans sa main. La jeune femme en profita pour se relever. Il posa son regard sur elle. Un regard vide de toute émotion, d'où ne perçait ni haine ni surprise, comme si cet homme était bien au-dessus de tous ces sentiments...
- Une Tisseuse, commenta-t-il de sa voix posée. Moi qui croyais qu'ici, je n'en rencontrerai plus jamais...
- Qui es-tu ?
- Mon nom est Halteran. Je suis l'un des trois démons immémoriaux. Quant à toi, jeune femme, prépare-toi à mourir.
L'homme leva son sceptre. Aya bondit en arrière et se mit en garde. Sa respiration était hachée, son visage recouvert de sueur. La boule de feu avait réussi à aspirer la majeure partie de ses forces, la jeune femme peinait à utiliser le Tulmar qui l'entourait…
Halteran se jeta sur elle. Le choc entre la lame de la Tisseuse et le sceptre du démon projeta une puissante gerbe d'étincelles et résonna jusqu'aux tours les plus proches.
Perchés en hauteur, les Arcaniens observaient avec attention le fruit de leurs expériences.
- Alors, demanda le vert, comment est-il ?
- Son niveau est conforme à mes estimations. Il est loin d'avoir la puissance minimale d’un démon immémorial, mais difficile de faire plus avec le peu de magie à notre disposition...
- Tu crois que la fille a une chance ?
- Pas la moindre. Elle n'aurait déjà pas pu gagner si elle avait été en pleine forme, alors dans cet état... En toute franchise, je ne lui donne pas plus de quelques minutes.
Un sourire cruel s'étira le long des lèvres de l'Arcanien aux cheveux verts.
- Est-ce que ça veut dire... Que j'aurais le droit de l'affronter ?
- Etant donné qu'il refusera sans nul doute de coopérer, oui, je t'autorise à y aller dès qu'il en aura fini avec elle.
Le sourire de l'Arcanien s'agrandit encore plus.
Bast se laissa tomber contre un mur. Encore une fois, il avait gaspillé énormément de magie sans même libérer ses pouvoirs. Mais s'il n'y avait plus le moindre Iskasil, c'était inutile. Et cela ferait courir beaucoup trop de risques aux habitants de cette ville.
Le regard du Tisseur se posa sur la dune, au loin. S'il était vivant, cela signifiait qu'Aya avait réussi. Il n'avait plus qu'à lui faire confiance et à attendre son retour, ses forces ne lui permettraient pas de marcher jusque là.
Aya roula sur le sable et, en quelques secondes, descendit la pente de la dune. Lorsque son corps fut freiné par la roche, elle se releva lentement et se remit en garde.
A peine eut-elle levé sa lame que le sceptre du démon la heurta. Sous la violence du choc la jeune fille tomba à nouveau à terre.
Le démon leva son sceptre. Un instant, le soleil se refléta sur l'orbe rouge. Et puis une gerbe de flammes entoura cette arme mystique.
Lorsqu'elle se dissipa, le sceptre s'était transformé en une lance meurtrière. Aya écarquilla les yeux et roula sur le côté : la pointe de l’arme de son adversaire se figea dans la roche, là où elle se trouvait une demi-seconde plus tôt.
Sa main fine rencontra une trappe en bois. Tandis que le vent battait ses cheveux et les dunes autour d'elle, elle reconnut ce paysage.
Elle se trouvait juste au-dessus de la prison dans laquelle elle avait été enfermée durant plusieurs semaines…
La Tisseuse évita adroitement la lame de son adversaire, puis contre-attaqua à l'aide d'un Maryoku. Le démon bondit en arrière et le croissant d'énergie détruisit la trappe de bois, continuant son chemin dans les sombres couloirs de cette prison désaffectée.
Mais déjà Halteran, levant sa lance vers les cieux, se jetait à nouveau sur elle. Tandis qu'il abaissa sa pointe qui se figea dans le sable, Aya sauta en arrière et projeta son ombre sur le démon.
Elle le transperça. Telle une lame obscure, elle s’enfonça dans le ventre de son ombre et jaillit de son dos, continuant à serpenter le long du sable doré pendant encore quelques mètres.
Un instant, Halteran resta immobile, le regard posé sur le soleil qui brillait au-dessus du désert. Déjà, sa lumière déclinait. Il n'était pas 7 heures trente du matin, pourtant, le crépuscule s’annonçait.
