CHAPITRE 47 : A Very Strange Day

 

Plongée vers la folie

 

  La sonnerie stridente du réveil perça le silence de cette matinée naissance. A l'intérieur de la chambre de Ray, l'univers dormait encore, tout comme l'adolescent, qui grogna doucement :

- J'suis sur un bateau où y'a pas d'électricité, j'ai pas embarqué de réveil avec moi, donc aucun réveil ne peut sonner. Ca veut dire qu'en ce moment, je suis en train d'imaginer cette sonnerie, alors je peux continuer à dormir.

  Admirant ce superbe raisonnement malgré la torpeur qui paralysait encore son cerveau, Ray cessa de prêter attention à cette sonnerie et se laissa à nouveau plonger dans les brumes du sommeil. Ice ouvrit brusquement la porte de la chambre et renversa le contenu de son verre d'eau sur la tête de son ami.

- Debout, fainéant ! Tu veux encore arriver en retard en cours ou quoi ?
- Ferme-la, je dois reprendre mes forces pour venir te sauver des griffes de...

  Ray s'interrompit brusquement. Les yeux grand ouvert, il se tourna et fixa Ice. Son vieil ami arqua un sourcil interrogateur :

- Me sauver ? Je sais pas de quoi t'as rêvé, mais reviens à la réalité, c'est Elena que tu dragues, s'il y a une princesse que tu dois sauver, c'est elle ; moi à la rigueur je peux jouer le rôle du fidèle écuyer.
- Y'a un truc bizarre, là...
- Ouaip, ça fait dix minutes qu'Elena mange sans toi dans le salon. D'habitude, tu te précipites dès qu'elle arrive.
- Mais comment tu t'en es sorti ? Les Armonys, tout ça ?
- Les Armonys ? C'est quoi ça, une secte dans un livre d'Heroic fantasy ?
- Heu, en quelque sorte... Tu sais, les fanatiques qui veulent détrôner les Tisseurs ?
- Les tisseurs ? On dit plutôt un tisserand, normalement. Si tu parles bien de ceux qui tissent des habits...
- Mais non, les tisseurs de néant ! Les gars avec des épées, qui maîtrisent la magie, enfin tu vois quoi !
- Oui, je vois parfaitement. C'est la dernière fois que je t'autorise à regarder Memories of nobody avant de t'endormir, toi. Maintenant tu te lèves et tu retournes à la réalité, celle où tu es un adolescent normal qui va arriver en retard en cours si tu te grouilles pas. Au passage, si Elena fait l'effort de venir ici presque tous les jours, ce n'est pas parce que j'ai un exposé à finir avec elle, malgré ce que tu crois. Donc tu en profites pour aller l'accueillir, elle risque de se lasser si tu l'ignores comme ça.

  Ice sortit alors de la chambre et referma la porte derrière lui. Ray se passa les mains sur le visage, à la fois pour essuyer l'eau qui coulait sur son crâne et pour se réveiller complètement. Tout en se levant, il murmura, stupéfait :

