CHAPITRE 37 : Armonia 1/2


Tableau chapitre 37

  Debout et immobile, Ray regardait le soleil se lever par la fenêtre de son appartement. Il était déjà 7h du matin, songea-il, les cours n'allaient plus tarder à commencer. Il devait rejoindre son lycée dans une heure pour entamer une nouvelle journée on ne peut plus banale. Après tout, quoi de plus normal, pour un lycéen ? Quelques heures de cours où il allait plus ou moins s'ennuyer, une longue pause à midi pour manger où il allait rire avec ses amis, une après-midi qui s'étirerait en longueur pour enchaîner avec les devoirs qu'il aurait à faire chez lui dans la soirée. Ray soupira. Oui, une journée tellement normale...
  Sans Ice. Ils étaient retournés chez eux, dans la petite ville de Lever, depuis déjà plus de trois semaines. Et ils étaient sans nouvelle des tisseurs de néant. Praek leur avait à peine dit un mot durant le retour, et c'était tout.
  Ils savent, réalisa soudain Ray. Oui, ils savaient sans doute tout. Ils devaient savoir qu'il portait la marque de l'Epée et ils n'avaient plus confiance en lui. Alors ils allaient les laisser tomber, tous les trois. Les laisser reprendre une vie banale, comme si de rien n'était. Comme si le Nexus n'avait jamais existé. Comme si Ice n'avait jamais existé.
  Ray leva les yeux et observa son reflet sur la vitre. Hors de question, il était hors de question qu'il laisse tomber son ami. Et qu'il abandonne le titre de maître de la foudre. Il ne garderait pas son épée tranquillement à l'abri dans son fourreau. Et il sauverait Ice.
  Son poing se serra. Durant un instant, quelques rayons électriques grésillèrent autour.

*


  Les lèvres de Ley glissèrent le long de la nuque de la jeune femme, elles baissèrent sa peau douce et enfin, s'unirent à celles de sa compagne d'une nuit. Leur baiser fut fougueux, leurs caresses d'une rare tendresse. Délicatement, il écarta une mèche de ses cheveux roux et murmura à son oreille :

- Et maintenant, suis-je plus digne à tes yeux ?

  La jeune femme lui adressa un sourire espiègle et, sans répondre, colla son corps nu contre le sien. Ses yeux justement, aussi superbes que le reste, se posèrent avec envie sur le visage de Ley. Il fallait avouer que ce jeune seigneur était un des hommes les plus séduisants qu'elle ait jamais vu. Ses traits étaient délicats et harmonieux, ses yeux noisette étaient toujours rieurs et un éternel sourire taquin trônait sur ses fines lèvres. Ses longs cheveux blonds descendaient en cascade le long de son dos et s'amusaient sans cesse à la chatouiller. En le contemplant ainsi, elle ne put s'empêcher de se serrer un peu plus contre lui. Leurs lèvres s'unirent à nouveau.
  La porte de la chambre s'ouvrit brusquement et un vieil homme, très bien habillé et très digne, se racla la gorge pour signaler sa présence. Ce qui était totalement inutile puisque son arrivée ne pouvait passer aperçu, étant donné la manière dont il venait de déranger les deux amants. Ley se redressa à moitié et lança avec brusquerie à son valent :

- Sophos ! Je t'ai déjà répété mille fois de ne pas entrer de nuit dans ma chambre sans frapper !
- C'est le matin, monsieur. Le soleil est déjà levé.
- Pour moi, tant que midi n'a pas sonné, c'est encore la nuit, tu le sais bien !
- Malheureusement oui, monsieur... Je tenais simplement à vous prévenir qu'un courrier du domaine de vos ancêtres nous est parvenu.
- Ca fait un mois que je ne prends plus les nouvelles, alors tu sais, quelques heures de plus ou de moins...
- C'est à propos de votre cousin, monsieur.
- Bon, bon d'accord. Comment va-t-il ?
- Il est mort, monsieur. Light est mort. Vous allez à présent devenir le premier des Lumen, monsieur.

  Ley écarquilla les yeux. Pendant quelques secondes, aucun son ne put sortir de sa gorge. Sa compagne le regarda avec étonnement.
  Finalement, le nouveau cadet des Lumen réussit à articuler :

- Non... Nooooooon !

*


  Apathique, Ray se laissa tomber sur sa chaise plus qu'il ne s'assit. Storm le regarda avec surprise. Habituellement, ce jeune professeur d'à peine 25 ans aimait piquer ses élèves trop mous ou mal élevés par son ironie pétillante. Combien de fois n'avait-il pas rappelé Enishi sur le droit chemin par quelques phrases mordantes ! Mais cette fois-ci, il s'approcha de l'adolescent avec un air légèrement inquiet et posa sa main sur son pupitre :

- Ray, vous n'avez vraiment pas l'air dans votre assiette, depuis votre retour. Vous êtes sûrs que vous allez bien ?
- C'est rien monsieur, juste le contrecoup de ma maladie, ne vous en faîtes pas...