Puis, le démon regarda la jeune femme. D'une voix parfaitement posée, il lui demanda :
- Pensais-tu réellement qu'un sortilège aussi faible fonctionnerait sur moi ? Ton ombre peut peut-être trancher des créatures ayant peu de magie, comme des Iskasils, mais elle ne peut pas me blesser, moi.
La jeune femme écarquilla les yeux et bondit en arrière pour éviter d'être fauchée par la lance de son adversaire.
Halteran tournoya sur lui-même.
Les pieds de la jeune femme se posèrent à nouveau sur le sable.
Halteran s'immobilisa et sa lance cracha un rayon de feu.
La Tisseuse leva son épée pour se protéger. Sous l'impact du choc, elle tomba en arrière.
Halteran courut dans sa direction et arma son bras.
Aya, le souffle court, ferma les yeux pour ne pas voir la lame de son adversaire lui ôter la vie.
Elle attendit le choc, mais il ne vint pas. Elle se risqua à rouvrir les yeux.
Halteran se tenait à un pas d'elle, immobile. Une longue griffe rouge était figée dans son ventre.
Derrière lui se tenait un Iskasil Basura. Et les instincts primaires de ce monstre se réjouissaient de trouver une telle quantité de magie...
- Alors ça, commenta l'Arcanien en rouge, c'est extraordinaire !
- Pourquoi ce Basura n'a pas été absorbé par le grand prêtre, en même temps que les autres Iskasils ?
- C'était celui que les rebelles avaient bloqué temporellement, dans la prison ! Haha, cette gamine est plus futée qu'elle en a l'air !
- Comment ça ?
- Tu ne comprends donc pas ? Les rebelles n'ont pas figé cette créature, ils ont bloqué l'espace temporel autour d'elle. Elle était comme isolée de notre monde. Donc, quand la cérémonie a commencé, il n'a pas été absorbé parce qu'il ne craignait rien : le sortilège du prêtre ne visait QUE les Iskasils, or, lui, il était à l'écart de notre espace-temps, donc il ne pouvait pas être considéré comme une cible potentielle. Toutefois, son armure temporelle était très fragile, le Maryoku de la fille a dû suffire à la briser...
- Bof, en fait, j'ai rien compris.
- Aucune importance. Cette gamine est bien plus intelligente qu'elle n'en a l'air. Ce n'était pas le démon qu'elle a visé avec son premier Maryoku, mais bel et bien cette trappe.
- Merde, ça veut dire que le démon va crever ?
- Tais-toi et observe, à la place de dire des âneries.
Le Basura se tenait derrière Halteran. L'une de ses cinq griffes gigantesques était figée dans l'estomac du démon.
Ce dernier, sans même se retourner, tendit le bras en arrière : sa lance visa la tête monstrueuse de l'Iskasil.
- Abnégation solaire, déclara-il simplement.
Et sa lame cracha un puissant jet de flammes, qui explosa contre le crâne du monstre. Ce dernier poussa un hurlement et recula en sursaut. Sa griffe trancha le démon de son estomac jusqu'à la cime de sa tête.
Sans mot dire, Halteran se retourna. De ses blessures jaillissaient, non pas du sang, mais des flammes, qui bientôt devinrent peau. En une seconde, les blessures du démon s'étaient régénérées, tandis que le Basura disparaissait en hurlant.
Un seul sortilège avait suffit. La bouche grande ouverte, Aya contemplait cet atroce spectacle. Halteran se retourna vers elle.
- Maintenant, finissons-en.
Et il se jeta dans sa direction. La jeune femme eut juste la force de lever à nouveau son épée, qui para la lance du démon, mais elle ne put soutenir son poids et tomba en arrière.
Son dos heurta le duvet ardent des grains de sable. Quelques gouttes vermeilles jaillirent de ses lèvres roses. L'une d'entre elle percuta le visage de son adversaire, qui n'y prêta guère d'attention. A nouveau, il levait sa lance.
Lorsqu'il l'abattit, elle se figea dans un serpent qui venait de sortir de l'ombre d'Aya. Halteran baissa les yeux : son ombre grossissait sous ses pieds.
Ayant qu'il ne puisse se jeter sur le côté, un serpent bondit du sol et l'entraîna dans le ciel orangé avec lui. Pour peu de temps, malheureusement : bientôt, une puissante déflagration traversa le reptile violent de part en part.