- Je sens que cette journée va être très bizarre...

~~~


  Ray et Elena se rendirent jusqu'à leur lycée, marchant à un rythme tranquille, discutant de tout et de rien comme des adolescents tout à fait ordinaires. Le maître de la foudre aperçut même quelques sourires se dessiner sur les lèvres fines de l'adolescente, preuve qu'ils étaient plus proches que d'habitude. Ou que son humour avait grandement gagné en qualité depuis qu'il avait failli mourir à cause de la morsure d'un requin venimeux, preuve qu'une telle expérience ne peut que vous encourager à apprécier l'humour absurde de l'univers.

- C'est bizarre, finit par s'interroger Ray, pourquoi est-ce que Ice n'est pas venu avec nous ?
- Bah, tu sais bien qu'il commence à 9h, le lundi matin !
- Mais non, on commence à 8h ! Je perds pas la boule enfin, on va bien en cours, là ?
- Nous oui, pas lui. Tu oublies qu'il a sauté une classe, l'an dernier, ou quoi ?
- C'est quoi ce délire ? En plus, s'il avait sauté une classe, pourquoi vous auriez un exposé à faire ensemble, hein ?
- Un exposé ? Mais je n'ai aucun exposé à faire avec lui, c'est nous deux qui en avons un, Ray !
- Mais, tout à l'heure il disait que...
- C'est bon, soupira Elena, j'ai compris. Encore une fois, tu as passé la soirée à regarder des animés et tu n'as pas avancé, c'est ça ?
- Non ! Enfin si, mais je...
- Laisse tomber, va.

  Sur ces mots, Elena le quitta pour rejoindre un groupe d'amis qui venaient dans leur direction. Ray ne comprenait rien à la situation, mais il comprit tout de même qu'il ferait mieux de ne pas chercher à comprendre et de rester seul avec lui-même. Une tâche fixée à l'échec au demeurant, puisque rapidement, Denwen vint le rejoindre pour lui asséner une puissante tape dans le dos, avant de s'écrier :

- Ah, ce Ray, toujours aussi fin avec les filles, à ce que je vois !
- Denwen ?!

  Le maître de la foudre bondit en arrière et essaya machinalement de faire apparaître son épée. En vain. Il ne ressentait plus rien. La magie qui l'animait avait disparu. Brusquement, il avait l'impression d'être une marionnette dont on avait tranché les fils. Lamentablement collé contre le sol, il ne pouvait pas remuer alors que son spectacle allait commencer... Il tendit la main dans la direction de son adversaire et voulut envoyer un rayon électrique, mais le résultat fut le même : aucun résultat. Denwen haussa les sourcils :

- Tu peux m'expliquer pourquoi tu me regardes comme si j'étais une espèce de démon qui voudrait te butter ?
- Peut-être parce que... Oh et puis merde, non, rien. Tout est super bizarre de toute manière, alors bon...
- Toi, t'as l'air encore plus space que d'habitude ! Elena t'a plaqué, c'est ça ?
- Mais on est jamais sortis ensemble ! Enfin, heu... On est jamais sortis ensemble, hein ?
- T'es vraiment grave, quand même... Hey, Enishi, youhou, on est là !

  Enishi, qui arrivait avec son sac à dos et son œil morne matinal habituel, s'anima presque à l'arrivée de Denwen. Les deux amis se frappèrent amicalement la paume de la main, puis le poing, puis ils tournèrent sur eux-mêmes, recommencèrent trois fois et enfin, bombèrent le torse pour que leur buste se frappent mutuellement. Ray regarda les spectacle, hésitant à prendre un regard ahuri ou moqueur. Il n'eut pas le temps de se décider, les deux meilleurs amis du monde se prirent par l'épaule et s'en allèrent, apparemment très intéressés par une petite faille dans un mur découverte par Denwen et qui permettait directement de regarder directement à l'intérieur du vestiaire des filles.

- Je suis fou, réalisa brusquement Ray. C'est la seule explication possible. Mon double avait raison, j'ai sombré dans la folie.

  Une voiture klaxonna brusquement derrière lui. L'adolescent se retourna. Une somptueuse limousine se tenait juste face à lui. Le plus étrange n'était pas tant de voir une limousine aussi luxueuse dans un trou aussi perdu que Lever que de réaliser qu'il se trouvait en plein de la route alors qu'une seconde plus tôt, il aurait juré être sur le trottoir. La vitre de la voiture se baissa et la tête d'un Light furieux en sortit :

- Bon Ray, t'es bien gentil, mais ça fait des années qu'on sait tous que tu es psychologiquement perturbé, donc va faire l'examen de ta psyché ailleurs et laisse-nous passer, d'accord ?

  Sur le coup, Ray resta abasourdi. Un frère d'arme, qu'il avait vu mourir quelques mois plus tôt, était en train de lui crier dessus parce qu'il bloquait le passage. Normal, tout était parfaitement normal... L'adolescent réussit néanmoins à se reprendre au bout de quelques secondes et retourna sur le trottoir. Lorsque la limousine le dépassa, Aya lui adressa un petit coucou de la main, puis elle et Light recommencèrent à unir tendrement leurs lèvres. Ray reprit sa marche. Il connaissait parfaitement le chemin que suivaient ses pas, mais pourtant, il était plus perdu que jamais. Il aurait aimé se dire qu'il rêvait, mais c'était impossible. Il se souvenait encore parfaitement de la sensation de l'eau dégoulinant sur sa figure que lui avait jetée Ice, de la chaleur du pot d'échappement soufflant sur ses jambes, de la fraîcheur du vent se répandant sur sa peau, de la rugosité du chemin en terre qu'il avait emprunté pour venir ici. Tout ceci ne pouvait pas être qu'un simple rêve. Soit il était devenu complètement fou, soit... Soit quelqu'un était en train de jouer avec son esprit. Ce fut sur cette effroyable pensée qu'il franchit les portes de son lycée.

~~~


  La cloche venait de sonner. Ray alla s'asseoir à côté d'Ice, comme à son habitude. Storm entra peu après, salua ses élèves puis s'installa à son bureau. Après avoir ouvert son cartable, il déclara d'une voix sombre :

- J'ai corrigé vos dissertations sur le théâtre et je dois vous dire que c'est mauvais. Non, c'est de la merde. De la bonne grosse merde en boîte. Ray, au tableau.
- Ou... Oui monsieur !

  L'adolescent se leva brusquement et attrapa la craie que son professeur lui tendait. Puis brusquement, il s'immobilisa et demanda d'une voix tremblante :

- Heu... Je suis censé faire quoi, monsieur ?
- Ca ne se voit pas ? Résoudre cette équation à double inconnue.
- D'accord. ... Comment ça, résoudre une équation en plein cours de Français ?!
- Mon petit Ray, tu vois cette pendule sur le mur ?
- Oui.
- Elle indique qu'il est 11h15, donc il serait temps que tu te réveilles.
- Il y a marqué 8h05, monsieur. La journée commence à peine...
- Ray, je trouve que vous me manquez de respect ! J'ai déjà eu une journée entière de cours, donc ne me cherchez pas.
- Une journée entière ? Mais vous venez de dire qu'il est 11h15 !
- 16h30 Ray, j'ai dit 16h45 ! Alors maintenant, donnez-moi le nombre de nucléons contenu dans un atome d'uranium 235 ?
- Bah... 235 ?
- Non, the cat is in the kitchen.

