CHAPITRE 43 : Hasta la revolución...

Amatsu et le Naginata

 

  Un mois s'était écoulé. Depuis que Ray et Enishi avaient croisé Ice pour la dernière fois, un long mois s'était écoulé, un mois déjà chargé de souvenirs et d'expérience. L'île d'Occulem, où le maître de la foudre avait promis à son ami de le retrouver, avait, elle aussi, beaucoup changé entre temps. Les adorateurs de l'Armonys en avaient pris le contrôle. Quant au maître de l'eau, sa capture avait fait beaucoup de bruit, et depuis trois jours, tout le monde en ville ne parlait que de cette histoire. On disait que cet évènement, ajouté au fait que le nouveau patriarche des Lumen n'ait pas été intronisé, témoignait du crépuscule des tisseurs de néant. Mais pour l'instant, ces derniers accusaient les coups sans rien dire, déployant de plus en plus de troupes pour apaiser par les armes les tensions à l'extérieur et à l'intérieur du territoire.
  La nuit était tombée, douce, réconfortante. Son voile léger couvrait Ray et Enishi de manière à leur permettre de circuler librement à travers les rues d'Occulem.
  Les deux adolescents avaient un plan. Trouver un navire qui aurait le cran de les amener jusqu'à la citadelle de Nounia, au cœur du domaine des Armonys. Là, ils auraient une chance de libérer Ice, s'ils parvenaient à se faufiler incognito à l'intérieur des murs de la ville, à entrer sans se faire repérer dans l'une des prisons les mieux gardées du Nexus, à retrouver leur ami sans rien connaître des lieux, puis à repartir en terrassant tous ceux qui s'opposeraient à eux. Pour les détails, ils aviseraient sur place, il leur fallait déjà trouver quelqu'un d'assez courageux pour les amener jusque là.
  Enishi tapa dans un caillou et demanda à son ami :

- Rappelle-moi déjà pourquoi on essaye de trouver un capitaine qui accepterait d'amener deux clandestins dans la capitale des Armonys, alors qu'on est dans un territoire qui appartient aux Armonys ?
- Parce qu'on savait pas que les Armonys avaient conquis ces terres avant de demander à Dorol de nous amener ici, ni même qu'Ice avait été capturé.
- On a bien une amulette de retour, on a qu'à l'utiliser, non ?
- Ouais, sauf que je te rappelle qu'il faut d'abord la mettre dans un socle de transport, c'est un truc de Tisseurs ça, les Armonys l'ont mis hors service dès qu'ils sont arrivés ici. En plus, on a déjà deux dettes envers Dorol, si on rentre, il acceptera jamais de nous aider à repartir une troisième fois.
- Ouais, et dans ce cas, aucune chance de sauver Ice, je sais. Mais putain, autant montrer nos fesses à un garde en hurlant qu'on est deux Tisseurs élémentaires, on rejoindrait la prison plus vite !
- On est plus des Tisseurs, je te rappelle.
- Ouais, ouais, je sais.

  Ray soupira et tous deux continuèrent leur marche en silence. Les maisons défilaient, petites, crasses. Au fond, pour ces gens, rien ne changeait. Ils avaient connu la misère du temps des Tisseurs et cette misère continuait sous l'ère des Armonys. Mais pour des régimes qui ne changeraient qu'à peine la vie de la plupart des habitants de ce monde, exception faite des militaires et des politiques, des centaines de milliers de personnes allaient périr dans chaque camp. C'était absurde, totalement illogique, mais ni Ray ni Ice ne pouvaient y changer quoi que ce soit.
  Les deux adolescents passèrent devant une taverne. Ils s'immobilisèrent, se regardèrent, hochèrent les épaules et prirent la décision d'entrer. Quel meilleur endroit pour trouver quelqu'un, à plus forte raison des marins, qu'une taverne ?
  La salle en bois était correctement chauffée et très peuplée. Quelques personnes, attablées seules, terminaient rapidement leurs boissons, mais la plupart des clients avaient constitué des groupes et jouaient aux cartes ou aux dés. Quelques-uns, enfin, sirotaient leur verre devant le comptoir. Parmi eux, un homme grand et élancé, au visage buriné par le soleil, vêtu d'un long manteau bleu marine et d'une casquette caractéristique des capitaines de la baleine blanche. Ray avait déjà lu quelques détails sur eux dans l'un des livres de Laïna. Des types honnêtes et courageux, souvent liés avec les Tisseurs. Peu de chance qu'ils les trahissent pour les livrer aux Armonys. Si les livres de Laïna étaient encore d'actualité, bien évidemment...
  Ray s'assit au comptoir à côté du capitaine aux cheveux blancs et ordonna au tavernier d'une voix fière :

- Deux laits chauds.
- Pareil, ajouta Enishi.

