CHAPITRE 39 : Flames from a hell called harmony

Tableau chapitre 39


  Flammes. Chaleur. Chaos. Un enfer fait de lumière. Un symbole de vie et d'espoir, qui devait permettre à l'humanité de se purifier et de grandir, mais qui la consumait lentement. Et près de ces arbres qui s'allumaient et mouraient les uns après les autres, vivant à peine assez longtemps pour transmettre cette malédiction à leurs voisins, et près de cette rivière de lave, qui commençait déjà à déborder de son lit, Ray courait.
  Le malheureux enfant cramponné à son dos, le maître de la foudre courait à en perdre haleine. Il fouillait au plus profond de lui-même et extirpait la moindre parcelle de magie, qu'il influait à ses muscles pour accélérer, encore et encore. Il avançait à une telle vitesse qu'il dépassait les flammes qui répandaient leurs tentacules ardents d'arbres en arbres, mais l'incendie progressait de tous les côtés et les encerclait. Ils étaient piégés, tous les deux. A bout de souffle, incapable de voir la moindre échappatoire, Ray s'arrêta et laissa à ses poumons le soin de calmer ce feu intérieur qui les rongeait, à défaut de pouvoir éteindre celui qui n'allait sans doute plus tarder à brûler son corps.

- Il paraît que les Tisseurs, commença le petit garçon, peuvent courir plus vite que le vent, pourquoi tu fais pas ça pour qu'on s'en aille de cette forêt ?
- Désolé mais je ne suis pas capable d'aller aussi vite, il faudra faire avec les moyens du bord. Est-ce que tu vois un chemin ?
- Par là !

  Il pointait du doigt un chemin étroit, perdu entre des buissons encore épargnés par les flammes. C'était risqué, certes, mais ils n'avaient pas d'autre solution. Ray soupira et s'élança à nouveau, ignorant la fatigue qui étreignait ses muscles.

*


  D'un geste brusque, Sanga planta son épée dans la terre. Une barrière faite de roche émergea alors et protégea les trois adolescents de la chute d'un arbre enflammé. Enishi, à bout de souffle, n'avait plus la force d'éteindre le brasier qui les entourait. Il avait dépensé énormément de magie pour leur permettre de survivre jusqu'à présent, sans compter toute l'énergie qu'il avait dû utiliser pour que tous les trois puissent traverser la lave en fusion. Le maître du feu s'affaissa, épuisé. Ice se tourna vers lui et le força à se redresser :

- Dépêche-toi, on a pas le temps de se reposer !
- C'est bon, y'a déjà le feu, peut rien nous arriver de pire, nan ?
- C'est là que tu te trompes, ce n'est que le début de l'apocalypse !
- Putain, sérieux ?
- Je te l'ai déjà dit, j'ai rencontré ce même Prédicateur, sur une autre île. Tout s'est passé à peu près comme ici : la population a refusé de se soumettre, alors il leur a promis que la colère de l'Harmonie se déchaînerait sur eux. Rappelle-toi ses paroles !
- Vous disparaîtrez, répéta Sanga, engloutis par les flots, consumés par les flammes, balayés par le vent et dévorés par la terre.
- Nous avons eu droit aux flots et aux flammes, il reviendra nous apporter le vent et la terre. Il n'y a pas trente-six solutions, on doit parvenir à s'enfuir ou il nous détruira.
- Et Ray ?
- On ne peut pas fouiller l'île tout entière, il faut espérer qu'on le croise sur notre route !
- Putain, les gars, on a fait tout ce chemin pour sauver l'un des nôtres, c'est pas pour qu'un autre crève en échange !

  Brutalement, Ice se retourna vers lui et lui adressa un regard empreint d'une gravité inhabituelle, même chez le maître de l’eau. Lorsqu'il parla, sa voix se révéla aussi tranchante que son épée qu'il tenait à la main :

- Ecoute-moi bien, Enishi. Ce que tu vois là, ce ne sont que les prémices du fléau qui va bientôt frapper cette île tout entière et la broyer comme on écrase une feuille d’arbre sèche. J'ai déjà vécu tout ça, les deux premières catastrophes ne sont destinées qu'à faire fléchir la volonté des plus peureux et des plus indécis. Les plus forts survivront peut-être à la tempête, mais ensuite, le Prédicateur considérera qu'il n'y a plus rien à attendre de ceux qui restent. Alors, il détruira cette île, pas seulement la ville, non, il extermina ses rochers, ses arbres, son sable, ses falaises ; chaque grain de poussière qui la compose finira perdu dans l’océan. Si nos pieds foulent encore cette terre à ce moment-là, alors on mourra aussi sûrement que des moucherons emprisonnés dans une toile d'araignée. Il te reste deux solutions : Soit tu arrives à plonger dans l'océan et à nager jusqu'à ce que cet artéfact te ramène chez toi, soit tu gaspilles tes dernières heures à fouiller une île que tu ne pourrais même pas traverser en trois jours.
- Putain, ça va pas toi, on dirait que ça fait trois semaines que tu bouffes que des légumes !
- C'est le cas, mais ça n'a rien à voir. Vous n'auriez pas dû venir ici, les gars, vous êtes en train de risquer votre vie pour rien !
- Je croyais que les amis, c'était fait pour s'aider en cas de coup dur ?
- D'accord, c'est très noble, mais au final vous vous retrouvez piégés sur une île condamnée et, d’ici quelques heures, si vous avez de la chance, vous vous retrouverez à nouveau chez vous sans savoir où moi je finirai, à condition que vous surviviez. A quoi vous aura servi ce voyage ?
- A connaître nos nouveaux ennemis, déclara Sanga.