  Leur séjour avait duré plus longtemps que prévu. Bien plus longtemps. Les trois adolescents avaient loupé la rentrée de plusieurs semaines et chacun avait dû inventer une histoire plus ou moins crédible pour justifier cette absence. Ray avait prétexté une grave maladie alors qu'il était en vacances à l'autre bout du pays, Sanga avait déclaré qu'il était parti en voyage linguistique dans un autre pays (personne n'a jamais su comment il avait fait pour obtenir le certificat qui appuyait ses dires) et Enishi avait assuré qu'il avait été enlevé par un groupe de terroristes qui se faisait appeler "La Confrérie".
  Storm hocha la tête après l'explication de Ray. D'une façon très particulière, qui montrait qu'il ne croyait pas un mot de ce que lui disait son élève mais qu'il ne lui en demanderait pas plus s'il n'était pas prêt à se confier.
  Le professeur de français revint à son pupitre et rappela tout le monde à l'ordre :

- Bon, arrêtez les bavardages maintenant, c'est l'heure de commencer. On va pouvoir étudier les poèmes de Victor Hugo. Oui Enishi, je sais, tu n'aimes pas ça, mais ce n'est pas la peine de grimacer de cette manière, Napoléon le petit n'attend que nous !

  Et le cours fut exactement comme Ray l'avait prédit. Monotone. Il ne parvint pas à concentrer son attention plus de quelques minutes et, rapidement, il s'aperçut qu'il était en train de griffonner machinalement quelque chose avec son crayon. Il soupira et laissa son subconscient travailler en paix, que la partie consciente de son cerveau, elle, puisse se reposer.
  Quelques minutes plus tard, la porte s'ouvrit et un élève entra. Tout le monde se tourna vers lui. Lorsque les 20 paires d'yeux présents dans la salle de classe se posèrent sur lui, toutes s'agrandirent sous l'effet de la surprise. Le nouveau venu, qu'il ne s'aperçoive de rien ou qu'il fasse comme s'il ne s'en était pas aperçu, se dirigea vers Storm, tout aussi décontenancé que les autres, et le salua poliment :

- Bonjour monsieur, je m'appelle Kaermel, je viens d'arriver en ville et je vais rester dans ce lycée pendant quelques semaines.
- Bien, heu... Il y a des places un peu partout, asseyez-vous où vous voulez, nous venons à peine de commencer le cours.

  Le dénommé Kaermel s'assit sur une chaise à côté de Ray. Il lui adressa un sourire poli et, sans tarder, sortit une feuille et un stylo pour commencer à prendre le cours.
  Ray ne pouvait détacher ses yeux de son visage. Ce nouveau possédait exactement les mêmes traits que lui. En le regardant, c'était son propre reflet dans un miroir qu'il avait l'impression de voir. La même taille, la même stature, le même visage, les mêmes yeux, la même coiffure... Outre ses habits et son air distant, un élément le distinguait du maître de la foudre : Ses cheveux. Alors que ceux de Ray était d'un blond presque doré, les siens étaient sombres comme la nuit.
  Peu à peu, l'attention du reste de la classe se détourna de Kaermel et se fixa à nouveau sur les paroles de leur professeur. Mais celle de Ray ne put se détacher de cet adolescent qui lui ressemblait comme un frère jumeau.

*


  Le tenancier de la taverne terminait d'astiquer une choppe vide. Ses affaires ne marchaient pas beaucoup, ces derniers temps, il fallait bien se l'avouer. Personne ne passait jamais dans ces montagnes et à part quelques clients réguliers, peu de gens venaient boire ou manger chez lui.
  Il parcourut la salle du regard. Trois vieillards étaient en train de jouer à un jeu de cartes, leurs verres encore à moitié plein. Un ivrogne s'était endormi à une table voisine, sa femme n'allait d'ailleurs pas tarder à entrer pour venir le traîner chez lui par l'oreille. Ah oui, et puis il y avait ce mystérieux voyageur au fond de la salle, concentré sur un verre vide. Il n'avait pas fait le moindre signe qui indiquerait qu'il désirerait autre chose à boire, alors le tenancier supposait qu'il ne voulait pas d'un second verre pour l’instant.
  Les portes s'ouvrirent brusquement et cinq individus à l'aspect patibulaires entrèrent dans la taverne d'un pas royal. Tous portaient une fine côte de maille et une longue épée dans leurs dos. Des tisseurs de néant, songea le tenancier en avalant lentement sa salive.
  L'un d'entre eux vint s'asseoir devant lui et tapa brutalement sur le comptoir pour attirer l'attention générale, pourtant déjà fixée sur lui.

- Mes copains et moi, commença-t-il, on sort tout juste de la caserne, alors on aimerait pouvoir se rincer un peu le gosier. Qu'est-ce t'as de plus fort ?
- De la liqueur d'adanil, monsieur.
- Mets-en cinq verres, alors.