  La sonnerie retentit brusquement. Tous les élèves se précipitèrent et sortirent. Ray hésita un instant, ne sachant s'il devait partir ou rester. Storm soupira :

- Sauvé par le gong. Ray, je ne vous félicite pas, vous êtes sans aucun doute le plus mauvais élève que j'ai eu depuis que je suis professeur d'Espagnol. Rentrez chez vous et profitez de cette soirée pour vous reposer, si demain vous continuez à délirer de la sorte, je vous renvoie de mon cours, c'est compris gros bâtard d'enculé de ta race ?
- Heu... Oui monsieur, je crois...

  Ray se dirigea lentement vers la sortie. Au moment où il posa la main sur la poignée de la porte, Storm cria :

- Ray !

  L'adolescent se figea. Il banda ses muscles, prêt à accuser ce nouveau coup...

- Vous oubliez votre sac, tenez.

  Son professeur lui jeta un sac à main rose fluo. Ray ne chercha même pas à comprendre, il le remercia et ouvrit la porte. Storm se figea brusquement. Toute la classe avait les yeux fixés sur leur camarade qui essayait de s'échapper du cours.

- Ray, que faîtes-vous ?! En général, on sèche les cours avant d'être entré dans la salle, pas après !
- Mais... Tout le monde était sorti, vous venez de dire que la journée était terminée...
- Vous rigolez ou quoi, elle vient à peine de commencer ! Regardez par la fenêtre, le soleil vient à peine de se lever !

  Ray suivit des yeux la direction indiquée par son professeur. Dehors, une lune splendide brillait de mille feux argentés et perçait les ténèbres de la nuit. Ray respira longuement, se passa les mains sur le visage puis demanda :

- Monsieur, je crois que je me sens vraiment pas bien, je peux aller voir un médecin ?
- Allez voir le psy de l'école, oui ! C'est au rez-de-chaussée, troisième sous-sol, en haut du foyer.
- Heu, merci...

  Ray s'élança dans le couloir avant que Storm ne change à nouveau d'avis. Dès qu'il fut sorti, il murmura entre ces dents :

- Barrés, ils sont tous complètement barrés... On a dépassé le stade de l'étrangeté là, on nage en plein surréalisme !

~~~


  Ray attendait tranquillement le psychologue du lycée, détaillant son bureau pour passer le temps. Une belle table en bois brillant, des étagères remplies de livres. L'adolescent parcoura quelques titres au hasard. Si la présence d'Œdipe roi pouvait encore s'expliquer, celle de La Guerre de Troie n'aura pas lieu et de Caligula, en revanche, pouvait paraître plus étrange. Tous les autres titres relevaient du genre théâtral. Même un masque antique était suspendu au milieu des diplômes en psychologie...
  Brusquement, Ray comprit. Il comprit avant même que la voix du psychologue ne résonne dans la salle :

- Ah, monsieur Ray. Asseyez-vous, je vous prie.

  Gravement, l'adolescent tourna la tête. Il reconnut ce visage. Ces longs cheveux blonds, ce sourire qui le faisait frissonner, ses yeux pétillant d'une joie malsaine...

- Le Coryphée, murmura Ray entre ses dents...
- Le Coryphée, reprit son interlocuteur, chef du chœur dans la tragédie antique. Vous avez une bonne culture littéraire, c'est bien, pour quelqu'un de votre âge.
- C'est toi n'est-ce pas ? Oui, c'est toi le responsable de tout ça !
- De quoi donc ? De mon bureau, de ce lycée ou de l'univers tout entier ?
- C'est toi qui m'as piégé ici, avoue !
- Piégé ? Vous pensez donc être piégé ? Pourtant, vous pouvez quitter cette pièce à tout moment, si c'est ce que vous souhaitez.
- Je m'en fous de cette pièce, c'est cette réalité que je veux quitter !
- Rien de plus simple, jeune homme. Regardez cette fenêtre : il vous suffit de sauter à travers et le tour est joué. Un saut et vous quittez la réalité. C'est toujours comme ça, que ça marche.
- Le suicide ? Non-merci. Je ne veux pas mourir, je veux regagner ma réalité. La réalité, pas cette illusion.
- Voilà qui est encore plus intéressant. Vous estimez que votre réalité est forcément celle qui préside toutes les autres.
- Bien sûr, cet endroit n'est qu'un rêve amélioré, sorti de l'imagination d'un tordu comme toi !
- Pourtant, qu'est-ce qui est le plus imaginaire ? Ce monde, que vous pouvez voir, entendre, sentir, goûter, toucher ? Ou cet autre univers qui n'existe que dans vos souvenirs et que pourtant, vous considérez comme étant la réalité ?
- Le monde dans lequel j'ai passé toute ma vie, bien sûr. Et celui qui, accessoirement, est capable d'afficher l'heure correctement et de ne pas partir dans des trips hallucinatoires.
- Exactement, c'est ceci qui est extraordinairement intéressant. Vous n'avez pas besoin de sentir votre réalité autour de vous, vous la ressentez à l'intérieur de vous. Si ce monde n'est pas le vôtre, c'est parce que vous le repoussez. Mais dans ce cas, il ne tient qu'à vous de décider dans quelle réalité vous vivez.
- C'est génial, j'ai justement décidé de ne pas vivre dans celle-ci, renvoyez-moi chez moi !
- Mais comment est-ce que je le pourrais ? Je ne suis qu'une hallucination, un rêve, une simple voix qui parle dans votre tête. Décider de changer le monde n'est pas en mon pouvoir.
- Qui le peut, alors ?
- Mais vous, d'après ce que vous venez de me dire !

  Ray hésita un instant. Ce type semblait fou, mais il parlait avec justesse. L'adolescent se dirigea vers la fenêtre et regarda le ciel. Il semblait l'invoquer. Le vent lui murmurait de le rejoindre, les nuages l'appelaient à flotter avec eux, le soleil lui criait de déployer ses ailes et de voler jusqu'à lui.
  Le maître de la foudre prit une profonde respiration. Puis il sauta. Son corps brisa la vitre en mille morceaux. Puis il rencontra le sol sans pousser le moindre cri.