  Ice et Enishi se tournèrent vers lui. Le maître de la terre se redressa et regarda au loin, avant d'ajouter :

- Ce chemin a l'air encore accessible, on y va ?

*


  La lame candide brassa les airs. Elle dansa quelques secondes puis s'immobilisa au milieu du néant. L'homme en blanc avait déjà disparu, emporté par des vents harmonieux.
  Ley se retourna et ses yeux dorés se posèrent sur sa silhouette floue. A nouveau, il avait disparu. Et les flots tentaculaires s'abattaient au hasard, et le vent bruyant étranglait n'importe qui.
  Cris.
  Pleurs.
  Chaos.
  Et sang.
  Tout ce sang, qui coulait. Etait-ce celui de ses compagnons ? Ou bien le sien ? Et pourquoi avait-il si froid ? Que faisait-il en train de dériver dans ce fleuve ? Pourquoi, pourquoi son corps refusait-il de répondre aux ordres qu'il lui donnait ? Non, il ne pouvait, il ne devait... Pourquoi est-ce que les ténèbres étaient-elles en train de dévorer tout ce qui l'entourait ? Noir...
  Néant.

  Ley se réveilla soudain, trempe de sueur. Son torse était couvert d'un épais bandage et il sentait ses longs cheveux coller contre son front. Le jeune homme, toujours très affaibli, trouva la force de tourner la tête. Une jeune fille d'une grande beauté se tenait près de lui, manifestement très inquiète. Elle ouvrit la bouche et prononça des mots que Ley ne parvint pas à distinguer. Toutes les sensations qu'il recevait étaient encore trop vagues, les sons qu'il entendait s'unissaient et se mêlaient pour créer une cacophonie floue et indistincte. Le futur cadet des Lumen n'était sûr que d'une chose : la femme qui se tenait à ses côtés était drôlement mignonne... Il ne réussit à articuler que ces quelques mots :

- Si c'est ça, l'enfer qu'on m'a promis, je demande à être condamné à perpétuité...

  Puis il perdit à nouveau connaissance.

*


  Lorsque Ray s'arrêta, à bout de souffle, lui et son petit protégé se trouvaient au sommet d'une hauteur aride. Un coin de paix au milieu de cet enfer de flammes et de lave, un lieu fait de pierres nues qui ne craignaient pas la morsure du brasier qui s'étendait tout autour. Le maître de la foudre, épuisé, se laissa tomber par terre pour reprendre son souffle. Au bout de quelques secondes, il tourna la tête vers l'enfant, assis un peu plus loin :

- Alors, comment est-ce que tu t'appelles ?
- ... Ilish.
- Moi, c'est Ray ! Bon, est-ce que tu sais comment sortir de cette île ?
- Il faut prendre un bateau pour aller sur l'île d'Occulem. C'est une île très très très grande, à partir de là, on peut aller où on veut, c'est que maman disait toujours !
- Je crois que ça ne va pas être facile de trouver un bateau, il n'y a pas une autre façon de traverser ?
- La foule tout entière était persuadée que nul homme ne pouvait franchir cet océan. Pourtant, Elnet le sage se dressa un jour face à eux tous et cria : "Seul celui dont le cœur est empli par la crainte restera à jamais bloqué sur cette rive. Aucune barrière ne peut retenir celui dont l'âme ne connaît pas le trouble, car l'Harmonie guide ses pas." Et, devant la population stupéfaite, il traversa d'un pas tranquille l'océan déchaîné.

  Ray se redressa brusquement. Le Prédicateur se tenait face à lui. Son regard perçant n'exprimait aucune menace, il se contentait de fixer le maître de la foudre comme s'il percevait chaque remous de son âme à travers sa chair et ses muscles. Effrayé par un tel aplomb, repoussé par cette pénétration dans ce qu'il avait de plus intime, l'adolescent recula d'un pas tout en serrant son arme plus fort que jamais. L'homme en blanc, au contraire, avança calmement et ajouta :

- Ton âme est plus agitée que la surface des eaux lorsqu'elle est frappée par la plus terrible des tempêtes. Tu as le potentiel pour t'élever au-dessus de la foule, c'est certain, mais tu es encore bien loin de posséder l'étoffe d'un héros. Rejoins-nous, maître de la foudre, rejoins les doux courants de l'Harmonie, et elle t'aidera à réaliser ton plus grand rêve, elle t'aidera à te réaliser.
- C'est pas possible ça, tous les méchants me demandent de trahir mon camp, mes alliés, mes amis, pour rejoindre du jour au lendemain une cause obscure qui implique la domination du monde, et le pire c'est qu'ils sont persuadés de me faire une fleur avec une telle proposition ! Comment t'expliquer la chose simplement... NON ! Alors maintenant, tu sors ton arme, on se bat à mort, je t'explose complètement et on en parle plus, d'accord ?
- Prends garde aux passions de la jeunesse, car si elles sont parfois capables de soulever des montagnes, elles éloignent l'esprit du Souverain Bien.
- Ouais, c'est ça, maintenant laisse-moi goûter au sang du Christ !