  La majorité étant fixé à 17 ans dans ces régions, aucun des deux adolescents n'avait le droit de boire de l'alcool. De toute manière, même s'ils avaient eu l'âge requis, ils ne pouvaient pas présenter de papiers pour le prouver, car tous ceux qu'ils possédaient avaient été faits par les Tisseurs. Ce qui n'empêcha pas quelques rires moqueurs de s'élever. Ray les ignora superbement. Enishi... Et bien il le fit aussi, mais un peu moins superbement disons, puisque sa tête avait pris la couleur de son élément.
  Le maître de la foudre se tourna vers le capitaine à côté de lui et demanda :

- Vous faîtes partie de l'ordre des baleines blanches ?
- La curiosité est un vilain défaut, gamin.
- Je prends ça pour un oui. Est-ce que vous remonteriez jusqu'à Nounia, par hasard ?
- Personne ne remonte jusqu'à Nounia. Trop dangereux.
- Pour un équipage lambda, peut-être. Pas pour quelqu'un qui fait partie de votre ordre.
- Gamin, tu commences à m'énerver, alors je te conseille d'arrêter de tourner autour du pot et de me dire directement ce que t'as à me dire.
- Très bien. Mon ami et moi, nous voulons aller à Nounia.
- Pourquoi faire ?
- C'est personnel.
- Dans ce cas, c'est tarif double.
- Nous n'avons pas vingt aeras sur nous. Mais nous pouvons vous donner un coup de main sur votre navire, le travail ne nous fait pas peur !
- Donc, pour résumer, vous êtes deux parfaits inconnus qui me demandent de vous amener dans l'un des endroits les plus dangereux du monde pour des raisons secrètes et ce, gratuitement. C'est bien ça ?
- Non mais forcément, si on voit les choses de cette manière...
- Bien entendu.

  Le capitaine leva son verre au-dessus de la tête de Ray, le retourna lentement et attendit quelques secondes qu'il eut terminé de se vider intégralement sur son crâne. Puis il appela le tavernier et commanda une autre boisson.
  Enishi donna une grande tape dans le dos de son ami :

- Bien joué, je le sens bien là, il m'a l'air presque convaincu !
- Toi, tu la fermes !
- Ouais, ouais. Bon, si t'as encore soif, je te propose qu'on essaie une autre taverne. En tout cas, t'as trouvé la solution pour avoir à boire gratis, c'est déjà ça !

  Ray se leva en grognant et, ensemble, les deux amis quittèrent cet endroit.
  Une jeune femme, assise au coin de la pièce, n'avait rien perdu de cet échange. Son chat sauta sur la table et leva la patte dans la direction des deux adolescents, qui sortaient. Sa maîtresse haussa un sourcil :

- Eux, tu crois ? Ils ont l'air plus ridicules que forts !
- Miaou !
- D'accord, d'accord, je vais m'intéresser à eux. Mais sincèrement, je pense qu'on perd notre temps.

*


  Ray et Enishi s'arrêtèrent et levèrent les yeux. A force de marcher sans s'interroger sur la direction que prenaient leurs pas, ils avaient fini par déboucher sur une impasse. Tous deux soupirèrent et se retournèrent.
  Pour se retrouver face à face avec un groupe de cinq inconnus encapuchonnés, vêtus de noir, un poignard à la main. Ray soupira. Face à un tel étalage de clichés, difficile de se tromper sur l'identité de ces individus patibulaires :

- Laissez-moi deviner, vous êtes des voleurs ? Et je parie même que vous faîtes partie du pacte de Babylone ?
- Le pacte de Babylone, s'étonna Enishi, c'est quoi, ça ?
- Je t'en ai pas parlé ? Tu sais, le groupe de Jupiter, tout ça ?
- Jupiter ? Ah ouais, le ninja doré ? Le copain de Saturne ? Je me souviens maintenant. M'enfin, déjà qu'ils avaient l'air d'être des hauts gradés et qu'on les a quand même éclatés y'a quelques mois, aujourd'hui, c'est pas cinq sous-fifres qui vont me faire flipper.

  L'un des cinq, qui semblait être leur chef puisqu'un rubis écarlate était incrusté dans la garde son poignard, fit un pas en avant. Ray leva sa main, autour de laquelle tourbillonnaient quelques rayons électriques éblouissants.
  Les assassins se jetèrent sur les adolescents. Enishi en repoussa un premier en lui assénant un puissant coup de poing dans le bassin, jeta un second en arrière d'un coup de pied dans la mâchoire, se baissa pour éviter le poignard d'un troisième qui reçut en retour un éclair dans le torse. Tandis qu'il tombait à terre, paralysé, un quatrième jeta son poignard droit sur Ray. La lame heurta son torse et rebondit dessus sans causer le moindre dommage. Enishi profita de sa surprise pour le terrasser d'un coup de coude sur le haut du crâne. Ray, tout aussi stupéfié, regarda le poignard par terre, avant de s'écrier :

- Hé, mais j'y crois pas ! Ces losers nous attaquent avec des poignards en acier ! On trouve à la Foir'Fouilli des armes comme ça, vous pensez quand même pas blesser d'anciens Tisseurs avec ces espèces de presse-papiers, si ?