~~~


  Ray se redressa brusquement. Après avoir repris son souffle, il observa le décor autour de lui. Il se trouvait bien dans sa chambre à port du Naginata. Par le hublot, il apercevait la mer paisible illuminée par le sourire argenté de la lune. Lentement, l'adolescent se leva et se dirigea vers la soute. Il savait exactement ce qu'il cherchait. Ses souvenirs lui étaient revenus, à présent. Dans l'après-midi, ils avaient fait escale sur une île commerciale appelée Jathum. Là-bas, ils avaient acheté quelques vivres et, surtout, retrouvé une vieille connaissance.
  Le maître de la foudre referma la porte de la soute derrière lui, sans prêter attention à Enishi, qui dormait alors qu'il était censé monter la garde. Le Coryphée était assis par terre, enchaîné au mur. Lorsqu'un filet de pâle lumière l'éclaira, il leva son visage masqué et s'exclama :

- Ah, te voilà enfin ! Je pensais que tu serais plus rapide à briser cette illusion, ça doit être parce que tu as passé des jours à dormir et à te lamenter sur ton sort, forcément ça rend moins réactif.
- Je croirai entendre mon double... Comment est-ce que tu as fait pour tous nous piéger ?
- J'en sais rien... C'est la faute de mes mains, parfois, elles agissent derrière mon dos, sans que je m'en rende compte ! Tiens, tu sais ce que je viens d'apprendre ? Figure-toi qu'elles ont profité de votre sommeil pour lancer un signal d'alarme magique. Tu ne devineras jamais qui l'a intercepté ?
- De vieux amis ?
- Exactement, deux membres de la Confrérie ! Brr, ça me fait froid dans le dos, pas à toi ?

  Ray soupira. Il n'avait même pas envie de frapper cet homme. D'un pas nonchalant, il se dirigea vers Enishi et essaya de le réveiller en lui donnant de petits coups de pied dans le ventre. Rien à faire. Même la boule de foudre qu'il lui envoya dans le torse ne réussit pas à lui faire cligner des paupières.

- Ils dorment profondément, préféra ajouter le Coryphée, s'ils doivent se réveiller, ça viendra de l'intérieur de leur tête, pas de l'extérieur ! Mais tu peux continuer hein, moi je trouve ça follement amusant !
- Etrange, je ne l'aurais jamais cru...

  Mais Ray sortit sans accorder plus d'attention à son ami ou à son ennemi. Il avança d'un pas tranquille jusqu'à la balustrade. De là, il contempla l'horizon. Il ne voyait rien, rien d'autre que l'horizon qui s'étendait à l'infini, comme s'il voulait lui aussi atteindre la lune. L'adolescent serra les poings. Le Naginata frappa un récif qui arrêta sa course.
  Le maître de la foudre ne saurait expliquer comment il sentit l'arrivée de ses ennemis. Peut-être qu'à force de les rencontrer, il s'était habitué à leur aura. Peut-être parce que comme son double et lui étaient de plus en plus proches, il commençait à discerner la magie qui l'entourait. Toujours est-il qu'il se retourna et para l'épée luisante de Denwen sans que la moindre surprise ne s'affiche sur son visage.
  Nefertem et Denwen, debout sur le pont, fixaient Ray avec intensité. La lueur de la lune faisait ressortir la pâleur du visage de Nefertem, dont les yeux bleus restaient aussi inexpressifs qu'à leur habitude. Les mains dans les poches, il semblait prêt à laisser son partenaire s'occuper de ce travail. Ce qui, à en juger par le sourire ravi et effrayant de Denwen, serait un véritable plaisir pour lui.