  Et brusquement, Ray envoya un Maryoku sur son adversaire. Ce dernier soupira, de ce soupir qui exprime la patiente exaspération que l'on éprouve face à un enfant récalcitrant. Le sortilège heurta son torse, la foudre se répandit en lui, emplit sa chair et ses muscles. Pourtant, il ne broncha pas et son regard fixait celui de l'adolescent sans jamais se dérober. Ray, troublé, baissa son arme et recula d'un autre pas. Le Prédicateur s'écria alors :

- Tu n'es pas encore prêt à embrasser l'Harmonie dans toute sa splendeur. Ce n'est pas grave, nous attendrons. Si tu survis, retiens ceci, jeune Tisseur : Je suis Septimen. Lorsque tu auras enfin accepté de contempler la vérité en face, les divines voies de l'Harmonie nous réunirons à nouveau, sois-en sûr. Bénie soit l'Harmonie.

  Et il disparut à nouveau, laissant derrière lui un éclair orangé qui ne brilla que le temps d'un souffle. Un vent mystérieux parcourut alors les cheveux de Ray et les rejeta en arrière. Il s'infiltra à travers ses habits et les gonfla d'air, il attisa les flammes, souleva des gerbes de lave tout autour.
  L'adolescent darda son regard sur l'horizon crépusculaire. Un gigantesque cyclone, d’une taille complètement démesurée, aussi large que cette île tout entière, s'approchait des côtes de cette terre maudite.

*


  Ice s'immobilisa brusquement. Il était capable de reconnaître entre mille l'étrange musique que produisait le souffle de vent particulier dans la nuit. Il se retourna et fixa l'horizon.
  Sous la lumière alarmante de la lune, le cyclone approchait. La troisième des quatre imprécations lancées par le Prédicateur.

- Putain, résuma Enishi, on dirait que le vent souffle fort...

  Ice ferma les yeux et réfléchit. Ce n'était pas le moment de paniquer. Il devait rester aussi imperturbable qu'un bloc de glace. Des dizaines et des dizaines d'idées fusèrent dans son esprit, des pièces appartenant à tant de puzzles différents... Mais rapidement, elles s'emboîtèrent les unes les autres, s'ordonnèrent, et la solution parut à Ice. L'adolescent poussa un soupir pour se donner du courage.

- Sanga, il faut que tu creuses un tunnel. Nous devons pouvoir nous réfugier sous la surface de l'île, à peine au-dessus du niveau de la mer. De là, le cyclone ne devrait pas nous atteindre. Tu refermeras le tunnel derrière nous et, lorsque nous serons arrivés, tu ouvriras simplement une petite brèche sur le côté pour que nous ayons un peu d'air.

  Son ami hocha la tête et planta son arme dans le sol. Aussitôt, une brève secousse secoua les trois adolescents, puis un chemin se creusa sous la terre, juste devant leurs yeux.
  A peine l'ouverture s'était-elle refermée que le souffle du cyclone balaya tout ce qui se trouvait à la surface de l'île.
  Y compris Ray et Ilish.

*


  Lorsque Ley se réveilla pour la seconde fois, la lune brillait par la fenêtre. Surpris, le jeune homme se redressa et regarda le ciel obscur. Une journée entière s'était-elle écoulée depuis qu'il avait été vaincu par cet étrange religieux ? Ou plus de temps encore ?
  Rapidement, sa mémoire se remit en route et reconstitua une chronologie des derniers événements. Si cela n'avait tenu qu'à lui, le futur cadet des Lumen serait bien allé retrouver la jeune femme de tout à l'heure pour faire plus ample connaissance, mais s'il ne se dépêchait pas d'aller au domaine ancestral avant le jour de la cérémonie, Sophos le réprimanderait pour le restant de ses jours... Combien de temps lui restait-il ? Lorsqu'il était parti, il avait encore un mois et trois jours devant lui. S'il arrivait à trouver une stèle de transport, il serait très rapidement au domaine.
  Alors qu'il se relevait, il regarda son torse. Plusieurs bandages le recouvraient et ils étaient déjà rougis par son sang. Ses blessures avaient dû être sérieuses, très sérieuses, pour qu'il se retrouve dans cet état. Il ouvrit et referma le poing, en vain. Il décida alors de faire un premier pas. A peine son pied eut-il à nouveau touché le sol que la douleur se répercuta dans tout son corps. Pour ne pas crier, il serra les lèvres.
  La porte s'ouvrit à cet instant et la jeune fille de tout à l'heure entra. En le voyant debout, en train de grimacer de douleur, elle fronça les sourcils et l'accabla de reproches :

- Non mais, qu'est-ce que vous croyez, que vous pouvez faire n'importe quoi avec votre corps ?!
- J'ai l'habitude, vous savez...
- Et bien ici, vous allez éviter, avec tout le mal qu'on s'est donné pour vous guérir, c'est pas pour que vous rouvriez vos blessures tout de suite ! Recouchez-vous !