Délicatement, les pieds du démon se posèrent à nouveau contre le sol. Lorsque celui-ci rouvrit doucement ses yeux, la lame de son adversaire fusait vers sa tête. Elle fut stoppée par sa lance.
A présent, une puissante flamme brillait dans les yeux azurés de la jeune femme. Une flamme qui s'embrasait grâce à l'énergie du désespoir le plus profond, de l'abandon de soi le plus complet. Une flamme appelée détermination. Et elle semblait à la hauteur de celles de ce démon venu des entrailles des enfers...
L’arme de la jeune femme s'éveilla. Elle frappa comme un éclair. Elle devint un serpent invisible, qui s'élançait avec toute la vivacité dont ces reptiles sont capables.
Mais celle d'Halteran para chaque coup. Chaque fois que l'éclair orangé qui servait de lame à la Tisseuse s'avançait, la lance du démon le repoussait.
En moins de cinq secondes, ils avaient échangé plus d'une trentaine de parades, à une vitesse si stupéfiante qu'elles étaient à peine visibles pour l'oeil nu d'un simple humain.
Pas une fois seule fois, la lame d'Aya ne mordit son adversaire, mais pas une seule fois, la lance du démon ne put l'érafler. Au même instant, ils bondirent tous deux en arrière et s'examinèrent du regard.
Pas une goutte de sueur ne coulait le long du front d'Halteran. Aya, en échange, était à bout de souffle et peinait à garder son épée entre ses mains.
- Ce duel est vain, commenta le démon. Je reconnais que tu t'es bien défendue, mais il est inutile de continuer plus longtemps. C'est terminé.
- Si... Si je te laisse partir... Tu vas... Tu vas essayer de détruire le monde, de...
- Evidemment. C'est ma seule raison d'exister. Je suis un démon, jeune Tisseuse. Ce monde, ces gens... Pour moi, tout ceci est insignifiant. Non pas comme les insectes le sont pour les hommes, mais plutôt comme un lièvre l'est pour un chasseur affamé. Si je tue, ce n'est pas pour m'amuser, c'est tout simplement parce que je suis fait pour ça tout comme les hommes sont faits pour aspirer au bonheur. Chacun n’existe que pour satisfaire ce pour quoi il a été créé. Ce n'est pas plus compliqué que cela.
Et soudain, la pointe de sa lance se figea dans la poitrine d'Aya. Cette dernière baissa ses yeux tremblants sur cette arme qui venait de la transpercer.
- Et si je vais te tuer, c'est tout simplement parce que chacune de mes cellules aspire à sentir ta vie s'échapper de ton corps. Ne m'en veux pas. Personne ne peut être ce qu'il n'est pas.
Il retira sa lance. Et puis, à nouveau, la leva vers le ciel. Mais lorsqu'il l'abattit, sa course fut stoppée par un croissant d'énergie.
Aya leva les yeux. Halteran se retourna.
Au sommet de la dune, sur les dalles de marbres, se tenait Light, un sourire amusé aux coins des lèvres. D'un mouvement nonchalant, il releva son épée et cria à l'attention du démon :
- Et toi, ne m'en veux pas si je vais te tuer. Vois-tu, chaque cellule de mon corps aspire à te faire cracher ton dernier souffle !
Puis, il reporta son attention sur son amie :
- Est-ce que ça ira, Aya ?
- Ne t'en fais pas, aucun organe vital n'a été touché. Mais s'il te plait, la prochaine fois, évite le coup du bel ange qui arrive juste à point pour sauver la pauvre princesse en difficulté. Ca fait vraiment trop cliché.
- Je ferais de mon mieux. Au fait, tu viens de dire beau, non ?
- Tu as dû rêver. Tu ferais mieux de te concentrer sur ton adversaire.
Light hocha la tête et ses yeux se posèrent à nouveau sur le démon. Rapidement, ils devinrent dorés et perdirent toute lueur d'amusement.
- Je m'appelle Light. Retiens bien ce nom, c'est le dernier que tu attendras.
- Je suis Halteran. Essaye de ne pas commencer à te vanter aussi tôt, si tu perds, tu n'en paraîtras que plus ridicule.
Le jeune homme sourit. Et, tandis qu'il s'élançait sur son adversaire, son corps s'entourait d'une épaisse lumière blanche.
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