- Ca faisait longtemps, commenta Ray. Qu'est-ce que vous devenez ? Le travail, la famille, tout ça ?
- Le travail, répondit Denwen, ça marche du tonnerre ! Penses-tu, on s'apprête à butter un maître élémentaire, si ça, c'est pas la classe !
- Vous savez quand même que théoriquement, je suis plus vraiment un Tisseur ?
- Aucune importance, trancha Nefertem. Ta faculté à repousser la marque de l'Epée est devenue trop inquiétante pour que nous puissions te laisser en liberté.
- Génial... Absolument génial...

  Denwen claqua des doigts. La lumière des étoiles se tut alors, comme celle de la lune. Une force mystérieuse étaient en train de les avaler, créant un gigantesque vortex duquel s'échappait des centaines et des centaines d'épée. Ray n'avait jamais vu cette technique par lui-même, mais Enishi lui en avait assez parlé pour qu'il soit capable de deviner le nom du spectacle qui se déroulait sous ses yeux.

- Le cimetière des 1000 épées, murmura-t-il...

  Toutes ces lames d'énergie plongèrent brusquement sur lui. Le maître de la foudre posa sa main sur son front. S'il pensait véritablement être capable de maîtriser le pouvoir de son double, c'était maintenant ou jamais qu'il devait se le prouver...

- Ray ! Arrête de te regarder dans ce miroir et apporte-moi cette cannette de bière !

  L'adolescent laissa tomber la bouteille de jus de fruit qu'il tenait à la main. Le plastique, au contact du sol, explosa en mille morceaux, répandant le vin partout dans la pièce. Ray se trouvait à nouveau dans sa chambre, à l'intérieur de son appartement. Il effleura la surface du miroir, mais il n'y avait rien à faire. Ce dernier se contentait de lui renvoyer obstinément sa propre image, sans que celle-ci ne s'amuse à porter un manteau bleu ou à l'insulter.
  D'un pas hagard, le maître de la foudre se dirigea vers le salon. Là, Ice et Elena regardaient un match de foot en hurlant comme des porcs que l'on égorgeait, vidant des cannettes de bière à une vitesse plus impressionnante encore que celle avec laquelle Enishi engloutissait les livres de philosophie antique.

- Alors ça, lâcha Ray, pour être bizarre...

  Il n'eut pas le temps de finir sa phrase. Non seulement parce qu'il savait pas quoi ajouter, mais en plus parce que son dos venait de heurter le récif froid sur lequel les deux adeptes de la Confrérie se tenaient quelques minutes plus tôt.
  Ray leva lentement les yeux. La silhouette de Nefertem se tenait immobile sur le pont du Naginata en flammes. Les yeux rouges de son ennemi restaient posés sur lui avec une absence totale d'émotion. La Marque, au contraire, brillait sur son front avec plus d'intensité que l'incendie qui ravageait le navire.

- Impressionnant, résuma celui-ci. Tu es parvenu à te servir de la moitié du pouvoir de la marque de l'Epée, juste pour te permettre d'éviter cette attaque meurtrière. Et te voilà maintenant posé sur ce rocher, presque innocemment. Le maître avait décidément raison, nous ne pouvons pas nous de permettre de continuer ce petit jeu.

  Les étincelles vermeilles, qui dansaient dans les airs avec les flammes qui dévoraient le bateau, se figèrent brusquement et se réunirent pour former plusieurs pics d'énergie, qui se précipitèrent sur le maître de la foudre. Celui-ci dressa son épée.
  Avant d'effectuer un long plongeon dans sa piscine. Furieux, l'adolescent émergea la tête hors de l'eau et cria à l'adresse d'Enishi :

- Toi ! Si tu me pousses une autre fois, je te promets que je te fais la même chose mais en attachant des boulets à tes pieds ! Même si c'est paradoxal d'ajouter des boulets à un boulet, je sais !
- Allez mec, sois cool ! C'est ta piscine après tout, non ?
- Justement, je me demande comment je peux avoir une piscine en plein milieu de mon appart'...
- Bah elle rentrait pas dans ta salle de bain, il fallait bien la caser quelque part, non ?

  Ice entra dans la pièce, paniqué. Il suait abondamment, et ce n'était pas seulement à cause du polaire qu'il portait sur les épaules, des bottes rembourrés en laine autour de ses pieds et de des moufles sur ses mains. Ivre de peur, il lança à ses amis en maillot de bain :

- Les gars, les gars, les gars ! Vous n'auriez pas vu Kiki ?
- Kiki, demanda Ray, c'est qui ça ?
- Kiki, mon poisson rouge !
- T'as de la chance, un poisson, quand ça fugue, ça ne va pas très loin !
- Sauf si c'est un poisson volant, trouva nécessaire d'enchérir Enishi.
- Ouais, si tu veux. Tu l'avais laissé où ?
- Dans la piscine !
- Dans ce cas, il doit encore y être. Il fait quelle taille, ton petit poisson ?