  Ley ne put empêcher un sourire de se former au coin de ses lèvres. Cette fille était encore plus mignonne lorsqu'elle se fâchait, ses joues prenaient une teinte aussi rouge que ses cheveux flamboyants et elle arborait une moue délicieuse. Gracieusement, le jeune homme lui tira sa révérence, avant d'ajouter :

- A une seule condition, je tiens à connaître le nom de ma sauveuse.
- Je suis Alena, et vous ?
- Lepidus, mais vous pouvez m'appeler Ley, je déteste mon nom, un peu tape à l'œil, n'est-ce pas ?
- Lepidus ? C'est du nelantien ?
- Pire : Du latin. Vous êtes mariée ?
- Vous ne seriez pas en train d'essayer de me draguer, là ?
- Je fais même plus qu'essayer, j'en ai bien peur !

  La dénommée Alena eut un rire franc qui, s'il ne concrétisait pas vraiment les attentes de Ley, lui laissait au moins présager quelques succès dans l'avenir. Il lui obéit lorsqu'elle lui intima de se recoucher.
  Avant de s'endormir, il observa une dernière la pièce où il se trouvait. Très pauvrement meublée, des murs nus, un lit à peine propre. Même la robe de la jeune femme ne respirait pas la richesse la plus opulente, elle était vieille et rapiécée. La dernière pensée qu'eut le jeune homme avant de s'endormir, c'était qu'il devrait peut-être essayer de résoudre ce problème quand il aurait les idées claires.

*


  Lorsque l'aube se leva, un oiseau chanta. Il décrivit quelques cercles dans l'horizon, trop heureux de pouvoir encore voler librement après le passage destructeur du cyclone. Sa mélodie emplit l'air et finit par réveiller Ray qui, lentement, ouvrit les paupières.
  La chaleur du soleil brûlait son dos et la tiédeur de l'océan recouvrait sa main droite. Des vagues allaient et venaient, s'amusant à tremper sa main et à se retirer immédiatement, comme un enfant pris en flagrant délit. Ray soupira. Il était incapable de bouger, mais en vie. Comment avait-il fait pour survivre, il n'en savait rien. Mais il savait que cette fois, il était parvenu à ce résultat par lui-même. Ses os devaient être brisés, ses poumons percés, son corps ensanglanté, mais il était et resterait libre. Son démon intérieur n'avait pas réussi à reprendre le contrôle de son corps, pas cette fois. Doucement, l'adolescent sourit.
  Son double attrapa alors son crâne et le plaqua dans le sable brûlant. L'autre Ray au manteau bleu compta mentalement jusqu'à dix, puis releva la tête de son compagnon et déclara tranquillement :

- Tu prends la peine de faire une petite sieste pendant que tes amis risquent leur peau, maintenant ?
- Je crois que tu es mal placé pour m'apprendre comment je dois réagir avec mes amis, il me semble que la dernière fois, tu as essayé d'en tuer un, non ?
- Mauvaise réponse, cher compagnon.

  Et il replongea à nouveau la tête de Ray dans le sable. Il attendit précisément quinze secondes, puis la retira à nouveau. Pendant que l'adolescent reprenait son souffle, il parla à nouveau :

- Tu es pathétique, Ray. Qu'est-ce que tu crois, que parce que pour une fois, tu t'en es sorti seul, tu as gagné ? Regarde autour de toi, est-ce que tu vois ce petit garçon que tu t'es promis de protéger ?

  L'adolescent réalisa brusquement et écarquilla les yeux. Il essaya de se redresser, mais son double lui plongea à nouveau la tête dans le sable pour le forcer à se calmer. Lorsqu'il la retira, Ray s'empressa de crier :

- Ilish ! Ilish !
- Il ne peut pas t'entendre, imbécile. Tu n'écoutes jamais ce que je te dis ? Si nous apparaissons tous les deux en même temps, cela signifie qu'il s'agit d'une hallucination. Tu es encore en train de dormir, allongé sur cette plage.
- Laisse-moi, je dois partir à sa recherche.
- Ah, enfin une décision sensée ! A la bonne heure. Oh, mais au fait, tu ne te demandes pas pourquoi je suis ici, si tu ne m'as pas invoqué ?
- Parce que tu adores me faire chier ?
- Mauvaise réponse, mon cher compagnon, à nouveau.