  Pour toute réponse, le cinquième assassin, celui qui semblait être le chef, s'enfuit en courant. Enishi éclata de rire tout en tapant du pied par terre - ou sur le corps d'un de ses adversaires qui essayait de se relever, là-dessus les sources divergent.

- J'crois que t'as ta réponse, Ray ! Bon, c'était bien marrant comme intermède, mais on va où maintenant ?
- Il commence à se faire tard et il nous faut reconsidérer notre stratégie, on arrivera nulle part en continuant comme ça. Je te propose de trouver un endroit où passer la nuit, demain matin à la première heure, on recommencera à réfléchir à tête reposée.
- Ca me va. Bon, j'aime pas trop me lever en même temps que le soleil, mais j'suppose qu'on doit bien faire quelques efforts !
- Tiens, je croyais que ce serait le mot réfléchir, moi, qui te poserait problème.
- Toi, un de ces quatre, tu finiras comme ces bandits, connard !
- A tes pieds ? Je sais que t'as besoin de dormir, mais regagne le monde réel, vieux.

  Enishi grogna et tous deux reprirent leur route. Mais alors qu'ils revenaient sur leur pas et sortaient de cette impasse, ils eurent la surprise de croiser un chat tranquillement assis sur une caisse. Il avait le poil marron et les yeux émeraude, ainsi qu'un regard étrangement vif, même pour ces félins. Enishi se pencha pour le caresser, mais le chat se dégagea rapidement et sauta à ces pieds. Ray donna une tape sur l'épaule de son ami pour le réconforter :

- Même les animaux s'écartent quand t'approches, ça doit être l'instinct, c'est futé quand même, les bêtes, hein ?
- Ne le prenez pas mal, Konaginata ne laisse pas grand monde s'approcher de lui.

  Les deux adolescents se retournèrent. La jeune femme qui venait de leur parler devait avoir 19 ou 20 ans, pas plus. Son visage portait des caractéristiques visiblement asiatiques, bien que cet adjectif n'ait que peu de sens à propos des civilisations nexusiennes. Ses longs cheveux sombres et soyeux étaient noués en une coupe très sophistiquée, qui ressortait d'autant mieux sur sa longue robe bleue aux motifs dorés.

- Je me présente, ajouta la jeune femme, Amatsu.
- Enchanté, moi c'est Ray et...
- Et moi c'est Enishi, s'empressa d'ajouter ce dernier.
- Je vous ai écoutés, à la taverne. Vous voulez aller sur Nounia. Pourquoi ?
- Parce que...

  Enishi allait répondre, mais Ray l'interrompit en levant la main. Son regard se fit suspicieux lorsqu'il détailla la jeune femme. Le chat, comme capable d'évaluer la tension dans l'air, sauta sur une caisse pour dominer la situation, prêt à bondir. Au bout de quelques secondes, le maître de la foudre demanda enfin :

- Pourquoi devrait-on te le dire ?
- Parce que j'ai un bateau.
- Qui pourrait nous amener là-bas ?
- Vous allez sur Nounia pour des raisons obscures, donc vous ne comptez sans doute pas vous faire remarquer des Armonys. J'ai moi-même mes propres raisons pour vouloir m'y rendre, mais je parie qu'ils n'ont pas plus envie de me voir moi que vous. J'ai un navire, seulement je ne suis pas une combattante et je ne connais pas cette ville. Là-bas, je serai sans défense. Vous, vous savez vous battre, mais vous ne pouvez pas y aller par vos propres moyens. Je vous propose une alliance.
- Attends une seconde, tu veux dire que nous ne serons que trois ?
- En y allant à trente, nos chances de nous faire repérer seraient plus élevées, tu ne crois pas ?
- Tu veux me faire croire que tu as un navire en état de parcourir à peu près 10.000 kilomètres sans qu'il y ait besoin d'équipage ?
- Le transport, c'est mon domaine. Et vous, est-ce que vous serez capables d'affronter une ville entière s'il le faut ?
- Ca sera reposant, par rapport à d'habitude. Qu'en dis-tu, Enishi ?
- En gros, non seulement elle nous amène à Nounia, mais en plus on a une excuse pour se faire du religieux fanatique ? Moi chuis pour à 200%, j'ai une revanche à prendre sur ce Prédicateur de mes deux !
- A l'unanimité, nous acceptons ton offre, Amatsu.

  La jeune femme hocha la tête. Son chat miaula pour exprimer son contentement, ou peut-être simplement sa faim, et s'en alla d'un bond majestueux. Sa maîtresse le suivit, les deux fugitifs firent de même, persuadés que l'Empereur en personne approuvait leurs pas et leur envoyait même les opportunités à saisir pour réussir dans leur quête.