  A ce moment, un requin géant surgit brusquement des profondeurs de la piscine et referma ses puissantes mâchoires autour de la taille de Ray, arrachant la moitié de son corps en moins d'une seconde. L'adolescent écarquilla les yeux et hurla.
  Son corps était en train de flotter, quelque part dans la mer. Au loin, le Naginata terminait de brûler, perdu dans l'immensité de l'océan. Il y resterait sans doute à jamais. Le maître de la foudre ne pouvait qu'espérer que ses amis avaient réussi à se réveiller et qu'ils avaient pu quitter le navire à temps. Pour l'heure, seuls ces quelques mots s'imposèrent à son esprit :

- Ca devient de plus en plus bizarre... A ce stade, je crois que j'ai dépassé la simple folie...

  Ray essaya de se redresser. En vain. Il s'effondra contre les rochers qui le supportaient. Son sang coulait hors de son corps, sans qu'il ne puisse l'arrêter. Il allait mourir ici, de la manière la plus étrange et la plus incompréhensible qui soit...

- Debout, maître de la foudre ! Ce n'est pas ce pathétique spectacle auquel je suis venu assister !

  Ray tourna lentement la tête. Le Coryphée se tenait juste au-dessus de lui, le narguant de son sourire figé dans la pierre.

- Qu'est-ce que tu veux, toi, encore ?
- Le chaos. Je veux que tu déchaînes le chaos pour moi.
- Bah va te faire foutre, je meurs, là.
- Précisément. Je veux que tu ne sois ni vivant, ni mort ; ni ombre, ni lumière. Une particule instable et qui fera exploser toute cette construction si soigneusement assemblée. Je veux que tu détruises la Confrérie, les Tisseurs, l'univers tel qu'on le connaît !
- Et moi, je veux faire une sieste. Une longue sieste. On attend que l'éternité soit passée et on se rappelle, d'accord ?
- C'est ça maître de la foudre, toute la beauté de la chose ! Une partie de toi ne tient qu'à mourir et l'autre veut vivre à tout prix. Ce chaos qui règne dans ton esprit, je veux que tu le répandes partout sur ce monde et sur tous les autres !

  Ray ne répondit rien. Une soudaine migraine venait de le frapper. Oui, de le frapper, c'était le mot juste. Une force irrésistible martelait son crâne de l'intérieur, comme si elle désirait forcer le passage jusqu'à la lumière.
  La marque de l'Epée apparut sur le front de l'adolescent, brillant d'une sombre lueur bleue. Le maître de la foudre se redressa. Ses blessures avaient arrêté de saigner. Il tendit la main dans la direction du Coryphée, prêt à frapper.

- Vas-y, cria son interlocuteur avec enthousiasme, montre-moi le chaos en action ! Montre-moi la force de celui qui n'obéit ni à l'Empereur ni à l'Epée ! Détruis-moi, puis détruis l'univers tout entier ! Détruits, brûle, ravage, anéantis et laisse un second souffle rebâtir un monde totalement autre !

  Ray allait envoyer sa foudre. Mais il se retourna brusquement et attrapa la lame d'énergie qui fusait dans sa direction. Il la serra, la fit exploser et jeta au loin les morceaux qui disparaissaient. Puis il envoya un éclair vers Denwen, qui se précipitait sur lui.
  Ce dernier renvoya l'attaque d'un coup d'épée. Brusquement, la Marque se mit à briller sur son front. L'arme qu'il tenait à la main prit soudain une teinte vermeille. La lame d'énergie devint un fouet ardent qui frappa plusieurs coups. Ray les évita tous et contre-attaqua en projetant d'autres éclairs. Le fouet se rétracta, formant une boule compacte et électrique qui attira irrésistiblement les rayons de foudre, évitant ainsi à son propriétaire d'être touché. Ray écarquilla les yeux, surpris. Denwen sourit. Puis sa lance aqueuse transperça la poitrine de l'adolescent. Ray tomba à la renverse.
  Les klaxons de la voiture qui venait de le renverser lui firent reprendre ses esprits. Praek et Ena sortirent en catastrophe de leur véhicule pour se précipiter vers lui :

- Est-ce que ça va, demanda Ena, tu arrives encore à bouger ?
- Crétin, s'exaspérait Praek, tu ne pourrais pas rêvasser ailleurs que sur la route en plein milieu de la nuit ?

  Ray ouvrit la bouche pour leur répondre, mais il n'y parvint pas. Il n'arrivait pas à respirer. Ses poumons brûlants hurlaient au désespoir, incapables de se gorger de cet air qu'ils adoraient tant. L'adolescent essaya quelques grimaces pour leur faire comprendre qu'il avait besoin qu'on l'amène à l'hôpital.
  Brusquement, il ouvrit les yeux. Son visage était plongé dans l'eau. Denwen, assis derrière lui, serrait sa nuque et maintenait de force son crâne dans la mer. Ray avait beau s'agiter, il n'avait pas la puissance nécessaire pour se dégager. Malgré les réclamations de ses poumons, il ne pouvait plus respirer et sombrait lentement dans les méandres de l'inconscience...