  Le tenancier s'empressa de s'exécuter tandis que les cinq Tisseurs s'asseyaient autour d'une table en bois, près du comptoir. Dès qu'il eut fini, il alla leur apporter leur commande et, d'un ton plaintif, murmura :

- Ca fait une pièce d'argent, monsieur...
- Une pièce d'argent pour cinq misérables verres ? Tu te fiches de moi ?!
- Et d'abord, fit remarquer un autre soldat, on est encore sous la juridiction des Tisseurs ici, non ? Donc, on paye en aeras, pas en pièces d'argent ou de bronze.
- C'est que, voyez-vous... Nous sommes très près de la frontière, alors les pièces d'argent et de bronze sont plus faciles à utiliser, étant donné qu'il s'agit d'une monnaie plus ou moins internationale.
- Moi, s'écria le premier soldat en se levant de sa chaise, il me semble que c'est l'aeras, la monnaie la plus internationale, c'est ce que le conseil des sages a décrété, non ?
- Ouais, répondit l'un de ses amis. Et de toute manière, une pièce d'argent, c'est beaucoup trop pour cinq verres.

  Les cinq Tisseurs étaient à présent levés et entouraient le pauvre tenancier. Ce dernier déglutit lentement : les tisseurs de néant avaient la réputation d'être de très mauvais payeurs, surtout lorsqu'ils se trouvaient dans des terres reculées comme celles-ci, où personne ne pouvait contester leur autorité...
  L'un d'entre eux dégaina son arme. Les trois vieillards, qui jouaient toujours aux cartes un peu plus loin, baissèrent la tête et firent mine d'être complètement absorbés par leur partie. L'épée du Tisseur s'abattit pour détruire cette table afin d'impressionner un peu plus le tenancier.
  Elle n'y parvint pas. Sa lame, coupée en deux, frappa le bois de manière tout à fait inoffensive. Tous écarquillèrent les yeux et se retournèrent vers le client au fond de la pièce.
  Il venait de reposer son verre. Son épée était toujours rengainée dans son fourreau, pourtant aucun des cinq Tisseurs ne doutait qu'il fût le responsable de cette attaque. Restait à trouver comment il avait agi.
  Ils le détaillèrent. Il s'agissait d'un jeune homme qui ne devait guère avoir plu d'une vingtaine d'années. Son visage était très doux, sa taille fine et athlétique. Ses cheveux relevés en épis, d'une couleur semblable à celle d'un nuage un soir d'été, s'accordaient parfaitement avec son long manteau blanc. Ses yeux, d'un bleu très clair, se posèrent avec indifférence sur les cinq soldats. Une indifférence qui agaça leur chef, au point de le pousser à crier férocement :

- Tu te prends pour qui, le rabat-joie ?
- Laissez ce pauvre tavernier tranquille, payez votre commande et partez d'ici. Vous avez fait assez de raffut comme ça, ces verres seront pour les quatre autres clients présents ici et pour le gérant lui-même, qu'ils puissent se remettre de leurs émotions.

- Non mais, vous l'entendez, ce gamin ? T'es qui pour nous donner des ordres, toi, d'abord ?

  Les quatre autres soldats dégainèrent leurs armes à leur tour. Le jeune voyageur posa sa main sur le manche de son sabre. Il soupira alors.

  Une fraction de seconde plus tard, ils se trouvaient derrière ses adversaires. Sa lame, d'un blanc immaculé, décrivit un ultime cercle dans les airs et fut rangée dans son fourreau. Celles des soldats tombèrent contre le sol, brisées. Tous regardèrent leurs épées avec effroi. Calmement, le jeune voyageur tourna la tête vers eux et déclara :

- Mon nom est Antares. Alors maintenant, vous allez payer ce tavernier et partir gentiment d'ici, d'accord ?
- An... Antares ?

  L'effroi laissa place à la terreur. En toute hâte, les soldats sortirent quelques pièces de bronze de leurs bourses et les laissèrent sur la table en bois, avant de déguerpir aussi vite que possible. Un sourire amusé se traça sur les fines lèvres d'Antares.

- Gardez la monnaie, commanda-t-il au tenancier.

  L'intéressé s'exécuta et le regarda, ébahi, quitter sa taverne d'un pas tranquille.

*


- Putain Ray, s'exclama Enishi, c'est pas croyable, t'as retrouvé ton frère !

  Le maître de la foudre soupira. Leur cours de français venait de se terminer et à présent, les trois amis marchaient lentement vers leur prochaine salle de cours. Ils passèrent sous l'ombre d'un grand chêne, lorsque Ray répondit :

- D'abord, mon frère est blond, pas brun. Ensuite, il ne me ressemble pas beaucoup, physiquement. Et avant que tu ne le demandes, non Enishi, je n'ai pas non plus de frère jumeau caché ! Je sais pas qui est ce type, mais il n'est pas de ma famille, c'est certain.
- T'en penses quoi, toi, Sanga ?
- Que c'est étrange.
- Putain merci, tu nous aides, toi !
- Le plus simple serait de lui demander directement, non ?