*


  Au sommet de la plus haute tour de Nounia, plusieurs dizaines d'adorateurs de l'Armonys se trouvaient réunis dans une salle à la blancheur immaculée. La plupart étaient prosternés contre le sol, anonymes, pleins de respect pour la cérémonie à venir.
  Un seul était debout et ne portait pas sa capuche rabattue sur son visage. Il tenait entre ses mains un médaillon en fer blanc, à l'intérieur duquel était incrusté un cristal ambré. Il le tendait à l'un des apprentis agenouillé devant lui. Ce dernier demeurait silencieux et solennel.
  D'une voix grave, le maître de cérémonie déclama les phrases sacrées :

- « La voie vers l'Harmonie ne porte ni nom, ni grade. » Voici ce que déclara Elnet le sage. Après quoi, il ajouta : « L'Harmonie est un chemin infini que nul ne parcourir en une seule vie. Même l'éternité toute entière ne permet pas de saisir pleinement ce qu'elle est, simplement de s'en rapprocher. » Aujourd'hui, mon frère, tu as fait un pas de plus sur cette route sans fin. Aussi, même si cette voie n'est pas graduée, tu as mérité un titre, celui de discipline du sixième niveau. Penses-tu en être digne, mon frère ?
- Elnet a dit un jour que nul homme ne peut émettre un quelconque jugement, car l'Harmonie seule possède ce pouvoir. Celui qui sait tout de l'univers, qui connaît chaque expérience qui a marqué un homme, celui-là peut dire si ce qu'a fait cet homme était bien ou mal. Mais nous, simples être finis, nous ne pouvons que supposer et nous faire des images sur la réalité. Je refuse de laisser parler mon imagination à une heure aussi sacrée. Je ne sais pas si je suis digne de cet honneur, mais je promets de toute faire pour me montrer digne des faveurs de l'Harmonie.
- Tu parles avec sagesse, mon jeune frère. Accepte ce médaillon.

  L'apprenti se redressa et rabaissa son capuchon pour que le maître de cérémonie puisse passer l'artéfact sacré autour de son cou. Dès que cela fut fait, le jeune homme descendit de cette estrade et rejoignit les rangs des fidèles anonymes.

- Mes frères, proclama le maître de cérémonie, remerciez maintenant l'Harmonie d'accueillir un peu plus près de son cœur ce nouveau disciple du sixième niveau. Remerciez-la d'avoir pardonné ses fautes à un jeune pécheur et d'avoir offert la rédemption à celui qui jusqu'alors avait marché en dehors de ses sentiers sacrés. Admirez tous la sublime transformation de notre jeune frère, admirez la divine métamorphose du nouveau Lepidus !

  L'ancien cadet des Lumen baissa humblement la tête.

*


  Au bord du quai, là où commençaient les terres de Neptune, là où la mer déchaînée reprenait ses droits, Ray, Enishi et Amatsu s'arrêtèrent respectueusement pour contempler le navire qui leur faisait face.
  Il s'agissait d'un galion à trois mâts, ou en tout cas d'une de ses variantes nexusiennes. Sa coque, fine et allongée, ne pouvait manquer d'évoquer un sabre ou toute autre arme à la lame recourbée. Sa figure de proue devait représenter une déesse inconnue. Derrière une rangée d'écoutilles, on devinait une batterie de canons. Un bâtiment impressionnant, donc, et Ray comme Enishi en restèrent bouche bée. Finalement, le maître de la foudre se tourna vers sa nouvelle associée et lui demanda :

- C'est... C'est vraiment notre navire ?
- Hum, non. En fait, le nôtre, c'est le petit, à côté.

  Ils tournèrent légèrement la tête. Une petite barque flottait misérablement à côté du galion. Traverser un fleuve avec cette embarcation aurait déjà semblé risqué, alors la moitié du globe...

- Putain, s'écria Enishi, j'espère que c'est une blague, parce que j'vous préviens tout de suite, je fais pas 10.000 km dans cette merde !
- Evidemment que c'est une blague, vous ne pensez tout de même pas que quiconque traverserait l'océan avec cette barque ?

  Sur ces mots, Amatsu s'élança, bondit, s'agrippa à une écoutille et s'en servit pour atteindre le pont. Elle se baissa et tendit alors la main à Ray et à Enishi.

- Voici le Naginata. Vous montez ?

  Les deux adolescents se regardèrent, haussèrent les épaules et l'imitèrent.

*


  Ley et son mentor progressaient lentement dans les couloirs étriqués de la tour éternelle. Tous les couloirs qu'ils empruntaient étaient pareils aux précédents et tous ceux qui suivraient seraient pareils à celui-ci. Une véritable philosophie de vie qui trahissait la pensée des instances supérieures, songeait l'ancien cadet des Lumen.