  Et il lui plongea une nouvelle fois la tête dans le sable. Le pauvre adolescent ne se débattit même pas, il attendit patiemment que son double lui relève la tête du sable et le laisse respirer. Lorsque ce fut le cas, il s'écria :

- Tu commences à devenir lourd, tu sais ?
- Je sais.

  Et le prenant par surprise, il lui enfonça une dernière fois le visage dans le sable ardent. Tandis que l'adolescent était en train d'étouffer, son double reprit la conversation :

- Tu as utilisé tes pouvoirs, lorsque le cyclone t'a avalé. Tu as utilisé toute ta magie pour survivre, pour nourrir ton corps malgré le manque d'air, pour supporter tous les objets ce que le vent t'envoyait. C'était d'ailleurs un bel exploit, je suis forcé de le reconnaître, mais tu es arrivé au bout de tes forces. Est-ce que tu comprends, à présent ? Non, bien sûr, tu ne comprends pas, ou trop tard, comme toujours. Je vais t'aider : Cela veut dire que nous sommes bien plus liés que tu ne le croyais. A partir de maintenant, chaque fois que feras appel à la moindre étincelle de magie, tu sauras que je serai là, tapi au fond de toi, prêt à bondir. Et plus tu utiliseras tes pouvoirs, plus notre fusion avancera. Je n'ai même plus besoin d'attendre que tu daignes m'invoquer, le mécanisme s'est mis en marche et tu n'as aucun moyen de l'arrêter, je suis trop près de toi, beaucoup trop près !

  Il releva alors la tête de l'adolescent asphyxié. Pendant que ce dernier reprenait son souffle, haletant, son double se pencha à son oreille et murmura :

- Maintenant réveille-toi, tu as du travail, maître de la foudre. Et n'oublie pas : A partir d'aujourd'hui, tes jours sont comptés. Mon réveil commence, et il est inexorable. Passe une bonne journée.

  Et il le lâcha avec dédain, avant de s'effacer, disparaissant dans les limbes de son esprit. Ray s'effondra, à bout de force, incapable de retenir les larmes qui pleuvaient sur son visage.

*


  Enishi s'extirpa du tunnel et prit une profonde inspiration. L'air qui se trouvait sur cette île n'avait rien à voir avec celui qui croupissait dans ses profondeurs, il était pur et doux, aussi le jeune homme, après avoir passé la matinée et une bonne partie de l'après-midi à l'intérieur d'une grotte étroite, était-il ravi de pouvoir à nouveau sentir ses poumons se remplir d'air frais.
  Ice et Sanga ne tardèrent pas à le rejoindre. Le maître de l'eau portait avec lui le corps endormi d'Ilish. Le vent avait emporté le petit garçon mais, miraculeusement, il l'avait amené près de la falaise à l'intérieur de laquelle les trois adolescents s'étaient réfugiés. Lorsque, à travers l'ouverture que Sanga avait créée pour leur amener un peu d'air, ils avaient vu un jeune enfant flotter dans les airs, ils étaient parvenus à le récupérer. Même si son cœur battait encore, le pauvre rescapé n'avait toujours pas repris conscience...
  Enishi piétina l'un des rares brins d'herbe carbonisés qui avaient eu la chance de rester debout après l'inondation, l'incendie et le cyclone. Mais pourtant, malgré l'inébranlable détermination qu'il avait montré face à ces trois cataclysmes, il s'émietta et se transforma en poussières à peine visibles sous le pied d'Enishi, qui venait de s'immobiliser.
  Car debout sur un rocher, immobile, le regard fixé sur le soleil lointain et radieux, se tenait le Prédicateur. Sa main droite se leva solennellement et exposa au regard des trois adolescents l'œil marqué au fer rouge sur sa paume. Une marque qui resplendissait de mille couleurs orangées, allant du safran qui ornait la robe des paisibles bouddhistes à l'ambre apprécié par les Égyptiens anciens.
  Le regard du Prédicateur daigna alors s'abaisser sur le premier des trois adolescents. Enishi ne baissa pas les yeux, mais il serra les poings. Paisiblement, l'homme en blanc ferma alors les paupières et déclara de sa voix cérémonieuse :

- Que l'impétueuse jeunesse soit louée. Car malgré tous les malheurs qui ont frappé cette terre, vous avez su survivre encore et encore, pour repartir plus fort après chaque épreuve. Maintenant, vous vous trouvez face à un carrefour, comme le fut jadis Aldrasil le pécheur. Vous pouvez encore évoluer sur la route longue et paisible de l'Harmonie. L'autre chemin ne vous mènera qu'à une sombre falaise et à une chute infinie. Quel que soit votre choix, après l'avoir édicté, vous ne pourrez plus revenir sur vos pas, écoutez donc l'appel de votre cœur et non celui de votre orgueil.