  Ray ne répondit rien. Il était à nouveau plongé dans ses pensées et n'entendit pas le pas léger d'Elena qui résonnait sur le gravier. La jeune fille s'arrêta à leur hauteur et s'exclama :

- Dîtes-moi tous les trois, il n'y a pas quelque chose qui cloche, chez vous ?

  Ray se retourna. Elena était sans conteste la plus belle fille de la classe. La plus intelligente aussi, puisqu'elle talonnait Ice dans la plupart des matières. Ses longs cheveux bruns étaient relâchés souplement sur ses épaules ou parfois, comme c'était le cas aujourd'hui, noués en une subtile queue de cheval. Ses yeux sombres, souvent réservés, mais qui pouvaient à l'occasion se montrer rieurs, étaient posés sur le maître de la foudre. Celui-ci en fut d'ailleurs gêné. Pendant plusieurs années, il avait été secrètement amoureux d'elle, et puis avec le temps ce sentiment s'était estompée de lui-même. Il en restait parfois quelques traces, qu'il préférait enfouir au fond de lui, car il suspectait chez elle une certaine inclinaison pour Ice.
  Enishi répondit le premier :

- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- D'abord, vous disparaissez mystérieusement tous les quatre pendant toutes les vacances. Je le sais, j'ai essayé de vous appeler. Ensuite, vous loupez quelques semaines de cours. Et vous voilà par le plus grand des hasards tous de retard le même jour, à part le plus sérieux d'entre vous, Ice. Justement, Ice, qui n'avait pas loupé un seul jour de cours depuis que je le connais, s'est déjà absenté deux fois cette année. Et puis aujourd'hui, voilà qu'un frère jumeau de Ray apparaît mystérieusement, mais tous deux ne semblent pas se connaître. Et vous voulez qu'on croit tous qu'il ne se passe rien ?
- Je n'avais encore jamais vu ce type, assura Ray, et je ne sais pas pourquoi il me ressemble autant. Il paraît qu'on a tous un double, quelque part, peut-être que je viens par hasard de tomber dessus ?
- Tu n'as pas une explication plus crédible à me présenter ?
- Heu, là tout de suite, non.

  Elena soupira et posa sa main fine sur l'épaule du maître de la foudre.

- Ecoute-moi bien, Ray. Je ne sais pas ce qui se passe avec vous quatre, mais je te connais assez pour savoir que ce n'est pas normal et que quelque chose cloche. Je comprends que tu ne veuilles pas m'en parler, mais n'oublie pas que les amis sont faits pour là. On est plusieurs dans la classe à s'inquiéter pour vous, vous savez ?
- Je vais parfaitement bien, ne t'en fais pas.

  Il lui adressa un sourire réconfortant. Mais Elena voyait parfaitement qu'il sonnait faux. Elle retira sa main et hocha la tête en silence. Voyant que Kaermel s'approchait, elle rejoignit ses amies, un peu plus loin.
  Au moment où le nouvel élève, absorbé par son lecteur MP3, dépassa les trois compagnons, Ray l'interpella :

- Hé toi, j'aimerais bien te parler !

  Kaermel, surpris, retira ses écouteurs et se tourna vers eux. Sanga, comprenant que Ray préférerait sans être seul avec lui, attrapa Enishi par les épaules et le força à se diriger vers leur salle de cours, un peu plus loin.

- Fais vite alors, lança Kaermel, c'est mon second cours et je préférerais ne pas être en retard.
- Qui es-tu ?
- Je me suis présenté tout à l'heure, non ? Je m'appelle Kaermel, je viens d'un comté au sud du Pays de Galle.
- Ce n'est pas ce que je veux dire. Qui es-tu pour me ressembler autant ?
- J'en sais rien moi, c'est un hasard, c'est tout.

  Et le nouvel arrivant reprit sa marche en direction de la salle de cours. Ray l'attrapa brusquement par le col et le plaqua contre la paroi d'un mur. On pouvait lire une colère presque animale dans ses yeux.

- Ecoute-moi bien, la dernière fois que j'ai vu quelqu'un qui me ressemblait autant, il a pris le contrôle de mon corps et a failli tuer mon meilleur ami. Alors soit tu me dis réellement qui tu es, soit je t'arrache cette information par la force !
- Tu devrais aller voir un psy, tu sais ? Il doit bien y avoir un, à Lever ?
- Je peux sentir ton aura, alors n'essaye pas de me faire croire que tu ne comprends pas ce que je dis !
- Tu bluffes, tu ne sais pas sentir la magie.
- Exact, c'était du bluff, mais toi, comment as-tu fait pour savoir de quoi je parlais ?
- ... Touché, je dois l'avouer.
- Alors crache le morceau, parce que je peux te promettre que mon épée, elle, fonctionne très bien !
- Très bien, très bien, je vais parler. Je n'ai pas menti, je m'appelle Kaermel et je suis originaire du Pays de Galle. C'est juste qu'à l'époque où j'y suis né, Arthur venait à peine de perdre Excalibur.
- Qu'est-ce que tu me chantes ?
- Tu comprendras plus tard. Et je ne sais pas pourquoi je te ressemble autant. En fait, si, je pense savoir pourquoi, mais ça n'a pas d'importance. Ce qui est important, par contre, c'est que j'ai un message à te délivrer.
- Et qui t'en a chargé ?
- Tu l'apprendras aussi plus tard. « Si jamais tu croises l'œil du Cyclope, ne cherche pas à combattre, fuis. Car si tu te retrouves pris dans la tempête, alors tu demeureras à jamais marqué par le courroux de Poséidon. »