- Tu es bien pensif, remarqua le prêtre.
- Toujours, maître. Si j'arrêtais de réfléchir aux chemins vers lesquels marchent mes pieds, je me perdrais sans cesse.
- Tu es vif, mon jeune frère, j'aime cette lumière toujours vivace dans ton esprit. J'espère simplement que tu n'auras jamais idée de la retourner contre nous.
- Douteriez-vous de la sincérité de mon attachement à l'Harmonie, mon frère ?
- « Vérité n'est pas immobilité. Doute toujours et tu ne t'embourberas jamais dans l'erreur. »
- Le sage Hérihor, troisième livre, chant 16 ?
- Non, le quinzième.
- Excusez-moi, une petite erreur sans conséquence.
- Comme je te le disais, Lepidus, je doute toujours de ta foi en notre cause. Néanmoins, ce doute ne m'empêche de considérer tes mérites à leur juste valeur, et tu as montré jusqu'à présent un attachement sans faille à respecter les principes de l'Harmonie. Aussi ai-je une mission à te proposer.
- De quelle mission s'agit-il ?
- Tu comprendras rapidement.

  Le prêtre posa sa main sur une porte sans poignée, au fond d'un couloir pareil à tous les autres. Un petit éclat illumina alors la serrure qui venait d'apparaître. Les deux Armonys pénétrèrent ensuite dans une cellule lumineuse. Au fond, un adolescent était enchaîné. Ley arqua un sourcil interrogateur :

- Qui est-ce ?
- Un pécheur, perdu comme tu l'étais auparavant dans les ténèbres de la folie et de l'impiété. Je veux que tu le guides jusqu'à la lumière nourricière de l'Harmonie.
- Je le ferai, maître. Quel est son nom ?
- Ice.

*


  Ray détailla rapidement du regard la cabine qui lui servirait de chambre pendant un mois, jusqu'à ce que ce navire atteigne Nounia. Faire le tour de son domaine était rapide : La pièce était exiguë, ses seuls ornements se résumaient à une armoire, une table de chevet et un lit. Tout semblait fait dans le même bois, à part les draps et le coussin. Lorsqu'ils feraient une escale pour se ravitailler, l'adolescent en profiterait pour acheter de quoi décorer sa chambre. Enfin, s'ils avaient de quoi acheter des décorations, ce qui n'était pas sûr...
  Il retira rapidement ses bottes et se jeta sur son lit. La journée avait été longue, il était éreinté et n'espérait qu'une seule chose : que les remous de l'eau le bercerait et qu'il dormirait sans être dérangé pendant au moins douze heures.

- Evidemment, et tu ne voudrais pas que je te chante une berceuse, quitte à y être ?

  Ray garda les yeux fermés. Il ne connaissait que trop bien cette voix. L'intonation, le ton, les mots choisis étaient différents, mais cette voix, il ne pouvait pas manquer de la reconnaître.
  C'était la sienne. Furieux, l'adolescent se releva et fit face à son double. Cet autre Ray au manteau bleu et au regard dédaigneux, né de la marque de l'Epée...