  L'épée d'Enishi apparut entre les mains du maître des flammes. Résolument décidé, l'adolescent cria à ses amis tout en fixant son adversaire :

- Restez derrière les gars, je m'en charge !
- Enishi, commença Ice, ce n'est vraiment pas le moment de faire l'abruti, tu as vu la puissance de ce type ? Tu crois pouvoir le vaincre seul ? Sois réaliste, pour une fois !
- Tu me prends pour un crétin ou quoi ?! Réfléchis trois secondes Ice, il faut qu'on sache quel est le niveau de ces types en combat, parce qu'on en aura forcément d'autres à affronter et qu'il y a peu de chance que les Tisseurs nous reparlent un jour ! Donc, je me dévoue pour affronter ce type, même si j'ai aucune chance, ça nous permettra de voir les progrès qu'on a fait sur cette putain d'île !
- C'est à moi d'y aller, ça fait des semaines que je me bats quotidiennement pour survivre, je...
- Ouais, sauf que moi, très bientôt, je me retrouve téléporté peinard dans Lever, donc si j'suis blessé, Sanga pourra m'amener jusqu'à l'hôpital le plus proche. Toi, va te falloir nager ou écarter la mer pour aller sur l'île la plus proche, et tu crois que t'as le droit de gaspiller tes forces maintenant ?
- Tu sais que tu m'impressionnes, Enishi ?
- Putain, parfois, j'ai vraiment l'impression que vous me prenez tous pour un demeuré ! Bon, désolé de t'avoir fait attendre le vieux, on y va ?
- « Lorsque l'épée s'abattit sur le sage Elnet, il ne cria pas, ne s'affola pas, ne bougea pas. Car celui qui aime se battre ne peut aimer la sagesse, et seul celui qui fait preuve de sagesse connaîtra la véritable victoire. Aussi, lorsque l'épée s'abattit sur le sage Elnet, elle explosa en mille morceaux, ne pouvant blesser celui qui avait choisi la juste voie de l'Harmonie. »
- J'suppose que ça veut dire oui !

  Et l'adolescent se jeta sur son adversaire. Sa lame décrivit un rapide arc de cercle dans les airs avant de s'abattre sur le torse du Prédicateur, répandant des flammes qui se hâtèrent de dévorer son corps. Enishi sourit, satisfait du résultat de son attaque. Il recula d'un pas, admirant ce brasier humain, aussi immobile que silencieux.
  Quelques secondes plus tard, incapables de s'étendre, les flammes disparurent. L'adorateur de l'Harmonie était intact, pas une poussière ne salissait sa longue robe blanche. Son regard, toujours aussi perçant, se figea sur le maître du feu.
  Et brusquement, il s'élança. Enishi essaya de le repousser en multipliant les coups d'épée, mais malgré son âge avancé, le Prédicateur était plus agile et rapide que le meilleur des athlètes. Il bondit, para, sauta, riposta, esquiva, bloqua, frappa. Ses poings étaient plus solides que le roc, ses jambes plus légères que le vent. Un premier coup atteignit Enishi dans la joue, un second sur le torse, un troisième le fit tomber à terre. L'adolescent envoya un Maryoku pour repousser son adversaire et gagner ainsi quelques secondes précieuses afin de se relever, mais c'était inutile : le croissant de flammes heurta le corps de l'adorateur de l'Harmonie sans parvenir à le blesser ni même à le ralentir. Enishi eut juste le temps de rouler sur le côté. Il vit le poing de son adversaire s'enfoncer dans le sol rocailleux. Sur plus d'un mètre. Et immédiatement, le vieil homme se redressa.
  Enishi, essoufflé, écarquillait les yeux. Il avait déjà affronté des adversaires bien plus puissants que lui. Mais même lorsqu'il avait combattu Denwen, ses attaques avaient un effet meurtrier, la difficulté venait du fait que son ennemi arrivait à les bloquer ou à les éviter. Mais là, il avait le sentiment d'être impuissant. Aussi impuissant que pouvait l'être une limace qui essayait de s'attaquer à une panthère. Quoiqu'il fasse, son adversaire restait toujours mille fois plus rapide, mille fois plus fort, mille fois plus résistant.
  Son épée s'élança à nouveau. La main gauche du Prédicateur s'ouvrit et attrapa la lame inoffensive, l'emprisonnant avec une facilité déconcertante. Puis la paume de sa main droite, lumineuse, se posa sur le torse de l'adolescent.
  Aussitôt, une douleur indescrïptible envahit Enishi. Il était un enfant que l'on noyait, une femme que l'on étranglait, un étranger que l'on poignardait. Il ressentait la souffrance du grand César assassiné par son propre fils, celle d'un Jacques anonyme mourant de faim au Moyen Age, celle d'un Indien que l'on torturait au nom de la civilisation, celle d'un être humain perdu dans le chaos et l'inconnu. Il mourut mille fois et revint à chaque fois à la vie pour périr d'une manière plus atroce encore.
  L'adolescent tomba à genou et hurla tout l'air que contenaient ses poumons. Une lumière orange brillait dans sa gorge, dans ses yeux, dans ses oreilles. Puis le Prédicateur recula d'un pas et regarda son adversaire s'effondrer, terrassé par un pouvoir sans comparaison possible avec le sien. Il joignit alors ses mains l'une contre l'autre et, après avoir adressé une prière muette à l'Harmonie pour lui demander d'excuser ce jeune pécheur, il se tourna vers les deux autres adolescents :

- L'impie vient de tomber du haut du gouffre. Souhaitez-vous l'imiter, ou allez-vous enfin prendre la décision qui s'impose et suivre le chemin paisible de l'Harmonie ?