  Surpris par un tel discours, Ray relâcha Kaermel sans même s'en apercevoir. L'adolescent en profita pour se dégager et commença à s'éloigner d'un pas tranquille. Mais il se figea brusquement, comme s'il venait de se souvenir de quelque chose, et retourna vers Ray pour ajouter :

- Au fait, il y a un nouvel antiquaire qui vient d'arriver en ville, je te conseille d'aller jeter un coup d'œil sur son catalogue.

  Puis il repartit comme si de rien n'était et rejoignit à son tour la salle de classe.
  Le maître de la foudre secoua la tête pour remettre ses idées en place et courut rattraper ses camarades.

*


  Là-haut, au sommet de la plus haute des montagnes qui marquaient la limite des terres des Tisseurs, un adolescent courrait. La neige tombait, elle s'infiltrait dans son manteau, dans ses bottes, gelait son visage, brûlait ses lèvres, mais il courait, encore et encore, sans jamais ralentir.
  Un bruit résonna derrière lui. Sa terreur augmenta à nouveau et, sans même se retourner, il accéléra la cadence. Malheureusement pour lui, il butta contre un rocher et trébucha. Lorsqu'il se releva, la sombre silhouette de Danra s'étirait au-dessus de lui.
  Le membre de la Confrérie paraissait plus froid encore que cette montagne. Il n'y avait aucune trace de pitié dans ses yeux, juste une détermination aussi glaciale que ces flocons qui tombaient sans cesse.

- Pitié, murmura l'adolescent, pitié, ne me faîtes pas de mal.
- Au contraire, susurra une voix inconnue à ses oreilles, nous allons te faire le plus grand cadeau que tu puisses imaginer.

  Pétrifié par la terreur, l'adolescent parvint à peine à tourner les yeux pour apercevoir la personne qui venait de parler. Il s'agissait d'une femme d'une trentaine d'années, au charme aussi vénéneux qu'irrésistible. Ses cheveux, ses yeux, ses habits, tout était d'un même noir qui contrastait avec le manteau enneigé qui recouvrait la cime de ces montagnes. Ses lèvres rouges et pulpeuses s'ouvrirent à nouveau pour murmurer au creux des oreilles de l'adolescent :

- Mon nom est Valentina. Ce n'est pas la peine d'essayer de lutter. Tu as déjà affronté cet homme, Danra, n'est-ce pas ? Et tu as échoué, comme tous les autres avant toi. Et bien sache que je suis infiniment plus forte que lui. Alors laisse-toi aller et prépare-toi à accueillir le plus désirable de tous les présents...

  Une boule d'énergie brillait dans sa paume. Doucement, elle leva sa main et l'approcha du front de l'adolescent.
  Son poignet tomba alors par terre, tranché net, et se transforma en un liquide noir et poisseux. Valentina se redressa, stupéfaite.
  Un jeune homme se tenait debout, à quelques mètres d'eux. Il ne portait qu'un fin manteau blanc, mais pourtant, le froid ne semblait pas l'incommoder le moins du monde. Il tenait encore son long sabre sans garde à la main et ses yeux bleus fixaient les deux membres de la Confrérie d'un air égal.
  Antares déclara finalement :

- Je vous ai enfin retrouvés.

  Le bras de Valentina se métamorphosa à son tour en un liquide noir et poisseux, il grandit, changea de forme et, un instant plus tard, une nouvelle main, aussi pâle et fine que la précédente, remplaçait le membre tranché par le Maryoku du Tisseur. Un sourire amusé au coin des lèvres, elle demanda :

- Qui es-tu ?
- Est-ce que mon nom changerait quoi que ce soit à la situation ?
- Je ne pense pas. Tu m'as attaqué en sachant pertinemment qui nous sommes, n'est-ce pas ?
- Tu es Valentina et l'autre, c'est Danra. Tous les deux, vous faîtes partie de la Confrérie. Je suis ici pour vous empêcher de nuire.
- Un Tisseur ? Un seul Tisseur inexpérimenté pour nous arrêter, nous qui vous échappons depuis des décennies ? C'est une plaisanterie !