- Qu'est-ce que tu veux, encore ?
- Ce serait à moi de te poser cette question, cher compagnon. Que veux-tu ?
- Que tu foutes le camp de mon esprit sur-le-champ.
- Personnellement, je ne demande pas mieux, tu n'imagines pas à quel point c'est désespérant d'être piégé dans cette prison infâme. Ton esprit est médiocre, mais si je ne suis pas ici pour relever son niveau, qui s'en chargera ?
- Tu m'excuseras, mais essayer de tuer tout ce qui bouge, c'est pas ce que j'appelle une élévation spirituelle !
- Tu présentes la chose comme si j'étais une sorte de meurtrier assoiffé de sang.
- Il me semble que c'est plus ou moins le comportement que tu as eu à chaque fois que tu es sorti, non ?
- Allons Ray, tu as beaucoup de défauts, je suis le premier à le reconnaître, mais remercions l'Epée, tu n'as aucune pulsion meurtrière particulière. Pas plus que ce qui est dû à ton espèce, en tout cas. J'incarne ton idéal, ne l'oublie pas, et tu n'as aucune envie de devenir un tueur en série, donc moi non plus.
- Ouais, enfin dire que tu incarnes mon idéal, c'est peut-être s'avancer un peu beaucoup. Mon idéal vestimentaire, peut-être, j'aime beaucoup ce manteau, je l'admets.
- Tu ne t'en rends pas compte, Ray, mais je suis la partie de toi qui aspire à grandir.
- Grandir, grandir, faut pas exagérer, tu fais 1m75, comme moi !
- N'essaie pas de jouer à l'imbécile, Ray. Tu l'es déjà suffisamment en temps normal, inutile d'en rajouter.
- C'est l'une des multiples différences entre toi et moi. Tu crois que pour être grand, il faut rester sérieux, froid, solennel. Pour moi, c'est de la connerie, le plus grand c'est celui qui essaie de se faire passer pour un petit, pas celui qui a besoin d'en rajouter pour montrer qu'il est impressionnant.
- Une position qui peut se justifier, mais n'oublie pas que c'est toi qui m'as créé comme je le suis, tu es en train de parlementer avec ton inconscient, tu t'en rends bien compte ?
- J'ai pas demandé à parlementer moi, c'est toi qui viens me faire chier alors que je voudrais juste dormir !
- Si je viens, c'est parce qu’inconsciemment, tu m'as appelé, Ray.
- Il a bon dos, mon inconscient, comme je sais jamais ce qu'il trame, tu te décharges toujours en disant que c'est sa faute, un peu facile non ?
- Tu as fait tout ce chemin pour ramener Ice. Soit, passons sur toutes les étrangetés que tu as rencontrées à ton arrivée, oublions qu'une parfaite inconnue vous propose miraculeusement de vous amener gratuitement à l'autre bout du monde à bord d'un galion sans équipage. Mais une fois que tu seras à Nounia, que feras-tu ?
- Facile, on se renseigne, on trouve où ils ont enfermé Ice, on le libère et on utilise l'amulette pour rentrer chez nous.
- Tu ne crois tout de même pas que les Armonys vont vous laisser faire sans réagir ?
- Tous ceux qui se mettent sur mon chemin, je les extermine. Je n'ai pas oublié mon combat contre Heindoll, tu sais.
- Tu penses pouvoir être en mesure de contrôler mon pouvoir pendant quelques secondes, pourquoi pas. Après tout, tu es un adolescent, avec des pouvoirs magiques qui plus est, on peut comprendre que tu aies ce sentiment puéril d'invincibilité. Mais même si tu parviens à ramener Ice, est-ce que tu crois que ça suffira à effacer tout ce qui s'est passé ?
- Ferme-la.
- Tu as essayé de le tuer, Ray. Et cela, ni toi, ni lui, vous ne pourrez l'oublier. Rien ne sera jamais plus comme avant.
- C'est toi qui as essayé de le tuer, pas moi !
- C'est la même chose et tu le sais. Si au fond de ton âme, tu n'avais pas désiré te défaire de toutes ces attaches qui t'avilissent, je n'aurai jamais levé ma lame contre lui.
- Arrête, j'ai dit !
- Tout est différent, Ray. Vous n'êtes plus les amis inséparables d'autrefois. Lui, il est encore un Tisseur. Toi, tu es un fugitif. Il croit dur comme fer en un système pour lequel tu n'éprouves plus aucune confiance. Il voudra redevenir un Tisseur, alors que toi, tu feras tout pour qu'ils ne te remettent jamais la main dessus.
- C'est pas parce que mon ami est policier que je ne peux pas être potier, non ?
- Je vois que tu es encore trop immature pour accepter de voir la vérité en face. Quand tu seras prêt à reconnaître le danger et à en discuter, nous reprendrons cette conversation. En attendant, je te souhaite une bonne nuit, maître de la foudre.

  Son double disparut. Ray attendit quelques secondes, puis, furieux, il attrapa son coussin et le jeta à travers la pièce. Il n'arriverait plus à trouver le sommeil, maintenant...

*


  Ley attrapa un tabouret et s'assit dessus. Ice ouvrit les yeux et le regarda. Pendant quelques secondes, l'adolescent resta amorphe, le temps d'intégrer cette vision. Puis il écarquilla les yeux et s'exclama :