  En guise de réponse, Ice et Sanga firent apparaître leurs épées.

*


  Lorsque Ley ouvrit à nouveau les yeux, durant quelques secondes, il goutta au bonheur indescrïptible de n'être personne, de ne rien savoir, de ne rien connaître. N'être qu'un enfant innocent, qui n'avait jamais encore contemplé la noirceur du monde. Mais cette euphorie ne dura qu'un instant, avant de s'envoler au loin, feuille d'automne emportée par le vent à la seconde même où nos yeux se posent sur elle...
  Il soupira. Il avait passé toute sa vie à essayer de fuir, de se voiler la face, de rester pur malgré les ombres qui l'entouraient. Mais aujourd'hui, il avait perdu. Il savait que ces ténèbres avaient fini par l'attraper. Lentement, le jeune homme se leva et, après avoir vainement ouvert et refermé son poing, il attrapa sa chemise, qu'il enfila et boutonna sans entrain.
  Alena entra à cet instant. Elle fronça les sourcils, mécontente de le voir à nouveau debout, mais elle évita de le réprimander :

- Vous êtes déjà réveillé ?
- Pourquoi, j'ai dormi combien de temps ?
- Trois heures à peu près. Vous devriez vous recoucher, ce n'est pas prudent de vous lever si tôt.
- Peut-être pas, en effet. Dîtes-moi, je voulais vous demander quelque chose.
- Non, il n'est pas question que je couche avec vous.
- Ah non, ça, j'attendais d'avoir retrouvé mes forces pour vous le demander ! Non, je voulais juste savoir pourquoi vous êtes venue à mon secours.
- Je n'allais tout de même pas vous laisser crever dans cette rivière.
- D'après ce que je vois, vous êtes quelqu'un d'assez pauvre. Vous n'avez pas de meubles, pas de robe sophistiquée, rien. J'étais mourant lorsque j'ai perdu connaissance, alors combien ont coûté tous ces soins ?
- Je n'ai jamais dit que je vous portais service gratuitement.
- Ah oui, une dernière chose. Comment ce fait-il que je n'arrive pas à faire apparaître mon épée, depuis que je suis ici ? J'ai discrètement essayé deux fois, mais ça n'a jamais marché, étrange non ?
- Je ne suis pas une Tisseuse moi, je n'en sais rien, vous êtes peut-être trop fatigué ?
- Inutile de mentir, Alena. Il est temps pour lui pour connaître la vérité.

  Ley tourna la tête. Sur le pas de la porte, illuminé par les rayons argentés de la lune, se trouvait l'homme en blanc et aux yeux orangés qui l'avait attaqué. Il se tenait droit et le fixait sans broncher. Une force extraordinaire se dégageait de ses yeux inexpressifs, posés sur le dernier des Lumen comme s'ils transperçaient son corps et mettaient son âme à nu. Le jeune homme frissonna. Le Prédicateur avança d'un pas dans sa direction et déclara de sa voix si caverneuse :

- Vous auriez dû mourir Lepidus, mais l'Harmonie est indulgente, elle ne recherche que la paix. Vous resterez en vie. Et vous resterez ici le temps qu'il vous faudra pour l'accepter.
- En gros, je suis prisonnier jusqu'à ce que je me convertisse à votre religion.
- Reposez-vous bien Lepidus, car dès demain commencera votre apprentissage.

  Il ouvrit sa main. Une puissante lumière orange se dégagea du sceau imprimé sur sa paume et illumina la pièce tout entière. Ley, ébloui, sentit une force surnaturelle peser sur ses paupières et, sans pouvoir lutter, il s'effondra contre le sol, paisiblement endormi.
  Le Prédicateur se retourna et sortit sans un mot.