  Antares ne répondit rien. D'un mouvement fluide, il se mit en garde. Le sourire de Valentina s'étira et devint dédaigneux. D'un geste de la main, elle ordonna à son équipier de ne pas intervenir. Ce dernier soupira calmement et vérifia du regard que l'adolescent qu'ils pourchassaient ne s'était pas enfui. Pour l'instant, ce dernier était encore trop choqué pour penser à déguerpir.
  Antares s'élança. Ou plutôt, ses genoux se fléchirent et les spectateurs de ce combat durent en déduire qu'il s'élança, parce que sa silhouette disparut aussitôt.
  Le bras de Valentina se leva. Il s'était à nouveau métamorphosé et avait pris l'apparence d'une lame à l'aspect noir et gélatineux. Sitôt qu'il redevint visible, le sabre d'Antares fut arrêté par cet obstacle. Valentina tourna légèrement la tête pour sourire à son adversaire. Mais déjà, il avait disparu.
  Et la pointe de sa lame s'enfonça dans le ventre de Valentina, qui écarquilla les yeux, à la fois à cause de la douleur qui lui procurait cette blessure et de l'étonnement d'avoir été touchée aussi facilement.
  Pas une goutte de sang ne coula, seulement ce même liquide noir et poisseux. La jeune femme dévisagea son adversaire. Le regard azuré de ce dernier ne trahissait aucune surprise, seulement une détermination à toute épreuve. De l'eau aurait pu couler de cette blessure que cela n'aurait rien changé. Il avait une mission et il l'accomplirait, c'était aussi simple que cela. Valentina éclata de rire :

- Quels yeux ! Ils sont si froids qu'ils me brûlent ! Arrête de me regarder comme ça voyons, ta mère ne t'a donc jamais expliqué qu'il était inconvenant de fixer une femme ainsi ?

  Antares ne répondit rien. Il tourna simplement sur lui-même et son sabre trancha son adversaire en deux. Le buste de Valentina s'élança dans les airs. Un liquide noir et poisseux s'en échappait et commençait à recomposer son corps.
  Lorsque ses pieds retouchèrent le sol, la jeune femme était intacte. Même sa robe et ses chaussures paraissaient indemnes. Antares s'élança à nouveau.
  Son corps redevint visible alors qu'il se trouvait à trois pas de son adversaire. Valentina sourit et se jeta sur lui. La lame immaculée transperça à nouveau son ventre, qui cracha suffisamment de ce liquide mystérieux pour recouvrir les poignets d'Antares et l'immobiliser. Ce dernier essaya de se dégager, en vain. Chaque cheveux de la jeune femme se transforma alors en une aiguille meurtrière et tous le transpercèrent de part en part.

- Adieu, preux chevalier.

  Et elle s'éloigna tandis que le corps d'Antares s'effondrait sans un mot contre la neige. Du sang coula sous son ventre. Le rouge et le blanc se touchèrent, se mêlèrent et s'unirent. Deux substances, si différentes quelques secondes plutôt, ne faisaient maintenant plus qu'une...

*


  Dans son petit appartement, au centre de Lever, Ray hésita une dernière fois tandis que ses yeux se posaient sur son sac. Il l'avait fourré de nourriture, de pansements, de désinfectants et de quelques livres qu'il estimait utile, comme un atlas du Nexus que Laïna lui avait offert, jadis. Mais non, sa détermination ne flancha pas. Il était décidé à réparer ses erreurs et à retrouver Ice, quoi qu'il lui en coûte.
  Alors qu'il venait de mettre son sac sur son épaule, quelqu'un frappa à la porte. Surpris, Ray alla ouvrir. Il n'eut pas le temps de prononcer un seul mot qu'Enishi déboula dans le salon, suivit de Sanga, aussi silencieux que jamais. Tous deux portaient également un sac à dos sur l'épaule. Avant que leur ami ne leur demande une explication, le maître du feu s'écria :

- Bon, on part où ?
- Heu, vous repartez chez vous ?
- Mais non crétin, où est-ce que tu comptais aller ?
- Vous me croirez si je vous dis que j'allais juste faire des courses ?
- C'est ça, vas-y, prends-moi pour plus con que je le suis !
- Ca, ça me paraît dur...
- Enfoiré ! Alors, crache le morceau, où est-ce que tu vas ?
- Chez un antiquaire, si tu veux tout savoir.
- Un antiquaire ?
- Oui, il est arrivé pendant qu'on était sur Nyx et on m'a conseillé d'aller lui rendre visite.
- Ce "on", demanda Sanga, ça ne serait pas Kaermel, par hasard ?
- Touché, je ne peux rien vous cacher, les gars.
- C'est la merde, je croyais qu'on allait se faire plein de monstres, mais on va juste visiter un putain de musée...
- D’antiquaire, Enishi, d’antiquaire.
- C'pareil, dans tous les cas, c'est juste un endroit où y'a plein de vieux trucs, on va se faire chier !
- Je t'ai pas demandé de venir en même temps, Enishi.
- Ouais, mais sans moi, tu vas faire plein de conneries, je le sais ! Bon, qu'est-ce qu'on attend ?

  Il attrapa Ray par le col et le traîna presque dehors. Ils traversèrent la ville pendant quelques minutes puis, lorsqu'ils furent en face d'un vieux bâtiment qui accusait tant bien que mal le poids des ans, ils s'arrêtèrent.
  Un très sobre antiquaire de Lever était gravé en caractères latins. Un simple petit panneau près de l'entrée indiquait les horaires d'ouverture et de fermeture. L'ensemble sentait bon l'amateurisme, mais les trois adolescents entrèrent néanmoins à l'intérieur sans se laisser démonter.
  Ils n'eurent pas à marcher très longtemps. Le gérant de la boutique les accueillit dès qu'ils eurent posé un pied dans la boutique.