- Light ? Mais comment... ?
- Je t'arrête tout de suite, je ne suis pas Light mais un de ses cousins, mon nom est Lepidus, mais tu peux m'appeler Ley.
- Vous êtes un Lumen ?
- Tu peux me tutoyer aussi, je suis pas si vieux, quand même ! Un Lumen... C'est une bonne question ça, une excellente question. Il y a deux mois, je t'aurais répondu que non, parce que les Lumen n'ont jamais accepté notre branche de la famille. Et puis il y a sept semaines, paf, on apprend subitement que Light est mort et que je suis le dernier à posséder les yeux de l'ange. Je redeviens un Lumen, et même le patriarche des Lumen. Mais aujourd'hui, j'ai renoncé à ce titre.
- Les Armonys vous ont embrigadé ? Non, bien sûr, « ils vous ont aidé à trouver la voie ». C'est bien comme ça qu'ils disent ?
- Les Armonys ne savent même plus quelle est la voie qu'ils suivent. Ils ont un trésor entre les mains, mais ils ne sont pas capables de l'exploiter.
- Bien sûr, vous voulez me faire croire qu'en fait, vous êtes sur le point de trahir les Armonys et que vous avez besoin de mon aide ? Je ne marche pas.
- Tu te méprends à nouveau. Je ne cherche pas à trahir les Armonys, au contraire. Je ne sais encore que très peu de choses, mais j'apprends vite. Et surtout, je comprends vite. Les Armonys suivent la même route que les Tisseurs. Ils veulent avancer à tout prix, quitte à oublier leur destination d'origine. L'important n'est plus d'atteindre l'arrivée, c'est d'empêcher les autres de le faire.
- Les Tisseurs comme les Armonys ont perdu de vue leur identité et leurs aspirations, c'est ça que vous voulez dire ?
- Exactement. Ils ne pensent qu'à grandir, sans se rendre compte qu'ils rétrécissent en agissant de cette manière. Alors franchement, que ce soit les Tisseurs ou les Armonys qui dirigent le monde, je n'en ai rien à faire. Tout ce que je veux, c'est trouver l'Harmonie. Pas pour les autres, non, je ne suis pas assez fort pour répandre la sagesse autour de moi, j'aimerais simplement atteindre l'Absolu.
- Et moi, dans tout ça ?
- Je connais les gens comme toi, Ice. J'ai été dans le même cas que toi, il n'y a pas si longtemps. J'ai sincèrement cru que les Tisseurs pouvaient rendre le monde meilleur. Mais comment pourraient-ils y arriver, s'ils se contentent de beugler qu'ils sont ici pour faire changer les choses, sans avoir le moindre plan pour y parvenir ? Chaque camp croit détenir la meilleure voie, mais aucun ne respecte ses propres principes.
- Mais vous, vous pensez y arriver ?
- En inversant leur logique. Les Tisseurs prennent quelques personnalités, comme les membres du conseil des sages ou les Cinq Grands, et espèrent naïvement qu'ils seront capables de changer le monde avec elles. Moi, je veux enseigner à tout le monde, pour que ce soit le monde qui se change lui-même. Une révolution par le bas, en quelque sorte. Comment les Armonys pourraient-ils imposer l'Harmonie, alors que les gens ne comprennent pas ce qu'Elle est ? On leur dit "Croyez ou mourez", alors ils croient, ils respectent, peut-être même qu'ils admirent, mais ils ne comprennent pas.
- Alors vous, vous allez essayer de me persuader de suivre la voie de l'Harmonie, pour que je puisse ensuite répandre cette parole autour de moi ?
- Tu es perspicace, tant mieux. L'intelligence est notre guide sur la voie de l'Harmonie.
- Ce que vous ne comprenez pas, c'est que je ne veux pas de votre Harmonie universelle. Vous pourrez peut-être me laver le cerveau, ça je ne peux pas l'empêcher, mais votre religion ne m'intéresse pas.
- Parce que justement, tu ne vois pas l'Harmonie. Tu vois des messagers. Les Armonys sont mauvais pour les Tisseurs. Tu te considères comme un Tisseur. Donc les Armonys sont mauvais pour toi. Où est le message, dans tout ça ? Que sais-tu de l'Harmonie ? Que combats-tu ? Une idée ? Non, tu te contentes de combattre ceux qui l'apportent, sans même savoir de quoi il s'agit.

  La porte du cachot s'ouvrit doucement. Le maître de cérémonie, ou peut-être un autre Armonys de haut niveau, entra d'un pas solennel dans la pièce.

- C'est l'heure, articula-t-il le regardé fixé dans le ciel. Cet entretien est terminé pour aujourd'hui. Il reprendra demain, à la même heure.

  Ley soupira et se redressa. Après un signe de la main à Ice, il quitta la pièce à son tour.

*


  Phoenix se laissa lentement tomber le long d'un rocher. Il avait réussi. Après toutes ces semaines de souffrance, il était finalement parvenu à rentrer chez lui. Il leva les yeux. Il détestait ce ciel violet, ce ciel toujours si oppressant qu'on dirait qu'une tempête ne cessait jamais de se préparer. Mais aujourd'hui, ce ciel si étouffant lui semblait délicieusement familier. C'était chez lui. Aussi effrayante que soit la décoration, il était enfin de retour chez lui, au cœur du repaire de la confrérie de l'Epée.
  Il leva lentement sa main. Elle était couverte de sang. De son sang. Il la porta à la poitrine et essaya de contenir l'hémorragie. Inutile, se dit-il en laissant un fin sourire s'échapper sur ses lèvres. Il savait parfaitement que c'était inutile, et que s'il n'était pas soigné rapidement, il mourait. Il s'était servi de la Marque une heure plus tôt pour distancer ses adversaires, il était trop tôt pour l'invoquer à nouveau afin qu'elle le guérisse. Lentement, il laissa ses yeux se fermer.
  Un coup de pied dans les côtes le réveilla quelques minutes plus tard. Il se redressa en crachant du sang sur Denwen, qui bondit en arrière :

- Connard, je viens te sauver et pour me remercier, tu m'envoies du sang à la figure ?
- Désolé... Fallait y aller plus en douceur...
- Quel branleur celui-là, pour une fois qu'on te donnait une mission à l'extérieur, tu fous sept mois pour revenir et encore t'es complètement mort. Je serai pas le seul à perdre mon grade, je le sens ! Au fait, elle est où, la petite Men' ?
- Là-bas... pas pu l'amener...
- Merde.
- Besoin... renforts... Les autres, trop faibles, tous morts. Men' et moi... seuls survivants.
- Elle tiendra le coup ?
- Cachée... et douée... Elle tiendra, mais pas plus de deux semaines...
- T'en fais pas, dès ce soir, le boss aura envoyé des renforts !
- Non... Non, pas... pas là-bas... Ils surveillent... Surtout, pas ouvrir de portail là-bas, ils… ils le bloqueraient et le… le retourneraient...
- Ils trouveront bien un moyen. Maintenant, faut qu'on t'amène à l'infirmerie. Le gardien a déjà appelé du secours, ils sont en route.