- Dépêchez-vous, hurlait un médecin, si ça continue, on va le perdre !

  Ray sentait confusément qu'il était allongé sur un lit d'hôpital et que des docteurs et des infirmières s'agitaient autour de lui. Le son électronique continu qui sifflait à ses oreilles devait signifier que son cœur avait arrêté de battre. Trop tard, pensa-t-il en voyant un docteur appliquer un défibrillateur sur sa poitrine, il était trop tard. Son esprit, lui, avait abandonné et quittait déjà cette chair qui le rejetait.
  L'un des médecins enleva son masque. Ray reconnut ce visage. C'était celui du Coryphée. Son tourmenteur lui collait de petites claques pour le réveiller. Ils étaient seuls dans la pièce, à présent.

- Allez, maître de la foudre, réveille-toi, debout !
- La ferme... Je vais mourir... Mourir parce que l'ennemi que tu as appelé est en train de me noyer...
- Tu ne comprends donc pas ? Parce que tu es en train de mourir là-bas, tu étouffes ici.
- Ca oui, je le sens bien...
- Tu le sens, n'est-ce pas ? Si tu arrives à te concentrer, tu peux même sentir les mains de Denwen qui serrent ton cou...
- Elles m'étouffent... Mais la sensation est de plus en plus lointaine...
- Alors à ton avis, si ce monde-là peut interférer sur ce monde-ci, ce monde-ci ne pourrait-il pas interférer sur ce monde-là ?

  Ray rouvrit les yeux et regarda son interlocuteur. Il n'avait plus mal, soudain. Il venait de comprendre. Ici, il n'y avait aucune raison pour qu'il souffre. Dans ce monde, la Marque n'existait pas et l'adversité que Denwen lui portait ne s'exprimait qu'à travers des petites phrases piquantes. Ici, il était absurde qu'il meure étouffé. L'adolescent se redressa, rasséréné. Puis, calmement, il posa la main sur son cou.
  Une puissante décharge traversa le corps de Denwen et le projeta en arrière. Ray se releva et prit une profonde inspiration pour calmer ses poumons effrayés. Quand il eut fini de les remplir, Denwen s'était relevé et lui faisait face, stupéfié :

- Comment t'as fait ça ?
- Ca te paraît étrange, insensé, impossible, complètement fou ? Bienvenu dans mon monde, mon vieux !

  Ray reprit son épée et chargea son adversaire. Denwen transforma sa lame d'énergie en un rocher plus solide que l'acier et la planta dans sa poitrine.
  Ray tomba en arrière en plein milieu de sa chambre. Elena, qui était en train de discuter avec lui, se leva d'un bond, surprise, avant de lui demander :

- Qu'est-ce qui te prends ?
- Rien, rien... Là-bas, je viens de me prendre un coup d'épée, mais ici, je suis absolument intact, donc ça va !
- Qu'est-ce que tu racontes ?
- Rien, rien. Si on passait plutôt à ce qui est véritablement important ?
- Comme ?

  Ray enlaça Elena et l'embrassa fougueusement. Une autre décharge renversa alors Denwen, qui tomba à terre une nouvelle fois. Le maître de la foudre retira l'épée plantée dans sa poitrine et la jeta par terre. Puis il planta la sienne dans le crâne du Paladin.
  Nefertem, qui arrivait à ce moment précis, envoya un puissant rayon d'énergie qui heurta le dos de l'adolescent et brûla son corps. Celui-ci eut un cri de douleur, qu'Elena prit pour de la jouissance.

- Et bien, s'exclama-t-elle, je n'ai jamais eu un tel partenaire !
- Parce que tu en as eu beaucoup ?

  La jeune femme ne répondit rien. Elle plongea à nouveau à l'intérieur de ses draps et vint se blottir autour de Ray. Jamais l'adolescent ne s'était senti aussi bien. Il posa ses lèvres sur son front et la pointe de lame dans la poitrine de Nefertem.
  L'homme en noir regarda cette blessure mortelle sans flancher. D'un ton neutre, il lui demanda simplement :

- Comment ?
- Comment quoi ? Comment ai-je fait pour survivre à ton coup ? Comment ai-je fait pour me déplacer malgré toutes mes blessures ? Comment ai-je fait pour transpercer ta peau ? Parce que je l'ai pensé. Parce que je l'ai pensé, je l'ai fait. Tout simplement. Etrange, n'est-ce pas ?

  Nefertem tomba en arrière sans ajouter un mot. Ray, lui, tomba à genoux, le souffle court. Il avait perdu beaucoup de sang et son corps continuait à se vider à un rythme effréné. Mais l'adolescent n'avait pas peur. S'il devait mourir ici, il savait qu'il ne souffrirait pas. Il ferma les yeux pour regagner son autre monde.
  Tout se figea autour de lui. Les couleurs se dissipèrent, la mer arrêta de danser, le vent de souffler, les étoiles de briller. Seul son double, qui venait de percer le ciel, semblait vivre et descendait vers lui.