- Soyez les bienvenus messieurs, que désirez-vous ?
- Vous ?

  C'était Sanga qui venait de marquer aussi ostensiblement sa stupéfaction. Car il avait déjà rencontré ce vendeur. Sur Nyx.
  Dorol était face à eux, vêtu d'un superbe smoking, et il leur faisait des courbettes comme s'ils étaient des clients ordinaires et lui, un vendeur tout à fait banal.

- Ca alors, s'exclama l'ancien Tisseur, si ce n'est pas une bonne surprise ! Sanga, le maître de la Terre ! Et je suppose qu'avec toi, ce sont tes amis, les maîtres du feu et de la foudre ?
- Qu'est-ce que vous faîtes ici ?
- Ne me dîtes pas que vous habitez également dans cette ville ? Oh, ça alors, pour un hasard, c'est un sacré hasard !

  Il avait prononcé ces mots avec un tel sourire qu'aucun des trois adolescents ne fut dupe. Ray s'avança d'un pas et mit fin à cet échange de banalités :

- On cherche quelqu'un, est-ce que vous pouvez nous aider ?
- Et bien, le moins qu'on peut dire, c'est que toi, tu ne perds pas ton temps ! Ca dépend, où veux-tu aller et qui cherches-tu ?
- On veut retrouver Ice, s'écria Enishi, le courant l'a emporté au large de Nyx juste avant notre départ, alors si vous avez un truc qui pourrait nous aider, on est preneur !
- Hum...

  Dorol hésita un instant. Il s'appuya contraire un mur et commença à réfléchir. Oh, évidemment, il avait de quoi satisfaire la demande de ces impétueux adolescents. Il était parfaitement au courant de leur situation et savait que le conseil des sages ne voulait plus qu'ils fassent quoi que ce soit ayant trait à la magie. Mais le Conseil commandait aux Tisseurs et lui, il n'était plus un Tisseur. La seule chose qui le retenait réellement, c'était qu'il ne savait pas quelle contrepartie demander en échange.

- Très bien, finit-il par déclarer, je vais vous amener là où se trouve votre ami, à quelques kilomètres près.
- Vous savez où il est ?!
- Non, mais je possède un artéfact qui peut vous amener là où se trouve n'importe qui, dans le Nexus. Le seul inconvénient, c'est qu'au bout de 24h, vous serez automatiquement transportés ici, et sans votre ami. C'est ce que j'ai utilisé pour vous rejoindre, sur Nyx.
- Mais Nyx se trouve sur Terre, pas dans le Nexus !
- Faux. Après que Praek vous a sortis de l’île, des incantateurs l'ont ramenée dans le Nexus. Si Ice n'était pas encore très loin, il a dû être pris dans le faisceau et le courant l'a sans doute laissé en plein milieu de l'océan de Poseïdi.
- Donc, demanda Ray, même si on arrive à le retrouver, il restera là-bas quoiqu'il arrive ?
- Exact. Mais au moins, vous saurez où il est et dans quel état il est. Ensuite, on pourra toujours s'arranger à nouveau.
- Et en échange, qu'attendez-vous de nous ?
- Vous aurez une dette envers moi. Un jour viendra où j'aurai besoin de vous et alors, vous ne pourrez pas me refuser le service que je vous demanderai, quel qu'il soit.

  Les trois adolescents s'interrogèrent mutuellement du regard. Aucun mot ne fut nécessaire. D'un commun accord, ils hochèrent la tête.
  Puis ils acceptèrent la proposition de Dorol.

*


  Satisfaite, Valentina passa une main dans ses cheveux pour les remettre en ordre. D'un pas léger, elle s'avança vers Danra et se baissa pour parler à l'adolescent pétrifié de peur.

- Allons, lui déclara-t-elle d'un ton apaisant, ne t'en fais pas, cela ne durera pas très longtemps. Bientôt, tu nous remercieras pour ce que nous avons fait.

  Elle lui adressa un sourire réconfortant et à nouveau, créa une boule d'énergie lumineuse au creux sa main. Mais brusquement, elle fronça les sourcils et se retourna.
  Antares venait de se relever. Sa main droite était plaquée sur son œil et cachait la moitié de son visage. Ses blessures, sur son ventre, étaient en train de se refermer toutes seules. Et surtout, son aura augmentait de seconde en seconde.
  Valentina s'approcha d'un pas. Antares semblait fatigué, sa respiration était rauque, mais il émanait de son regard une force incroyable. Lentement, le jeune homme retira sa main de son œil.
  Des arabesques blanches et noires recouvraient la moitié droite de son visage et s'étiraient lentement. Son œil, quant à lui, s'était métamorphosés. Il était devenu entièrement noir, à l'exception d'un long trait blanc et vertical, qui devait lui servir d'iris.
  Antares frissonna et les arabesques sur son visage se retirèrent, son œil redevint normal et son aura s'abaissa pour retrouver son niveau habituel. Mais Valentina était stupéfaite. Ce Tisseur... Ce Tisseur n'était pas quelqu'un d'ordinaire, elle en avait confirmation à présent.