*


  Ice et Sanga firent apparaître leurs épées. Sans ajouter un mot, ils s'élancèrent alors.
  Ils n'étaient qu'à mi-chemin lorsque le Prédicateur leva la paume de sa main droite vers le ciel. Une immense boule d'énergie orange naquit alors, épaisse comme deux hommes. Les adolescents sentaient confusément qu'ils ne seraient pas capables de supporter une telle attaque. Mais ils ne ralentirent pas. Au contraire, ils bondirent.
  Pendant une seconde, le temps sembla se figer. Les maîtres élémentaires se trouvaient à peine à plus de deux mètres de leur adversaire. La boule d'énergie commença à s'envoler vers eux...
  Et un croissant de foudre la percuta brutalement. Elle explosa, diffusant un éclat lumineux qui envoya tout le monde à terre, y compris le Prédicateur, qui ne s'était pas préparé à endurer les effets dévastateurs de sa propre attaque. Lorsqu'il se redressa, quelques gouttes de sang coulaient le long de sa joue. Sa minuscule blessure se referma aussitôt, mais le mal était fait. Ice et Sanga avaient aperçu son sang couler. Ces quelques gouttes vermeilles, perles de vie à peine visibles. Si petites, et pourtant si lourdes de sens...
  L'adorateur de l'Harmonie n'était pas invincible. Il pouvait être blessé et il pouvait saigner, comme n'importe quel être humain. Ce sang qui coula raffermit la volonté de ces deux Tisseurs, il régénéra leur courage et leur confiance. Ray, quelques mètres derrière eux, leur sourit. En un geste à peine visible, ils se regardèrent tous les trois et hochèrent la tête. Puis, d'un même mouvement, ils bondirent.
  Le Prédicateur ferma les yeux et inspira profondément. Il se pencha en arrière pour éviter la lame de Sanga, qui décrivit un arc de cercle horizontal et inefficace, il repoussa celle d'Ice en donnant un coup de poing sec et rapide sur son poignet, fit trébucher Ray d'un croc-en-jambe aussi vif qu'inattendu.
  Il tournoya alors sur lui-même. Sa paume se posa une seconde sur le torse de Sanga qui tomba aussitôt à terre, vaincu par la terrible douleur qui avait subitement envahi son corps, presque identique à celle qui avait frappé Enishi quelques instants auparavant. Sans même se retourner, il parvint à discerner le coup qu'Ice préparait dans son dos et se pencha sur le côté pour éviter la pointe de sa lame, puis il attrapa le poignet de l'adolescent et l'envoya par-dessus son épaule, le faisant tomber à terre au moment où Ray achevait de se relever.
  Les deux ennemis se dévisagèrent. D'une voix calme et posée, le Prédicateur déclara alors :

- C'est inutile, jeune frère. La peur et la soif de sang rongent vos lames, une épée rouillée ne peut transpercer celui qui ne fait qu'un avec l'univers. Bénie soit l'Harmonie, car elle guide mes pas et me protège de la violence des êtres impies.

  Il joignit alors ses mains en une prière muette adressée à l'Harmonie. La terre commença brusquement à trembler. Les cavernes s'effondrèrent, tout ce qui était parvenu à survivre au cyclone tombait et s'écrasait, l'île tout entière disparaissait dans les profondeurs de l'océan. Ray, pourtant, resta droit et fier, dardant son regard émeraude dans les yeux oranges du Prédicateur.
  Ce dernier soutint ce défi un long moment, aussi impassible que l'univers qui les entourait était chaotique. L'île commençait à se désagréger sur leurs pieds, mais ils se défiaient du regard comme si le temps n'avait plus d'importance, comme si ce fleuve tumultueux allait les contourner et les laisser se battre silencieusement pour l'éternité.
  Puis finalement, Ray se mit à crier pour couvrir le fracas environnant :

- La dernière fois, tu m'as donné ton nom. A présent, retiens le mien, Septimen. Je suis Ray, celui qui fait tomber la foudre ! Et je te promets que la prochaine fois que nos regards se croiseront, ce sera grâce à ton sang que rouillera mon épée !
- Qu'excusés soient les innocents, car ils ignorent quel est le sens des mots et ne voient que des lettres quand ils ont des armes entre leurs mains. La prochaine fois que nous nous retrouverons, jeune frère, tu l'embrasseras l'Harmonie, ou ce seront les froides lèvres de la Mort qui t'embrasseront. Bénie soit l'Harmonie !

  Et il disparut une fois de plus, ne laissant derrière lui qu'un éclair orangé qui ne tarda pas à s'évanouir.
   Un éclat lumineux enveloppa alors les silhouettes d'Enishi et de Sanga. Ray savait ce que cela signifiait. Les 24h étaient écoulées. Tous ses muscles le tiraient déjà, comme si chaque cellule de son corps essayait de s'échapper pour fuir à travers l'espace et le temps. Mais il était hors de question pour lui de quitter cet endroit. Et, tandis que le sol sous leurs pieds s'effritait et que de gros blocs de pierre se détachaient de l'île pour rejoindre l'océan, il se tourna vers Ice pour hurler :

- Rendez-vous sur l'île d'Occulem, dans un mois ! Je ne sais pas encore comment je vais faire pour m'y rendre, mais je te promets que j'y serai ! Et cette fois-ci, on repartira tous ensemble !
- Ne meurs pas d'ici là, d'accord ?
- Et toi, essaie de survivre ! Et d'aider ce gamin, Ilish, si tu le peux !
- Ne laisse pas ce monstre te dévorer, Ray !
- T'en fais pas, j'assure ! On se retrouve dans un mois, jour pour jour !
- A dans un mois !

  La dernière chose que vit le maître de la foudre, ce fut le morceau de terre sur lequel se tenait Ice plonger dans les profondeurs de l'océan. Puis un éclat lumineux l'aveugla.

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Dernière mise à jour de cette page le 25/10/2008
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