- Qu'est-ce qui se passe, lui demanda Ray, tu viens encore me supplier de ne pas mourir ici ?
- Tu es un imbécile, Ray.
- Tu te répètes, tu sais ?
- Tu es un imbécile, parce que tu es incapable de discerner le rêve de la réalité.
- Bah si je meurs dans la réalité et que je vis dans le rêve, je vais pas faire le difficile, non ?
- Tu ne comprends donc pas ? Tout ce que tu vois là n'est qu'une illusion.
- Quoi ?
- Denwen et Nefertem ne t'ont jamais retrouvé. Et tu n'as jamais quitté Jathum. Ce monde comme l'autre font partie du même mirage.
- Merde...

  L'autre Ray sortit son épée et posa la pointe de sa lame sur le ventre de l'adolescent. Ce dernier déglutit lentement.

- Et maintenant, acheva son double, il est temps pour toi de te réveiller.

  Sa lame le transperça alors.

*


  Le Coryphée observait attentivement, debout au-dessus du corps endormi de Ray, placé au cœur d'un cercle vert et lumineux. La nuit s'était abattue depuis des heures sur Jathum, plus profonde que jamais. Même la lueur de la lune ne parvenait pas à transpercer le manteau opaque créé par les nuages sombres. Partout, brusquement, des éclairs illuminèrent la ruelle déserte.
  Ray se redressa. La Marque brillait sur son front, oscillant entre le bleu et le violet. Le maître de la foudre respirait rapidement, les yeux encore baissés vers le sol. Le Coryphée, pour le moment, ne l'intéressait. Seul son combat contre lui-même comptait. Se réprimer, encore et encore. Renvoyer l'autre Ray au plus profond de son âme, le réduire au silence.
  L'adolescent tomba à genoux, épuisé. Une fois encore, il avait vaincu. Une fois encore, il demeurait sans force. Une fois encore, son double s'était approché un peu plus. Le Coryphée applaudit joyeusement :

- Bravo ! Bravo pour ce superbe spectacle !
- Qu'est-ce que tu me veux, à la fin ?
- Je te l'ai dit dans ton rêve, maître de la foudre. Je veux que tu incarnes le chaos. Je ne suis qu'un artiste, un penseur. J'ai besoin de mon pinceau, de mon épée. Toi, tu seras mon instrument.
- Travailler pour toi ? Tu rêves. J'ai refusé l'offre des Tisseurs, de la Confrérie, des Armonys, c'est pas pour obéir à un fou furieux !
- Tu n'as pas le choix, Ray. Tu t'es déjà lancé dans la course à toute vitesse. Je n'ai pas à te guider, seulement à te donner une légère pichenette pour te mettre dans la bonne direction. Ensuite, tu réaliseras mes vœux par toi-même. En attendant, je vais devoir te laisser.
- Laisse-moi deviner, tu as appelé la Confrérie et ils vont venir m'exterminer ?
- A cette minute, s'ils venaient, ils te tueraient sans que tu puisses réagir. Tu es exténué, tu n'as même pas besoin d'adversaires, tu es tellement mauvais que tu t'autosuffis dans la défaite ! Non, ceux que j'ai alertés ne viendront pas te tuer. Mais ton sort sera pire, si tu n'apprends pas à sombrer dans la folie.

  Le Coryphée éclata alors d'un rire si sonore qu'il se mêla au vent et s'unit à cette triste nuit. Sa silhouette, d'ailleurs, ne tarda pas à disparaître dans les ténèbres. Ray essaya de se redresser, de faire quelques pas, mais il s'effondra immédiatement.
  Au bout de quelques minutes, il entendit des bruits de pas. Faiblement, il leva la tête. Une dizaine d'hommes se tenaient au-dessus de lui. L'un en particulier se baissa et lui adressa un franc sourire :

- Salut ! Tu dois être Ray, le maître de la foudre ?
- Je reconnais pas ton uniforme, t'es qui, toi ?
- Mon nom est Loki.
- Oh merde, je le sens venir, là...
- J'appartiens au pacte de Babylone.
- Et merde, j'avais raison...
- Je suis spécialisé dans le vol. Et, accessoirement, dans l'esclavage. Figure-toi que t'as une cote du tonnerre, sur le marché noir !

  Ray se leva et s'enfuit en titubant. Il n'eut pas le temps de faire plus de trois pas. Trois hommes se jetèrent sur lui. Le corps de Loki se mit alors à changer. Il prit l'apparence d'une sorte de lion à la fourrure rouge, doté d'ailes de chauve-souris et d'une queue de scorpion. Seule sa tête resta humaine, à l'exception d'une paire de corne qui avait brusquement poussé sur son front. Ray savait quelle était cette créature. Une manticore. Faiblement, il essaya de se dégager. Mais en vain.
  La queue de Loki s'abattit sur lui. Son venin s'engouffra à travers cette blessure et en moins de temps qu'il n'en fallut au voleur pour reprendre forme humaine, Ray avait perdu connaissance.
  Sa dernière pensée fut qu'il s'agissait vraiment d'une journée très bizarre.

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Dernière mise à jour de cette page le 14/06/2009
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