- Désolé, s'excusa Antares, je n'étais pas très présentable durant quelques instants. Bien, on peut reprendre où nous en étions ?

  Valentina n'eut que le temps de remarquer que les blessures sur le torse de son adversaire avaient complètement disparu, comme si elles n'avaient jamais existé. La seconde qui suivit cette constatation, la lame d'Antares trancha en deux Valentina. Le buste de la jeune femme s'envola dans les airs et se liquéfia. Lorsqu'il toucha le sol, son corps était régénéré, mais une moue furieuse ornait son visage.
  Le temps qu'elle se redresse, Antares avait déjà bondi sur son elle et découpé son corps en plusieurs morceaux, qui se transformèrent également en un liquide noir et poisseux pour se rassembler. Ils n'en eurent pas le temps, le jeune homme les trancha avant qu'ils ne terminent leur manœuvre. Un croissant d'énergie argent commença alors à tourbillonner autour de sa lame, qui se préparait déjà à achever son adversaire.
  Le poing de Danra, enveloppé du spectre d'un dragon, heurta puissamment le dos d'Antares, qui s'effondra en crachant un peu de sang sur la neige. Mais le jeune homme se releva aussitôt et sa lame s'abattit sur le membre de la Confrérie, qui ne parvint à l'éviter qu'au dernier moment. Une légère entaille sur sa joue lui vola tout de même quelques précieuses gouttes de vie...
  Ce délai suffit à Valentina pour reformer son corps. Lorsque Antares décrivit un demi-cercle sur lui-même pour que son sabre la tranche à nouveau, le bras de la jeune femme se transforma en une lame noire et bloqua l'arme de son adversaire. D'une voix impérieuse, elle ordonna à Danra :

- Ca suffit. On rentre.

  Son partenaire hocha la tête. Il murmura un simple mot, à peine audible, et, la seconde suivante, il avait disparu. Antares concentra son attention sur Valentina :

- Mes ordres ne sont pas de vous empêcher de faire du mal à ce garçon, mais de vous réduire à néant. Je ne vais pas vous laisser vous enfuir aussi facilement.
- Dans ce cas, voyons si tu seras capable de me suivre !

  Valentina sourit. Et elle disparut. Antares fit de même.

*


  Les trois adolescents regardèrent autour d'eux. Ils se trouvaient au centre d'un petit village médiéval, près d'un puits. Une immense montagne se dressait devant eux, couverte d'arbres. Et partout autour d'eux, la foule.
  Elle accourait d'un même mouvement au pied de cette montagne. Les gens semblaient tous anxieux, mais aucun ne criait. La peur, pourtant, était imprimée sur tous les visages. Les enfants serraient la main de leurs parents de toutes leurs forces, mais les adultes semblaient bien incapables de les rassurer.
  Un jeune homme bouscula accidentellement Ray. Il arrêta aussitôt sa course et, mort d'inquiétude, se tourna vers lui :

- Je vous demande mille pardons, monseigneur ! Êtes-vous également un Armonys ?
- Un Armoquoi ? Non, on est tous les trois des Tisseurs, tout simplement !
- Des Tisseurs ? Mais alors vous... Vous êtes venus nous sauver ?!
- Vous sauver ? Mais enfin, qu'est-ce qui se passe ici ?

  Le jeune homme ne répondit rien, il tendit simplement le pied vers la montagne. Sur une falaise, en hauteur, se tenait un homme seul. Il portait une longue robe blanche, du même blanc que ses cheveux délavés. Ses yeux, en revanche, étaient d'une couleur orange et étincelante tout à fait extraordinaire. Il devait avoir une quarantaine d'années et un air aussi grave que solennel semblait à jamais fixé sur son visage. Sa main droite était tendue et ouverte en direction de la foule. Un étrange symbole y semblait gravé au fer rouge.
  Il représentait un œil mystérieux enfermé dans un cercle. Les paroles de Kaermel revinrent alors dans la tête de Ray. « Si jamais tu croises l'œil du Cyclope, ne cherche pas à combattre, fuis. Car si tu te retrouves pris dans la tempête, alors tu demeureras à jamais marqué par le courroux de Poséidon. » Les lèvres de l'homme mystérieux s'ouvrirent pour que d'une voix puissante, il puisse psalmodier :

- Et le sage Elnet déclara à la foule : L'heure est venue de donner votre réponse. Choisissez de croire en l'harmonie universelle et sa lumière éternelle vous guidera hors des ténèbres de l'existence. Choisissez l'impiété et vous disparaîtrez, engloutis par les flots, consumés par les flammes, balayés par le vent et dévorés par la terre ! Bénie soit l'Harmonie.

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Dernière mise à jour de cette page le 03/10/2008
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