  Phoenix hocha la tête. Ses yeux s'étaient déjà refermés, les forcer à rester ouverts lui était trop difficile. Il parvient tout de même à se redresser lorsque Denwen passa son bras sous ses épaules pour le soutenir.

*


  Accoudé contre la balustrade, Ray observait l'horizon, perdu dans ses pensées. Le navire fendait la mer à une vitesse impressionnante, que beaucoup de bateaux à moteur lui auraient sans doute enviée, et le spectacle de l'écume dansant dans les airs sous l'œil enjoué de la lune avait quelque chose de magique.
  Amatsu vint silencieusement se placer à côté de lui. Les deux jeunes gens restèrent quelques minutes sans rien dire, sans même se regarder, contemplant l'océan l'un à côte de l'autre. Finalement, ce fut Ray qui perça le silence :

- Le Naginata est vraiment impressionnant. Non seulement il va à une vitesse incroyable, mais en plus, il n'a même pas besoin que vous soyez aux commandes ?
- Ce navire est magique.
- Evidemment, un simple navire à voiles comme celui-ci aurait mis au moins six mois pour que nous atteignions notre destination, s'il n'avait pas eu un coup de pouce. Tu penses vraiment qu'on sera à Nounia dans un mois ?
- Peut-être même moins, si tout se passe bien.

  Ray hocha la tête, impressionné. Rajouter quelque chose aurait paru sacrilège. Chaque fois que ses mots brisaient la magie de cet instant, il avait l'impression de taillader une œuvre d'art. Etrangement, ce fut Amatsu qui reprit la parole quelques minutes plus tard :

- Pourquoi est-ce que tu veux aller sur Nounia ?
- J'ai promis à un ami qui était resté coincé sur Occulem de venir le chercher.
- Les Armonys l'ont trouvé avant que tu ne puisses venir tenir ta promesse ?
- Tout juste. Aujourd'hui, il est emprisonné quelque part sur Nounia. Alors je vais le chercher, le retrouver et le ramener.
- Tu es un gars de nature optimiste, n'est-ce pas ?
- On me dit plutôt que je suis un idéaliste, en général. Mais puisque je suis encore en vie, ça prouve que ça marche plutôt bien, non ?
- Sans doute.
- Et toi, qui viens-tu chercher, sur Nounia ?
- Mon père. Ce bateau lui appartient. Je suis juste chargée de le garder en attendant son retour.
- Emprisonné quelque part, lui aussi ?
- Exact, c'est pour ça que j'ai besoin de votre aide. Je ne pense pas qu'il y a deux prisons à Nounia, donc en cherchant ton ami, nous trouverons peut-être mon père.
- Notre route n'est pas prête de se séparer, alors !
- Tant que ce bateau est sous ma garde, considérons qu'il scelle notre alliance.

  Ils sourirent tous les deux. Mais brusquement, Amatsu se figea et fixa son regard sur un point, au loin. Ray, par réflexe, baissa la voix pour demander :

- Il y a un problème ?
- Un navire qui approche. Trop vite pour être un bateau normal. Il est même plus rapide que Naginata et il fonce droit sur nous, donc il nous a repérés.
- Merde, ça pourrait être les Armonys ?
- Peu probable, déjà parce que nous sommes assez éloignés de leurs terres ; Occulem est leur territoire le plus avancé. Ensuite parce que la mer ne les intéresse pas, ils ont peu de navires, ils préfèrent détruire ceux qui les menacent depuis les côtes.
- Dans ce cas, on a affaire à un ennemi encore inconnu. Je vais réveiller Enishi, on pourrait avoir besoin de son aide.

  Amatsu hocha la tête et le regarda partir en courant vers la dunette pour rejoindre son ami. Puis elle fixa l'horizon, espérant distinguer le drapeau de ce navire inconnu.
  Moins d'une minute plus tard, elle eut sa réponse. Un drapeau noir, sur lequel se trouvait dessiné une double porte ouverte sur un serpent montrant ses crocs. Le doute n'était plus permis.
  Ils avaient affaire à des pirates. Pire : à des pirates qui appartenaient au pacte de Babylone.

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Dernière mise à jour de cette page le 08/03/2009
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